| Mohammed Boughdadi Ancien Officier des FAR
Par sa géographie,
son anthropologie, ses populations millénaires, son histoire et ses aléas
sociopolitiques, il est normal de parler du désert africain. Il se présente
sous un ensemble homogène allant de l'Atlantique à la Mer Rouge, avec des
nuances à peine perceptibles. S'il n'avait pas été dépecé et cloisonné en
plusieurs zones politiques par le colonial européen, il aurait gardé son
harmonie et ses lois géographiques. Les frontières administratives de la
période d'occupation ont été plus d'une fois modifiées ou effacées. Les
coloniaux qui les avaient imposées ont disparu, mais restent à jamais ces
éléments géographiques et humains qui continuent de former le corps originel du
Sahara. Sa physionomie physique et humaine conserve ses singularités
millénaires, restées immuables malgré les vicissitudes de l'époque coloniale.
Le Sahara qui nous
intéresse ici est le Sahara Marocain, tel qu'il était avant la colonisation du
Maroc par la France et l'Espagne et tel qu'il est aujourd'hui avec ses
problèmes et ses labyrinthes. C'est dans cette optique que ce chapitre tente de
faire connaître la géographie et la morphologie de cette région pour connaître la
population qui y évolue et ses problèmes. Le terrain, le relief, le climat,
l'hydrographie, la pluviométrie, jusqu'à la faune et la flore, expliquent le
mouvement des masses humaines et déterminent leur mode de vie, leurs caractères
et leurs spécificités. L'homme ne choisit pas son mode de vie, mais ce sont ces
éléments naturels qui tracent sa destinée. Le nomadisme et le système
caravanier n'ont pas été un choix, mais imposés au bédouin par le milieu où il
évolue.
La géographie du Sahara
Le
Sahara n'est point cette pensée têtue et romantique qui le représente comme une
suite infinie de dunes dorées où cheminent, au son envoûtant d'une flûte
magique, de féeriques et interminables caravanes qui éveillent la nostalgie d'alléchants
et fabuleux voyages. Le Sahara n'est pas non plus un vaste espace constellé
d'oasis rêvés pour le repos dans des palmeraies enchanteresses que traversent
de roucoulants et limpides ruisseaux où se désaltère le voyageur après sa
longue méharée. Seuls les contes des Mille et une Nuits donnent peut-être du
Sahara cette séduisante métaphore. Bien des visiteurs, non préparés et encore
moins initiés, alléchés par ce beau et ravissant rêve du désert, ont payé de
leur vie leur tenace curiosité.
Le grand désert a constitué, pendant longtemps,
l'enjeu et le ferment de l'imaginaire et du romantisme. Le roman saharien et la
fiction du désert ont occupé une bonne partie de la littérature européenne des
18 ème et 19 ème siècles et ont exalté l'aventure méhariste, la vie nomade et
le "repos du guerrier" sous la majesté du palmier. A cette période,
le roman saharien a vécu son âge d'or où se croisaient la fiction et la
fascination, le frémissement et l'enthousiasme. Dans la vision romanesque que
suscite le désert dominent une approche constante et une version soutenue où la
psychanalyse tient une place notable.
La littérature coloniale s'était beaucoup appuyée sur
la crédulité de ce romantisme. La relation entre l'exotisme saharien et cette
littérature a été soutenue par les visées coloniales occidentales. L'esprit impérialiste
a été souligné par MM. Korrnman et Ronai, dans leur étude "le désert,
mode d'emploi" (revue Traverses N0 19 de 1980). Le monde du
nomade et la vie dans les oasis ont été exaltés et chantés dans les sociétés
européennes. Le mercantilisme et l'esprit conquérant s'en sont saisis pour
l'exploiter. Une littérature coloniale a vu le jour. Le trait d'union entre une
écriture saharienne savante, naïve et spontanée et une littérature coloniale
intéressée trouve son soutien dans une version où l'introspection a préparé le
terrain aux visées hégémoniques. Ce fut la soif de conquêtes et la fièvre d'aventures
coloniales, sous leur forme sournoise de pacification civilisatrice. Le charme
de l'exotisme vanté et l'appel de l'équipée innocente des premiers romanciers
ont cédé la place à une littérature impérialiste corrompue et ambitieuse, zélée
et fanatique.
Le
Sahara est un haut lieu de séduction et d'engouement. Il est très difficile
d'appréhender sa réalité, comme sont très complexes les enjeux qu'il a de tout
temps excités. Cependant, bien qu'il souffle le romantisme et l'imaginaire, le
désert se présente sous une réalité toute différente des tableaux fabuleux et
chimériques que peignent les écrits de l'époque. Il est indéniable qu'il y a de
cela, mais il y a aussi la réalité qui se présente sous différentes formes. Les
contrées sahariennes sont variées, quelques fois douces et clémentes où il fait
bon de vivre, ou difficiles et austères, souvent rudes et amères, comme peu
décrites dans les livres. Suivant le lexique des bédouins, plusieurs descriptions
du désert ont été relevées:
-Sahra el Îmrane (peuplé). C'est une terre inculte, mais vivable.
Les oasis et la population n'y sont pas rares. Certaines bourgades se sont
transformées, aujourd'hui, en villes urbanisées et modernisées qui n'ont plus
rien à envier aux cités du Nord du pays. Les pâturages permettent au cheptel de
subsister sans grande difficulté. C'est le cas du Sahara occidental et du
littoral mauritanien, régions comprises entre Oued Noun et le fleuve du
Sénégal. La côte poissonneuse permet l'installation de pêcheries, aujourd'hui
exploitées industriellement. Elles assurent au bédouin l'amélioration de sa vie
sociale avec un standing nouveau.
-El
Khala (le vide). C'est
l'opposé de Îmrane. C'est le désert profond où la vie est très dure et le
climat est insupportable. Le nomadisme est la seule activité, à la recherche de
maigres pâturages que se disputent les différentes tribus. La pénurie est généralement
habituelle et le bétail résiste difficilement aux grandes sécheresses. Ces
contrées, pratiquement vides, deviennent de plus en plus rudes au fur et à
mesure qu'on se déplace vers l'Est.
-El
Kifar (le grand vide,
la désolation, le néant). Sans eaux ni végétation, la vie y est impossible pour
toute créature, humaine, animale ou végétale, et la traversée est incertaine.
La population
Il est permis de tenter une esquisse de
ce que pouvait être le peuplement du Sahara à des époques reculées de son
histoire. Si des dates exactes ou des périodes délimitées dans le temps ne
peuvent être proposées, du moins on arrive à établir une échelle de repères qui
peuvent aider à déterminer les origines de sa population actuelle. Au-delà du 3ème millénaire avant J.C, la préhistoire du Sahara se perd dans les conjectures,
l'ethnologie, l'archéologie et la préhistoire n'ayant pas encore livré ce
qu'elles gardent de secret dans leurs tréfonds. Les fondements qui pourraient
nous permettre de situer ces différentes époques sont relativement restreints.
Cependant ils deviennent assez précis au fur et à mesure que nous nous
approchons de l'ère chrétienne. Ils sont plus sûrs dès l'ère musulmane. Les
historiens et les auteurs de la période arabo musulmane nous livrent des données
riches en événements, avec des dates et des faits, des noms et des lieux
exacts. Malgré cela, il reste encore beaucoup à faire pour l'anthropologue,
l'ethnologue, l'archéologue et l'historien qui veulent approfondir une étude du
Sahara. Celui-ci offre une grande richesse en archéologie préhistorique qui
reste encore peu exploitée. L'art pariétal, qu'on trouve à profusion dans les
différents sites, est là pour éclairer le chercheur. Celui-ci doit garder à
l'esprit que les thèses avancées doivent être confrontées à d'autres données
afin de pouvoir les avaliser ou les écarter. Je n'ai pas fourni, ici, de
datations précises, mais seulement un ordre de grandeur. Les chercheurs et les
explorateurs avertissent, de toute manière, qu'au delà de 8.000 ans il n'est
pas permis de vouloir donner des datations plus évidentes.
Le Sahara africain d'une manière
générale et le Sahara marocain en particulier ont vécu, dès le 11 ème
millénaire av.JC le processus de la néolithisation. «Le désert d'alors a été
un centre de civilisations successives et diverses qui ont rayonné autant sur
le sud méditerranéen que sur l'Afrique subsaharienne» selon la
préhistorienne algérienne Malika Rachid. L'art rupestre et les
découvertes archéologiques ont révélé des civilisations anciennes où l'homme est
passé de pasteur accompli au cultivateur expérimenté et au constructeur exercé.
Noires, blanches ou mixées, les populations vivaient ensemble et ont atteint
leur apogée d'expressions artistiques et techniques par l'emploi des métaux et
d'une industrie primaire déjà en avance sur leurs voisins. L'explosion
démographique due à l'amélioration de la vie, sentie à partir du 9ème millénaire, fut certes enrichie par des apports de peuplades migrantes avant la
désertification du Sahara. La couverture végétale et l'hydrographie étaient
plus fournies à cette époque. Si, d'une manière générale, la densité de la
population était parsemée, elle était très drue dans les régions humides et
dans les vallées autour des points d'eau. Les découvertes faites par Amblard,
Pernés, Robert Vernet et Ballouche, révèlent la domestication de la forêt ou
savane par l'homme qui pratiquait la semence de granulés. Des meules de grains,
datant de plus de 6000 ans, ont été découvertes dans le Hoggar, au Nord Est de
la Mauritanie, à Oued Dra, dans le Tassili et au Niger. Des poteries portent
des dessins d'épis céréaliers pleins. Une forme d'agriculture irriguée apparut
alors, ainsi qu'un début d'élevage de bovidés et de dromadaires. Après la
déforestation, ce fut peut-être les prémices du nomadisme et le besoin d'une
fixation autour des points d'eau qui devinrent plus tard des oasis et des
villes.
L'importance de l'outillage
préhistorique et les dépôts alimentaires des restes d'animaux de foret et de
poissons, prouvent l'existence d'une population qui vivait de la pêche, de la
chasse et de la cueillette en des périodes étalées sur des millénaires.
L'industrie lithique en silex taillé se trouve en abondance dans les
explorations de surface. Selon les chercheurs Henri Breuil (1877-1961,
préhistorien français) et Henri Lhote (1.903-1991, ethnologue et archéologue
français, spécialiste des dessins rupestres), une certaine forme d'agriculture
a vu le jour dès 8.000 ans av. J.C. et qu'à partir de 3.000 ans la région a
subi l'influence de l'Egypte pharaonique qui aurait atteint l'Atlantique. Ce-ci
s'explique par la présence, dans certaines régions, de tumulus en forme de
pyramides à trois étages ressemblant aux tombeaux égyptiens.
Le Sahara est parsemé de vestiges de cités
plus ou moins importantes, avec des remparts en pierres taillées, aujourd'hui
en ruine, en haute montagne que sur les plateaux, près des points d'eau. C'est
signe que la région n'était pas peuplée seulement de nomades. Des cimetières
entourés de murs en pierres, aux abords des cités, indiquent que ces structures
n'étaient pas éphémères et que des sédentaires y avaient vécu longtemps, à
travers des âges aux datations diverses non encore bien déterminées.
Les dessins rupestres, à leur tour, ont
révélé bien des indices parlants. Ils montrent des figures et des scènes
humaines significatives pour les chercheurs Paul Huard et R. Vaufrey. Les
gravures montrent des hommes avec des lances à pointe, des couteaux et des
haches. Des outils et des armes en métal ont été découverts dans les grottes de
Foum el Hassan, de J'bel Zini, d'Adrar, dans le Haoud et à Tagante par le
professeur André Simoneau. Dans la vallée du Dra, au sud d'Akka, d'anciennes
galeries d'exploitation minière ont été mises à jour. Ici, on exploitait et on
travaillait le fer, le cuivre et le plomb pour la fabrication d'armes et
d'outils. Il reste, encore de nos jours, quelques familles à Akka, à Tata, à
Ighrem et Agadir N'Tissint qui vivent de la confection de plateaux, de marmites
et d'autres objets en cuivre. Les gravures rupestres du J'bel Bani, au style
affilé, sont tellement variées et si bien finies que M. André Malraux, alors
ministre français de la culture, a qualifié la vallée du Dra, où il a séjourné
(chez l'auteur) pendant deux semaines en 1966, de «musée naturel
d'archéologie».
Théodore Monod, naturaliste du début du
XX ème siècle, et l'anthropologiste espagnol Julio Caro Baroja se sont beaucoup
inspirés de ces dessins dans leurs études géologiques et botaniques pour situer
le néolithique saharien au début de la désertification. La variété des styles
de ces gravures, de leurs périodes et de leurs sites ne lui a pas permis de les
classer avec exactitude. Il a toutefois pu déterminer qu'à partir du troisième
millénaire av JC commençaient à se préciser des groupes de pasteurs
cultivateurs qui se fixaient dans les vallées et les oasis et qui pratiquaient
l'élevage d'animaux domestiques et de basse cour.
Pline l'Ancien énumérait des centres
urbains au Sud de Oued Dra. Personne ne lui accorda de crédits. Or, au mois
d'août 1997, une mission de chercheurs marocains, canariens, français et
canadiens, sous l'égide du professeur chercheur Mustapha Naïmi, sahraoui
lui-même, a découvert d'anciens sites entre Khnifiss et Akhfennir, au Nord-Est
de Tarfaya. Ils seraient les restes de Babila dont parlait déjà Ptolémée il y a
plus de 2000 ans. Le lieu est entouré de remparts avec de vastes esplanades au
dallage parfait et aux maisons circulaires. Les objets trouvés sont de diverses
périodes, du paléolithique moyen à un âge plus récent. Cette découverte
démontre la coexistence d'un type d'urbanisme avec un mode de vie semi-nomade.
La cité aurait été un gît d'étape sur la route caravanière atlantique qui
reliait le Maroc au Sénégal. Toutefois il est encore prématuré de vouloir se
prononcer sur la datation ou les origines de ces ruines. Les fouilles nous
éclaireront sur leurs anciens habitants au risque de bouleverser les données
historiques, connues aujourd'hui, de ces contrées sahariennes. Au cas où ce
serait une construction romaine, toute l'histoire nord africaine serait
bouleversée. Il est fort probable que ce soit Juba II qui en serait à
l'origine. Dès l'âge de cinq ans, il a été élevé à Rome par des précepteurs
grecs et romains qui lui ont insufflé une triple culture, berbère de par ses
origines et gréco-romaine de par l'enseignement qu'il a reçu. Il a été en même
temps initié aux armes et au métier de
roi pour diriger Mauretanea.
De l'ère des dessins rupestres à nos
jours, le peuplement du Sahara marocain a été opéré progressivement et a subi
de grandes transformations sur le plan ethnique comme sur le plan du mode de
vie. Nous constatons que Mauretanea a été peuplée par les Noirs (Ghanéens,
Daratites et Gétules), par les blancs (Ibères, Israélites, Troyens, Phéniciens,
Puniques, Etrusques, Himiar, Carthaginois, dont le croisement a donné naissance
aux Imazighen, (berbères). Puis vinrent les Romains, suivis des Vandales que
supplantèrent les Arabo musulmans.
Quand on considère, à travers ces âges,
toutes ces migrations et tous ces croisements de races et d'ethnies entre le
sud et le nord, entre l'Est et l'Ouest, quand on observe ces fusions de
civilisations, quand on examine ces interconnections de courants religieux et
culturels, peut-on dire alors que c'est le Maroc qui vit son aventure
saharienne ou que c'est le Sahara qui vit son épopée marocaine? Il est aberrant
de vouloir répondre à cette question tant est dense la structure tissée depuis
longtemps entre toutes ces régions et leurs populations.
Les migrations sont, le plus souvent,
le résultat des interdépendances inter régionales, tout autant que des
métissages tant généalogiques que socioculturels. Ces règles, développées le
long des siècles, sont un atout fondamental de l'unité ethnique et
sociopolitique du Maroc. C'est aussi une manifestation visible de son unité et
de son rayonnement allant jusqu'au fond de l'Afrique occidentale. La
circulation, facilitée par un relief non contraignant, orienté nord-sud, et par
les mouvements caravaniers, favorise l'arrimage d'une contrée à l'autre et
harmonise les liens entre les espaces, même éloignés. La migration a toujours
été un phénomène dont la dynamique s'inscrit dans le principe sociogéographique
tant de la permanence que du mouvement. Les périodes de permanence sont longues
et permettent la fixation des hommes. Les mouvements sont lents, apériodiques
et permettent les échanges humains. Leur alternance permet l'interpénétration
entre les diverses populations et la formation d'un conglomérat humain au sein
d'un espace géographique bien déterminé: le pays.
A) Le peuplement du Maroc et de ses
prolongements sahariens
Il
est téméraire d'ambitionner une étude scrupuleuse des différentes périodes du
peuplement du Sahara. Vouloir en donner des datations exactes ou même
approximatives serait aventureux et contraire à toute étique d'écriture et à
toute honnêteté intellectuelle. Il est permis toutefois de se permettre une
esquisse de ce que pouvaient être les migrations et les déplacements humains au
Sahara, après des études approfondies faites par les spécialistes. Les
archéologues, les anthropologistes, les préhistoriens, les naturalistes, les
linguistes, les géographes tels le Grec Hérodote, les Romains Pline l'Ancien,
Sallus Crispus, Horace, les français Gérôme Carcopino, Stéphane Gsell, Henri
Lote, Henri Breuil, Robert Vernet, Paul Huard, Théodore Monod, R. Vaufrey, les
russes Thomas Marr, Nicolaï Marr E.P. Korovine, D.N. Kachkarov, l'espagnol
Julio Caro Baroja, l'algérienne Malika Hachid et tant d'autres, ont conclu,
chacun dans le cadre de sa science, que le Sahara a connu une population
humaine depuis plusieurs dizaines de milliers d'années. Ils n'ont pu donner des
datations approximatives qu'à partir de la période des Daratites, des Ghanéens
et des Gétules (races négroïdes) au Sahara. Les dates commençaient à être
dégrossies dès l'apparition de la race blanche dans la région.
L'archéologie, l'art rupestre et les monuments
funéraires permettent la reconstitution du long parcours des premiers Imazighen
de la région. On ne peut les décrire sans se retrouver face à la question
capitale de leur date d'apparition,
sachant que leurs plus anciennes traces ont été décelées en Afrique du Nord et
datées de plus de 11.000 ans, selon l'étude de l'anthropologue Marie Claude
Chamla et celle de la préhistorienne Malika Hachid. Les grandes lignes d'une
synthèse de leur genèse sont tracées par la convergence de trois disciplines
scientifiques modernes: la paléontologie humaine, l'archéologie et la
linguistique historique. Certes que dans un futur proche, la science de la
génétique jouera un rôle important dans la fixation précise des origines des
peuples. Les différents groupes berbères, où dominent les Mechtoïdes et les
Proto méditerranéens Capsiens, se sont interpénétrés sur les plans de l'anthologie
et de la culture pour forger une imazighité identitaire en Afrique du Nord,
leur berceau, et nulle part ailleurs. Ces groupes originels ont, par la suite,
absorbé d'autres lignées venues du pourtour méditerranéen et du Sud arabique.
La race négroïde
Les
Daratites sont les premiers
que les recherches ont découverts. Pline l'Ancien en parlait en 109 ap. J.C.
dans son livre "Naturalus Historia". Ils seraient venus du Sud-est
africain entre 7.000 et 6.000 ans av. J.C. R. Basset et F. de la Chapelle les
apparentent aux Ethiopiens. Le Colonel Modat, dans son livre: Les
populations primitives de l'Adrar mauritanien, pense qu'ils sont venus des
sources du Nil à une époque qu'il situe entre 7.000 et 6.000 ans av. J.C.
Les
Ghanéens (G'nawa)
émigrèrent au Sahara entre 5.000 et 3.000 av. J.C. Ils sont les ancêtres des Woloffs, Wangaras, Peuls,
Banbaras, Sarakollés, Soninkés qu'on trouve aujourd'hui au Sénégal, à l'Est du
Mali, au Sud de la Mauritanie et un peu partout au Maroc. Ils vivaient de
chasse et de cueillette et s'adonnaient aussi à la pêche dans les cours d'eau
et les étangs.
Nous
connaissons très peu de choses sur la vie des Daratites et des Ghanéens.
Les
Gétules sont venus de la
région appelée aujourd'hui Sénégal. Ils pratiquaient un élevage en communauté
et, déjà, une agriculture irriguée. C'étaient les préludes à une forme de
société matriarcale et au commerce basé sur le troc. Ils osèrent l'aventure
maritime, sur de petites distances, avec des embarcations rudimentaires qui ne
dépassaient pas le niveau technique de radeaux. Ils vivaient groupés dans les
vallées et les oasis. Depuis leur présence dans la région, les migrations entre
le Sud et le Nord se multiplièrent. Les Gétules accueillirent d'autres groupes;
Massaesylis, Gentilibis, Massyles, Autololes, Miciènes, Maxites ou Maxitaniens,
Macanites, Lybbouhs ou Lybihimes, Lixites. Dans son livre "Discours sur
Hercule et les Argonautes", le géographe grec Hérodote les signalait
au Nord du Maroc, principalement dans les plaines côtières. Les métissages entre
blancs et noirs donnèrent naissance à un type d'homme basané: le Hartani.
La race blanche.
Il
est difficile de donner une datation à l'arrivée au Sahara des premiers Blancs.
Des spécialistes, tout en prenant des précautions, parlent d'une vingtaine de milliers d'années, et
les font venir du pourtour méditerranéen.
Les
premiers seraient venus de la péninsule ibérique, au vu de la faible distance
qui sépare les deux rives du Détroit de Gibraltar. Les migrations, dans les
deux sens, s'effectuaient sur des barcasses de l'époque. Plus ils arrivaient en
nombre important, plus ils chassaient leurs prédécesseurs qui émigraient plus
au Sud.
L'historien
marocain Abou el Kacem Ahmed Zayani fait descendre les premiers blancs au Maroc
des enfants de Japhet, fils de Noé. Le linguiste russe Nicolaï Marr rejoint
Zayani quand il conclut, dans sa théorie Japhétique, que «les parlers du
bassin méditerranéen sont des variantes de la langue des descendants de
Japhet». Des linguistes et anthropologues se sont inspirés de Zayani et de Nicolaï dans leurs
études sahariennes. Le Corpus Inscriptionum Semiticarum, édité en France en
1867, fait dériver les langues méditerranéennes les unes des autres et met
l'accent sur l'importance qu'y tiennent les parlers sémitiques.
Ibnou
Khaldoun parle de blancs venus en Afrique du Nord, enfants de Canaan, fils de
Sem, fils de Noé. Ils seraient rejoints par les Amanites et les Philistins.
L'un de leurs aïeux se nommait Mazigh, nom que s'attribuaient les premiers
habitants du Maghreb et qui a donné Amazigh, Ymazighen et Amachik chez les
Touareg.
En
2.500 av. J.C. les Himiarites ou Homaïrites (de la Mer Rouge), qui étaient au
service des Pharaons en Egypte, sont venus en expédition en Afrique du Nord.
Etant des bédouins de l'Arabie méridionale et vivant sur le littoral de la Mer
Rouge, et dans le but d'échapper à la tyrannie pharaonique, continuèrent vers
le Sud pour définitivement s'installer sur la côte de Chenguit (Mauritanie
actuelle). Cette théorie est étayée par les multiples similitudes qu'on trouve
encore de nos jours tant chez les Imraguen de Mauritanie que chez les Bani
Himiar de la Mer Rouge.
Les
Phéniciens sont venus du Moyen Orient au XVI ème siècle av. J.C. et ont envahi
toute l'Afrique du Nord. Plusieurs groupes ont prolongé leur migration jusqu'au
Sahara.
Les
navigateurs Tartessiens de la Bétique (Ibérie) se sont installés en colonies
sur les côtes du Maroc et se sont mêlés
à la population. Certains ont continué jusqu'au Sahara.
Les
Etrusques sont venus de la Toscane (Italie) sous forme de commerçants, aux VII
ème et VI ème siècles av. J.C. pour habiter d'abord sur les côtes avant de
s'éparpiller à l'intérieur du pays et se fondre dans la population bédouine.
Ce
fut ensuite les Romains suivis des Vandales qui peuplèrent le Maghreb.
Les
expéditions romaines au Sahara ont commencé juste avant l'ère chrétienne. En
l'an 19 av. J.C. la première campagne était dirigée par Cornellius Ballus et
qui «l'a amené jusqu'aux pays des noirs où règnent la soif et la faim» a-t-il écrit. Celle de Septimius
Flaccus a eu lieu en 70 ap. J.C. Il combattit «les Gétules et les Maures du
Sahara montés à dos de chameaux». En l'an 80 ap. J.C. Julius Maternius
poussa ses troupes «jusqu'aux pays des sables et des Noirs farouches».
Les
Juifs
L'histoire
nous a fourni des preuves concrètes de l'existence des Juifs, depuis la nuit
des temps, à travers Mauretanea. L'historien français, Léon Godard, date leur
présence sur les deux rives du Sahara et dans le Nord du Maroc depuis plus de
3.000 ans. Plusieurs reines de Mauretanea et du Sahara central étaient juives.
Quelques villes sahariennes portent toujours les noms de ces reines
(Tinbouktou, Bamako et Tawdenni au Mali, Awdaghost, Tijikja et Walata à
Mauretanea). Ils sont venus par vagues successives:
-Au XII ème siècle av. J.C. des Juifs
Gergéséens, chassés des terres de Canaan par Josué, s'installèrent en Afrique
du Nord et au Sahara Occidental.
-Selon le professeur P. Monceaux, des
juifs Syrénéens, cousins de ceux d'Egypte pharaonique, sont venus au X ème
siècle av JC «se réfugier auprès des berbères montagnards et auprès des
Maures et des Gétules au Sahara».
-Au VI ème siècle av. JC, le roi
babylonien, Nabuchodonosor 1er, persécutait les juifs le long de tout son règne (1146-1123 av J.C.). Ceux-ci trouvèrent
asile au Maghreb et au Sahara.
-En 300 av JC, Ptolémée, fils de Lagos
et roi des Lagides en Egypte, intronisé par Alexandre le Grand (356-323),
chassa les Juifs égyptiens qui élirent domicile à Mauretanea.
-A la fin du II ème siècle av JC, le
romain Marius Turbo mata une révolte juive. Les survivants trouvèrent refuge à
Mauretanea. Ils ramenèrent avec eux le hassidisme, doctrine juive fondée en 180
av JC par ceux qui combattaient l'hellénisme du roi Antiochos IV Epiphane
(175-164 av J.C.). On trouve, encore de nos jours, ce rite hassidiste chez les
Juifs marocains.
-En 300 ap J.C. des Juifs syriens
tentèrent de s'installer en Mauretanea Tingitane. Ne trouvant pas l'accueil
qu'ils espéraient, ils se dirigèrent vers le Sud où ils n'eurent pas de
difficultés à s'y établir au sein des leurs déjà sur place, à Oued Dra, à
Chenguit et au Mali.
-Au milieu du VI ème siècle ap JC, des
Juifs d'Irak, de Palestine et du Hijaz émigrèrent vers l'Ouest et marchèrent
jusqu'à Atlantique. Certains osèrent l'aventure plus au Sud pour ne s'arrêter
qu'à Tinbouktou où ils trouvèrent d'autres juifs.
-En 650, le roi Wisigothe Sisébuth
obligea les Juifs à se convertir au Christianisme ou à quitter l'Ibérie. Ceux
qui tenaient à leur religion se réfugièrent en Numidie et à Mauretanea.
-Après la reconquête de l'Andalousie
par les Espagnols, tous les Sémites, Musulmans et Juifs, se sont réfugiés au
Maghreb.
Qui est
aujourd'hui le Maghrébin qui peut dire que ses veines ne charrient pas du sang
ibérique, juif, étrusque, tartessien, romain ou vandale?
Bien
avant l'islamisation du Sahara, les Juifs y ont déjà développé le commerce et
la culture judéo mauresque. Des documents, écrits en lettres hébraïques et
d'autres en tifinagh, parlent de Méghorachim (terme qui veut dire expulsé en
hébreu, hérité du sumérien, et qui a donné Imaghrachen en Tifinagh). Il s'agit
certainement de ces juifs expulsés par les Pharaons de la région d'Assouan et
qui ont été longtemps appelés Assouaniks/Ifellachen (auraient-ils une parenté
avec les Fellacha d'Ethiopie, comme l'avance l'anthropologiste russe Nicolaï
Marr?).
L'interpénétration
des cultures judéo imazighen et, par la suite, judéo arabes, ont assuré une
coexistence et une convivialité de tous les temps. Ils ont rempli un rôle
important dans la civilisation et la culture marocaines. Ils ont contribué à la
richesse du patrimoine national dans tous les secteurs, public, spirituel,
culturel, social, politique et économique. Notre mode de vie et nos pratiques
quotidiennes en portent toujours les traces. Le tissu relationnel qui lie les
deux communautés, musulmane et israélite, est resté sans rupture majeure
pendant de longs siècles, en dehors de rares déchirures vite cicatrisées par le
temps et par le partage d'une même histoire et d'un destin commun. Ils sont
présents tant dans les villes que dans les campagnes. En 1912, ils
représentaient 80% de la population à Debdou, 50% à Essaouira, 30% au Touat,
20% à Casablanca, entre 10 et 15% dans les autres contrées, surtout dans les
régions sahariennes et présahariennes. Ils ont gagné leur place dans l'histoire
du Maroc qui n'a jamais renié son substratum et son vecteur sociohistorique
juifs. Juif et Musulman ont marqué la mémoire collective du peuple marocain. «Qu'aurait
été le Maroc sans les Juifs» se demande le professeur Simon Lévy, directeur
du musée judaïque marocain à Casablanca. Notre histoire millénaire ne peut être
ni complète ni comprise si on ne tient pas compte de la participation de tous
les groupes qui composent notre société. Elle est constellée d'événements où le
Juif a joué un rôle capital.
Les
Arabo musulmans.
Bien
avant l'Islam, des Arabes venaient au Maghreb pour leurs activités
commerciales. Beaucoup y élirent domicile. Plusieurs mots et expressions arabes
ont été relevés dans les différentes langues berbères bien avant l'arrivée de
l'Islam dans la région. En l'an 681 arrivèrent les premiers Musulmans avec Okba
Ben Nafî. Ils ne cessèrent de déferler sur le Sahara après avoir transité et
essaimé dans les régions Nord du pays.
Le
Maroc et son Sahara ont été peuplés par plusieurs ethnies (Ghanéens, Daratites
et Gétules, Ibériques, Italiens, Phéniciens, Troyens, Puniques, Carthaginois,
Israélites, Himiar, qui ont donné naissance au peuple Imazighen que d'aucuns
appellent Berbère. Ensuite vinrent les Romains, suivis des Vandales que
remplacèrent les Arabo musulmans.
Les migrations et déplacements, par
terre ou par mer, des peuplades ayant convergé vers le même point d'attraction,
finissent par se créer un intérêt commun. Naît alors un lien de parenté qui les
unit toutes au point qu'elles ne forment plus qu'un seul peuple évoluant dans
les limites d'une même nation. Elles forment la trame du tissu national et
composent un espace sociogéographique où se réalise l'arrimage des régions les
unes aux autres et où se manifestent une solidarité humaine socio-économique et
une convivialité originelle. Elles finissent par être modelées dans la même
histoire et adaptées au même contexte de mode de vie dans les mêmes frontières.
Le Maroc, que la position géographique place au carrefour des chemins
migratoires, offre un exemple typique de ce phénomène, surtout dans son
prolongement saharien.
Ces
groupes humains, venus de contrées diverses, démontrent que le peuplement du
Maroc et de son Sahara s'est effectué sur plusieurs millénaires. Les races et
les ethnies avaient apporté chacune sa civilisation et sa culture, ses
caractères génétiques et son faciès, ses lignées et ses ramifications. "Les
Musulmans ajoutèrent un élément de plus en apportant le ciment de l'Islam au
Maroc et à son prolongement saharien" écrit Odette du Puigaudeau dans
son livre: Le passé maghrébin de la Mauritanie. Effectivement, l'Islam a
raffermi le substratum de l'empire du Maroc et scellé à jamais son unité. C'est
une prodigieuse fusion de masses diverses où les Berbères de l'Atlas, les
Sanhaja, les Hassan, les Z'naga, au sein de laquelle l'Afrique Noire a imposé
sa captivante magie, vivent ensemble depuis des siècles. Ici, les anciennes
structures ethniques se confondent toutes dans l'ensemble national marocain, de
la Méditerranée au fond du Sahara.
Des
glissements de populations entières se sont opérés entre les différents
territoires du pays. Elles se sont
fondues les unes dans les autres durant toute l'histoire du Maroc. Il y a eu
tellement d'intermariages et d'interconnections entre tribus qu'il est
difficile de dire aujourd'hui si c'est le Sahraoui qui est marocain ou si c'est
le Marocain qui est sahraoui. De la même manière qu'on ne peut définir qui est
le pur berbère ou le pur arabe.
A l'arrivée de l'Islam, les Arabo
berbères du Nord ont pénétré le Sahara avec Okba Ben Nafî d'abord et Hassan Ben
Noâman ensuite, aux 7ème et 8ème siècles. Plus tard, en
mouvement inverse, les Sahraouis sont montés au Nord, suite aux conquêtes,
allant jusqu'en Andalousie. Ce sont les Almoravides au 11ème siècle,
les Almohades au 12ème siècle, des Saâdiens au 16ème siècle et les Alaouites au 17ème siècle. Ces déplacements de
populations sont entrés dans les mours. Aujourd'hui les masses populaires se
déplacent dans toutes les directions et ne se sentent pas dépaysées là où elles
élisent domicile sans idée de retour à la région mère. Il nous est donné de
constater que celles qui ont le plus essaimé à travers les contrées du Maroc
sont les Sanhaja, les G'Zoula, les Berghouata, les Lamtouna, les Lamta,
ensuite vinrent les Hilaliens, les Souleim, les Mâkil, les Hassan, suivis des
Oulad Bou Sbaâ, des Oulad Tidrarine, Lâroussyène, des Oulad D'leim, des
R'guibat, des Filala. Il n'y a pas la moindre région du pays où ces lignées ne
sont pas présentes. Cette population, aux origines hétérogènes, trouve ses
généalogies dans les mêmes groupes ethniques qui vivent dans le Nord du pays.
On
trouve les mêmes tribus et les mêmes cognations dans la plupart des provinces
du royaume. Il est à citer quelques exemples:
-Les
Oulad Bou S'Bâa descendent de Sid Ali El Kamel Es-Soubâï, né à Fès, (fin du XII
siècle). Il a passé toute sa vie à Chichaoua, entre Marrakech et Essaouira. Les
Oulad Bou S'Bâa sont aujourd'hui dans les Chiadma (Essaouira), au Tafilalet, en
Mauritanie (le président mauritanien, Ely Ould Mohamed Val est de cette tribu),
au Sahara marocain, à El Mâder (Sud Tiznit), à Tlemcen (depuis l'époque où
cette ville était marocaine, conquise par le sultan Idriss 1er en
789). Le capitaine français Bonafos a écrit, dans le Bulletin Trimestriel de la
Société de Géographie et Géologie (septembre 1927) un article «Une tribu
marocaine en Mauritanie; les Oulad Bou S'Bâa», dans lequel il
explique les causes de l'éparpillement de cette tribu sur les régions de «ce
qui était auparavant l'empire marocain, depuis le règne des Saâdiens». Ils
ont la faculté d'appartenir à plusieurs classes à la fois; ils sont guerriers
redoutables, Zouaya savants et commerçants avisés. Leurs influences culturelles
et commerciales ont atteint toutes les régions du Maroc et même au de là,
allant jusqu'au Sénégal et la Gambie.
-Laâroussiène
descendent de Sidi Ahmed ben Abdellah Lâroussi, de la lignée Idrisside, natif
de Béni Arouss, près d'Ouazzane. Après son retour de Tunisie, où il a parachevé
ses études, il resta peu de temps dans les Béni Arouss avant d'émigrer, avec
tout un groupe des siens, à Saguya El Hamra où il vécut le restant de sa vie.
Il y est mort et enterré. Laâroussiène vivent à Béni Arouss, à Figuig, au
Tafilalet, dans le Souss, dans les Chiadma, à Oued Dahab, en Mauritanie. Ils
sont aussi, à Béni Ounif, au Touat et dans la Saoura (Algérie). Une petite
fraction vit à Tinbouktou (Mali).
-Les
Oulad Tidrarine, descendants du f'quih Ben Abi Dajana El Ançari, vivent dans
toutes les régions du Maroc, du fond du Sahara au Nord du pays, et même au-delà
des frontières (Mauritanie, Waddane, Sénégal).
-Les
Oulad D'leim sont en Mauritanie, à Dakhla, à Tan Tan, dans la région de
Marrakech et dans le Gharb, au Nord du Maroc. Deux de leurs fractions: Oulad
Chebel vivent au Touat et Ladghagh à Tinbouktou.
-Les
R'guibat sont en Mauritanie, à Tindouf, au Sahara marocain et au Nord du pays.
Une partie de la fraction T'Halat, vit dans la région d'Essaouira, au sein des
Chiadma et en on trouve aussi à Bouchane, près de Marrakech. Les Meyara, une
autre sous fraction, vit dans la plaine de Fès. On trouve les R'guibat à
R'hamna, à Ben Guérir (régions de Marrakech) comme on les trouve à Boudnib
(Tafilalet) et à Sidi Yahia des Zaïre (Rabat) et dans le Souss. Selon la note d'information du 2ème bureau français N°1583/2BS/SC du
-Dans
la région de Tétouan, au Nord du Maroc, vivent les B'ni-Iîch. Les Oulad-Iîch
sont dans la région de Kasbah Tadla. Les Aït-Iîch évoluent dans la montagne au
Sud de Marrakech. Les Ida-ou-Iîch sont en Mauritanie. C'est la même lignée dont
seul le suffixe change, suivant les contrées. Cette tribu est de l'agnation des
Bani Hassan, comme il est signalé par Etienne Richet dans son livre, «la
Mauritanie», 1920, Edt. Larose, et Par Georges Poulet dans «Les Maures de
l'Afrique Occidentale ». 1904. Edt. Challamel.
-Les
Oulad Jerrar et les Chtouka sont en Mauritanie. On les trouve dans les
montagnes au Sud de Tiznit, ainsi qu'au Sud de Casablanca à Had Soualem. Une minorité
est installée près de Témara. Ils sont plus au Nord encore, pas loin de Tanger.
-La
tribu des Mghafra est éparpillée sur l'ensemble de Mauretanea en petites
minorités dont la plus importante se trouve à Chenguit.
-Laglagma,
tribu idrisside dont sont originaires les Hal Ma el Aïnine, sont en Mauritanie,
au Sahara marocain et dans l'Atlas. Leur Zaouya mère des Hel Taleb El Mokhtar
el Idrissi el Galgami est dans la région de Béni Mellal. Du Nord au Sud du
pays, ils occupent des postes de responsabilités dans l'administration
marocaine (ambassadeurs, ministres, gouverneurs, enseignants dans les
facultés). L'un des leurs, Cheikh Ma el Aïnine Elgalgami, a combattu, au nom du
sultan du Maroc, la pénétration franco espagnole au Sahara.
-Les
tribus Yaggout sont à Tan Tan, à Lâyoun et on les trouve aussi à
-Dans
la ville d'Aït Baha, au Sud d'Agadir, vit depuis plus de deux siècles une
fraction de la tribu sahraouie Izerguyène. Dans cette cité se dresse toujours
la kasbah Tizerguyène qui porte le nom de la tribu mère qui l'a construite.
-Les
Filala, (de Tafilalet, creuset de la dynastie régnante), vivent aussi en
Mauritanie et au Sahara marocain ainsi qu'au Touat. Le Touat, aujourd'hui en
Algérie, n'est que le prolongement naturel, ethnique et politique de la
province marocaine du Tafilalet qui s'étendait jusqu'à la Saoura, avant que les
Français ne l'annexent au profit de leur département algérien.
-Les
Aït Oussa sont à Oued Noun (confédération des Tekna, à cheval sur les zones
sahariennes française et espagnole). Leur tribu mère essaime toujours dans la
région de Sefrou, non loin de Fès, au Nord du pays.
-Les
Kharijites, les Béni Hilal, les Ançar, les Béni Souleim et les Mâkil, venus du
Moyen Orient à différentes époques, ont mis plusieurs années pour traverser
l'Afrique du Nord, d'Est en Ouest, et ont essaimé partout où ils passaient,
jusqu'en Mauritanie. Les Hassan de Trab el Beïdane, sont de ces lignées. Ces
agnations sont dans la région de Meknès, dans les Doukkala, aux Aït Ba-âmran
(Ifni), au Sahara marocain, au Touat et en Mauritanie.
-Les Z'karna sont en Mauritanie et une
fraction vit dans la montagne au Sud d'Agadir (Ida-ou-Zekri). Les Ben Zekri,
grande famille commerçante, sont à Fès, à Casablanca, à Marrakech et partout au
Maroc.
-Les Torkoz, arrivés
de l'Arabie avec Okba Ben Nafiâ, ont essaimé partout dans les régions du Nord
du pays avant qu'une partie ne se soit fixée définitivement en Mauritanie et au
Sahara marocain. On les trouve aussi bien dans les plaines que dans les
montagnes de l'Atlas et du Rif où ils se sont berbérisés et totalement fondus
dans les populations locales au point où il est aujourd'hui difficile de les
distinguer. Tribu maraboutique et "de savoir", elle
est très respectée par les autres. Leur grand savant
qui a marqué l'histoire est Mohammed Mahmoud Tourksi Chenguiti. Il a enseigné à
Al Azhar au Caire et en Arabie Saoudite. Une minorité
s'est installée, au temps des Mérinides (1258-1465) entre les J'bel Bani et
l'Ouarkziz où elle a bâti Aouinet Torkoz.
-Les M'hamid est une tribu qui vit dans la haute vallée d'Oued Dra, dans
la région d'Ouarzazate. Là, toute une ville porte ce nom. On en trouve une importante fraction en Mauritanie et au
Sahara marocain.
-La tribu Laghlal a ses racines dans la montagne au Sud de Marrakech, à
Ighrem (non loin de Taznakt). Une partie importante vit en Mauritanie depuis
longtemps.
-Les Taoubbalt, tribu aujourd'hui Mauritanienne, est originaire de la
région d'Essaouira. Un grand quartier de cette ville porte ce nom. On trouve
les trouve dans les Chiadma et dans les Haha, au Nord et au sud d'Essaouira.
Ils sont aussi dans la plaine de Marrakech où ils nomadisaient il n'y a pas
longtemps.
-Que dire de la confédération des Tekna qui groupe 19 tribus et dont les
territoires est situé à cheval sur les deux anciennes zones, française et
espagnole? Comme c'est expliqué au chapitre VIII, les tribus Tekna vivent un
peu partout au Maroc, de Tanger au fond du Sahara.
Une histoire de plus de treize siècles a
fait son travail d'amalgames et de soudures entre les uns et les autres.
Qui oblige ces populations à changer de régions et de mode de vie? Plusieurs
causes et autant de raisons incitent les populations à se déplacer. Si les
motifs sont variables, ils sont restés pratiquement les mêmes suivant les
époques et encore de nos jours.
-Tous les envahisseurs, venus du Nord ou de l'Est (Ibères, Israélites,
Phéniciens, Troyens, Puniques, Carthaginois, Himiar, Etrusques, Tartessiens,
Romains, Vandales, Arabes) chassaient vers le Sud une partie des occupants du
pays qui se réfugiaient au Sahara.
-Dans sa conquête du Maroc, Idriss 1er, père de la dynastie Idrisside,
venu du Moyen Orient en
-Les Mérinides, venus de l'Est, étaient accompagnés par leurs partisans
qui ont, par la suite, essaimé à l'Est et au Sud du Pays.
-Sur les six dynasties qui ont régné au Maroc (de 788 à nos jours), quatre
sont venues du Sahara (tableaux en annexe). Leur déplacement entraîna de
nombreuses populations qui s'installèrent définitivement au Nord du pays.
-Les sultans recrutaient des soldats dans une contée pour les affecter
dans une autre. C'est ainsi qu'on trouve les Touareg de Tinbouktou et d'autres
tribus sahraouies dans plusieurs villes du Nord du royaume, comme on trouve
au Sahara des familles originaires du
Nord.
-Le commerce a joué et joue toujours un grand rôle dans les déplacements
et l'amalgame des populations. Les marchands déléguaient des membres des leurs
dans les villes commerçantes pour le besoin de leurs négoces (appelés
aujourd'hui représentants commerciaux ou agences commerciales). Ceux-ci
restaient souvent dans la ville d'accueil, y essaimaient, sans idée de retour.
-Les caravanes qui sillonnaient les espaces dans tous les sens ont
concouru à l'assimilation des populations. Outre les marchandises, elles
transportaient aussi idées, cultures et civilisations qui ont fait connaître
les populations marocaines entre elles.
-Les pénuries et les grandes sécheresses obligeaient les populations
sahariennes à se déplacer vers le Nord plus clémente. Des populations in
extenso se déplaçaient à la recherche de pâturages pour leur cheptel. Quand le
bétail, très affaibli, mourait en cours de route, les nomades, alors démunis,
restaient définitivement sur place dans la nouvelle région d'accueil.
-Souvent, pour punir une tribu ou toute une région qui se révoltait, les
sultans en déplaçaient une grande fraction pour l'installer loin de ses terres.
Une autre mesure sécuritaire consistait à investir, dans la contrée à punir,
toute une troupe militaire que les habitants devaient prendre totalement en
charge. C'est le cas du récit qui suit:
Sous le règne du sultan saâdien, Ahmed el Mansour, (1578-1603), quelques
tribus Sanhaja et Hassan se querellaient entre elles dans les provinces de Chenguit. El Mansour expédia un contingent
fort de 3000 soldats sous le commandement d'un caïd rifain du Nord, M'hand Amer
Akchar, pour calmer la situation. Ces troupes rifaines ont vécu sur place sans
idée de retour, se mêlant à la population locale. Le lieu porte aujourd'hui le
nom d'Erg Akchar. Deux tribus, les Oulad Ghaïlane et les Oulad Ommanni,
seraient la descendance des deux fis du caïd Akchar, Ghaïlane et Ommanni. Voici
donc deux tribus, à aïeul commun, où le sang qui coule dans leurs veines
provient de deux régions marocaines, éloignées de plus de
Il n'y a pas une seule région du pays qui n'a pas reçu des populations
venues d'autres zones marocaines. Même les confréries religieuses au Sahara ne
sont que des ramifications de celles du Nord. A la longue, des zaouyas nées au
Sahara ont étendu leurs influences au Nord.
Outre leur anthropologie, leurs sociétés et leurs organisations
politiques régionales, leurs traditions culturelles, leurs religions (Judaïsme
et Islam), les relations entre les différentes populations maures ont été
examinées depuis les âges les plus reculés. Nonobstant les écrits à caractère
colonial, tous ceux qui ont accordé du crédit à l'étude profonde de Mauretanea
sont unanimes quant à l'appartenance du Sahara, territoire et population, au
royaume chérifien, du règne des rois berbères à celui des Alaouites.
Ces populations se sont constituées et
organisées, malgré leur voisinage immédiat, en tribus distinctes, non seulement
autonomes les unes par rapport aux autres, mais parfois opposées les unes aux
autres. Le caractère de chaque groupe est fonction du niveau hiérarchique où il
est classé. Si les batailles rangées entre eux ont cessé depuis quelques
décennies seulement, une certaine animosité ancestrale garde, encore de nos
jours, des traces profondes dans les rapports traditionnels qui régissent le
mode de la vie tribale du bédouin, oasien ou nomade.
Les tribus du
Sahara et leurs origines
"Il est très difficile de vouloir
détribaliser le Maure"
Le général français Laperrine de
Hautpoul.
Les différentes races et ethnies, aux
origines et aux apports culturels divers, qui ont peuplé le Sahara, ont donné
naissance aux populations actuelles organisées en entités tribales.
Dans ses investigations, le chercheur
se trouve desservi par la pauvreté du corpus de révélations et de témoignages
historiques qui auraient été en mesure de l'éclairer avec exactitude sur
l'évolution, dans le temps et dans l'espace, des différentes tribus qui
composent la population actuelle du Sahara. Les données dont il peut disposer
sont, dans leur majorité, des récits et des écrits plus au moins tirés de
légendes, empruntés à quelques discours flous ou extraits de certaines
narrations mythiques. La population tribale évolue en se fragmentant sous
différentes formes. Tantôt elle épouse les contours d'une région, d'une ville
ou d'une série d'oasis. Parfois elle se moule dans des limites floues d'une
tribu ou d'une confédération de tribus. Toutefois, aucune de ces sociétés ne
peut vivre en circuit fermé. Le pays, du Nord au Sud, est animé par des
permutations fréquentes de populations entières et d'échanges culturels et
commerciaux. Pour les besoins de leurs manufactures, les grandes villes telles
Badis, Tétuan, Fès, Meknès, Rabat, Marrakech, Essaouira, Taroudant, Goulimine,
Tindifis (Tindouf), Tinbouktou, Walata, Awdaghost, Tichit, Chenguitti, Tijikja,
font appel à la main d'ouvre spécialisée des régions proches ou lointaines,
comme elles acquièrent les matières premières dans des contrées voisines ou
retirées. De même que les échanges sont permanents entre la campagne la ille.
La circulation des matières premières et des produits finis font les intérêts
des uns dépendant des autres et que des liens deviennent permanents entre les
différents pôles régionaux. Ces pôles doivent respecter les normes et les
circuits d'échanges préexistants.
Les tribus étant nomades et leur
culture restée longtemps orale, peu d'écrits peuvent être classés authentiques
ou non tendancieux. Ces documents sont difficilement exploitables du fait de
leur dispersion. Ceux qui en détiennent les gardent jalousement à l'abri des
curiosités et ne les dévoilent qu'exceptionnellement. Ils les considèrent comme
patrimoine sacré et exclusif de la tribu ou de la famille. La prudence est donc
de rigueur. Le chercheur doit être sévère dans la critique et très prudent
quant aux conclusions hâtives et aux recettes aisées. D'autres écrits sont sans
auteur et ne peuvent être situés dans le temps ni dans le lieu. Des historiens
anciens donnent rarement leurs sources avec précision. Leurs narrations
viennent sans doute de contes populaires et se révèlent ainsi pleines de
lacunes et d'incertitudes. Fautes de pistes précises, le chercheur est astreint
à formuler de simples hypothèses s'ils ne poussent pas loin sa curiosité et ses
investigations dans d'autres textes et documents. Les chroniqueurs arabes
rédigeaient sans plan préconçu. Certains sont peu critiques quant aux
événements qu'ils relatent. De leur côté, les copistes et les scribes
accordaient moins d'importance à l'exactitude de la reproduction du texte qu'à
la calligraphie. Si quelques défrichages permettent de décortiquer les récits,
l'impartialité n'est pas souvent le souci central de quelques historiens. On
rencontre, de temps en temps, des références à certaines notices, mais
celles-ci sont quelquefois d'une austérité accablante.
Or, l'écriture de l'histoire ne
s'improvise pas. Elle est le résultat de recherches ou la narration des
événements de l'époque que l'auteur a vécue et dont il était le témoin. Elle
est aussi la référence à des textes antérieurs ou à des récits transmis
oralement. L'auteur a le loisir de les transcrire sous une autre forme sans en
modifier ni la réalité ni le fond, sauf s'il est en mesure de produire des
arguments tangibles et justifiables.
Les auteurs étrangers, appelés
orientalistes, ajoutaient leur grain de sel à tout ce corpus. Certains,
honnêtes, ont laissé d'excellents documents, se basant sur des textes et des
témoignages locaux complétés par des investigations sur le terrain même.
D'autres, des 17ème, 18ème 19ème et 20ème siècles, transfiguraient sciemment la réalité de l'histoire à des fins purement
coloniales (voir, à titre d'exemple, ci-dessous, le voyage de l'Allemand Oskar
Lenz à Tinbouktou).
Dès le XVI ème siècle, des précisions
commençaient à voir le jour avec l'introduction, timide cependant, du document
écrit (laudatif, hagiographique, narratif, biographique, poétique,
événementiel). Même après avoir épluché les divers documents mis à sa
disposition, le chercheur n'est pas à l'abri de confusions. Ces rares, mais
précieuses pièces nous permettent de constater que, de Goulimine au fleuve du
Sénégal, vivent les mêmes peuplades qui, malgré le mode de vie identique
qu'elles mènent, peuvent être listées différemment selon leurs généalogies,
leurs classes sociales superposé ou leurs groupes de tribus. Nombre de
chercheurs occidentaux ont commis l'erreur de prendre comme cas de figure la
tribu des R'guibat que les premiers explorateurs européens assimilaient à
l'ensemble de la population maure. Or, le groupe R'guibat n'est pas un exemple
déterminant ni une référence exclusive dans l'acheminement de l'étude d'une
société bédouine érigée par toute une mosaïque de tribus, de fractions et de
sous fractions. Chaque groupe conserve une certaine spécificité, un certain
rang et certaines données originelles.
Le classement par origines:
Le classement par origines des tribus,
bien qu'elles sont de provenances différentes, peut être limité à deux grandes
catégories: les tribus Hassan et les tribus arabo berbères.
Les Berbères ont fait leur
apparition au Sahara depuis bien des millénaires. Ils y sont venus, par vagues
successives, fuyant les guerres fratricides ou chassés par les envahisseurs
venus du Nord ou de l'Est. Rejoints par les Arabes, ils ont formé des groupes
arabo berbères.
Les maroco sahariens sont, en
majorité, des descendants des Arabes:
-Ceux venus avec Okba Ben Nafiâ,
-Les descendants des Bani Hilal et les Bani Souleim,
venus au XII siècle de Najd (Arabie) pour envahir l'Afrique du Nord et le
Sahara.
-Les Arabes Maâkil venus aux XIII et XIV siècles du
Nord de l'Arabie.
-Les Arabes Andalous chassés d'Espagne aux XV ème et XVI
ème siècles.
Les maroco sahariens vivent sur le
littoral entre la vallée d'Oued Dra et la vallée du Sénégal. Certains ont pu
essaimer chez les Touaregs, au Niger, au Touat et au Mali.
Le classement par hiérarchie sociale nous donne le clivage suivant:
-Les Beïdane (Blancs, libres par rapport aux noirs esclaves et aux
Z'naga vassaux).
Arabes pour la plupart, ils descendent
des Hilaliens, des Bani Souleim, des Kharijites et des Maâkil. C'étaient des
guerriers vivant de nomadisme et d'expéditions sur l'ennemi. Nobles seigneurs,
ils étaient réfractaires à tout travail manuel, à tout commerce et à toute
fonction salariale. Ils tenaient l'échelle supérieure de la société. Il y a à
peine quelques années qu'ils ont commencé, timidement, à s'intéresser à des activités
autres que les Ghazzous (raids sur l'ennemi). L'organisation sociale actuelle
ne leur permet plus de rançonner les tribus qu'ils protégeaient il y a juste
quelques décennies. Toutefois, ils gardent toujours leur allure seigneuriale et
continuent à inspirer le respect aux autres classes subalternes.
-Les Z'naga: Ce sont des tribus berbères ou arabo berbère. Une
grande majorité est semi-nomade, pratiquant la culture vivrière et l'élevage
bétail dans les oasis. Chaque famille a un point d'attache dans l'oasis la plus
proche des terrains pastoraux de sa tribu. Ceux du littoral s'adonnent à la
pèche d'auto consommation. Peu guerriers, ils vivaient sous la protection d'une
tribu Beïdane à laquelle ils payaient une dîme annuelle. Cette pratique ne se
fait plus de nos jours, mais le Z'nagui se sent encore moralement et
psychologiquement redevable à son ancien tuteur.
-Les Zouaya (disciples de Zaouya). Ils descendent des kharijites
et de ceux venus de l'Andalousie. Certains parmi eux sont d'origines berbères.
Peu sont nomades. Ils vivent dans les oasis et les villes. Ils tiennent de
petits commerces, assurent la chariâ (loi musulmane), enseignent dans les
méderças. Certains sont mokaddems (recteurs) de la Zaouya de leurs ancêtres et
vivent de subsides. Depuis quelques années, on en trouve beaucoup dans
l'administration ou tenant des fonctions libérales. Ils ne portent les armes
que rarement, mais sont respectés pour leur savoir et pour leur poids
religieux. Ils ont souvent usé de leurs bons offices pour apaiser les conflits
inter tribaux. En cas de menace extérieure, ils arrivaient toujours à grouper
sous leur bannière toutes les tribus pour faire face à l'envahisseur. En temps
de sécheresse, ils organisent la société afin d'alléger le poids de la pénurie
qui touche les démunis. Ils ont été à l'origine des confréries religieuses
actuelles, au Sahara, en Mauritanie, au Sénégal, au Mali et au Niger. Ces
confréries ne sont que les branches des Zaouya mères du Nord du Pays. Ils sont
classés en «Zaouya Es-chems", marabouts du soleil et "Zouaya
Ed-dall", marabouts de l'ombre. Les premiers sont plus respectés et plus
écoutés, étant les descendants du prophète. Les seconds sont les disciples de
Walis (saint).
-Les Harratine: singulier: el horr ettani (homme libre
de seconde classe). Ce sont des noirs hybridés émancipés. Ils sont de teint
basané. Ils forment, avec les métayers, la classe des artisans dans les oasis
et les villes et même au sein de tribus nomades. Quelques uns, à force de
labeur, deviennent de grands commerçants, des chefs caravaniers ou des
fonctionnaires, mais, socialement, restent toujours à leur niveau subalterne de
l'échelle populaire.
-Le noir esclave:
Des siècles durant, le noir a été
refoulé vers des plus au Sud ou plus au Nord, pour ne vivre que dans les
vallées du Dra, du Sénégal et à Tagante. Il réapparut, avec l'arrivée des
Hilaliens et des Souleim au Sahara, sous forme d'esclave, s'occupant des
services les plus déconsidérées (soigneur de cheptels, tanneur, berger,
serviteur du maître, monnaie d'échange dans les opérations commerciales). Il
constituait la seule main d'ouvre de la tribu nomade et dans l'oasis. Le noir,
quoique libéré et émancipé aujourd'hui, reste marginalisé dans son rang social
le plus bas, quelle que soit sa fortune, son niveau intellectuel ou
l'importance de son poste. Psychologiquement il sent bien sa marginalisation,
mais s'en accommode naturellement et sans complexe.
La hiérarchisation des tribus est très
stricte, rigide et garde, encore de nos jours, des traces indélébiles dans les
rapports entre groupes tribaux de niveaux différents.
Répartition des tribus:
Avec le temps, toutes ces populations
ont fini par se constituer en tribus ou en fédérations de tribus, politiquement
distinctes, réparties en groupes suivants: (ne sont répertoriés ici que les
groupes importants de l'ex Sahara espagnol).
La confédération des Tekna.
La confédération des R'guibat.
Les Oulad D'leim.
Les Oulad Tidrarine.
Les Oulad Bou S'bâa
Laâroussiène
Les Torkoz
Les Aït Baâmrane.
Les Israélites du Dra.
Les Tekna, dont le nombre domine au Sahara marocain, forment un
groupement de tribus Beïdane, Z'naga, Zouaya, avec leurs Harratine, leurs
maâlmine et leurs esclaves. On trouve parmi elles des groupes d'origines juives
islamisés. Léon l'africain les fait descendre des Lamta, des Messoufa et des
Mâkil. Il faudrait y ajouter les Arabes Hilaliens à partir du XII ème siècle,
et les Andalous dès le XV ème. Justinard (Abba Omar), renégat français,
officier du sultan, parlait déjà en 1580 de l'union Tekna. Bien des historiens
donnent cette confédération comme archétype de l'amalgame arabo berbère. Ces
tribus ont vécu ensemble depuis longtemps et sont si proches les unes des
autres qu'il devient difficile aujourd'hui de les classer en arabes ou en berbères. La sagesse de leurs chefs
respectifs a encouragé les intermariages et la coopération commerciale entre
tribus. Les Arabes ont été berbérisés et les Berbères arabisés depuis des
siècles.
Aujourd'hui, au nombre de 19 tribus,
ils sont partagés en deux groupes: les Aït-J'mel (des arabes d'origines) et les
Aït Atman (berbères d'origines). Toutes ces ethnies ont donné naissance aux
tribus figurant dans les tableaux en annexe. Ils sont une multitude de petites
tribus qui se battaient entre elles et, de se fait, étaient une proie facile
pour leurs voisins plus forts. C'est le roi saâdien, El Mansour Ed-Dehbi
(1579-1603) qui les a confédérés. (Il avait, de la même manière, confédéré les
tribus des Trarza et celles des Ida Ychelli de la Mauritanie, plaçant à la tête
de chaque confédération un émir ou un grand caïd).
Leur sécurité assurée et leur force
retrouvée, grâce à leur union, ils développèrent leur commerce dans tout le
Sahara. Des familles teknies se sont installées, depuis plusieurs générations,
en Mauritanie, au Mali et au Sénégal. Certaines y tiennent des commerces
importants, d'autres occupent des postes de responsabilités dans
l'administration locale. L'un des premiers ambassadeurs du Mali au Maroc
n'était autre qu'un membre de la tribu des Moussa-Ou-Ali et dont la famille a
vécu à Tinbouktou. Les Ben Barka, une famille importante de la tribu teknie des
Aït Moussa-Ou-Ali, a essaimé à Tinbouktou, au Touat, à Goulimine, à Casablanca
et à Rabat. M. Souhaïl ben Barka, ancien directeur du Centre Cinématographique
Marocain à Rabat, né à Tinbouktou, où ses aïeux étaient chargés de missions par
le sultan, appartient à cette lignée.
Un grand nombre de ministres
mauritaniens avaient des origines teknies.
Des tribus teknies sont nomades,
d'autres sont semi-nomades, vivant de cultures vivrières, d'élevage de
dromadaires, de bovins et de caprins. Leurs terrains de parcours s'étendent
d'Oued Noun à Saguya el Hamra. Ils ont comme voisins, au Sud, les Oulad D'leîm
et les Oulad Tidrarine, à l'Est, les R'guibat, au Nord, les Aït Baâmrane et les
gens du Souss.
Les R'guibat:
Ils forment un ensemble de
fractions qui n'ont pas toutes la même souche. Ils sont de généalogies
diverses: chorfa descendants de Sidi Abdesslam ben M'chich, Arabes, Sanhaja,
Maâkil, G'Zoula, Zénètes.
Il n'est pas possible de déterminer à
quelle époque remontent les origines des R'guibat. On ne peut non plus affirmer
avec exactitude à quelle période situer leur première apparition au Sahara. Les
controverses, quant aux racines des R'Guibat, vont bon train. Les historiens,
anciens et contemporains, marocains et étrangers, en donnent des versions
diverses et quelquefois opposées. Dans le même sens, on ne peut situer dans le
temps Sidi Ahmed R'guibi, père du groupe. Sa date de naissance varie d'un document
à l'autre. On lui donne des dates de naissance étalées entre la fin du XV ème
et la moitié du XVI ème siècle (1590, 1620, 1632, 1641). Les dates de sa mort
aussi sont nombreuses comme les origines qu'on lui attribue et «les lieux» où
il est enterré. Certains écrits le veulent contemporain du sultan mérinide,
Abou Hassan Abdellah, qui régna de 1331 à 1351, et
qu'on appelait le sultan noir ou le sultan doré. Quelques documents ont été
trouvés auprès de familles R'Guibat. Les auteurs étant eux aussi du même groupe
tribal, la valeur du contenu de ces écrits reste alors à vérifier. D'autres
interprétations font venir les R'Guibat au Sahara dès le début du règne des
Saâdiens. La version suivante a eu l'accord de plusieurs historiens, avec
quelques variantes de l'un à l'autre des auteurs:
Vers 1560, alors qu'ils nomadisaient dans le Haouz de Marrakech
et dans la plaine des Doukkala, ils se révoltèrent, à l'instar de leurs voisins
les Oulad-bou-S'baâ, contre les Saâdiens qui les soupçonnaient de soutenir la
dynastie des Mérinides en déclin. Poursuivis par l'armée du sultan El-Ghalib,
ils furent vaincus et déposèrent les armes en un lieu au Sahara appelé
"R'guibiyène", au sud de Mahbess, (trois promontoires mitoyens qui
permettent aux guetteurs de voir au loin: er-gueb, observatoire). Ce lieu
servait de relais aux caravanes; d'où pourrait dériver le nom de R'guibat. Le
sultan nomma à leur tête le Cheikh Sidi Ahmed el Jazouli, de la Zaouya de
Moulay Abdesslam ben M'chich, dans le Nord du Maroc. Sidi Ahmed el Jazouli
s'était fait accompagner par ses partisans chorfas auxquels il confia
l'encadrement de la tribu. Ils laissèrent leurs noms aux différentes fractions
qui composent aujourd'hui le clan R'guibat. Ce n'est que bien après sa mort
qu'on lui aurait donné le nom de Sidi Ahmed R'guibi, dont la Khaloua (lieu
d'ascèse) se trouve à
D'autres écrits donnent
d'autres versions quant à la racine du nom R'guibat (regba: cou; R'gayba: lieu
situé au sud de Tagante en Mauritanie). Pour avoir eu un chérif comme caïd,
Sidi Ahmed el Jazouli (R'guibi), tout le groupe se considère aujourd'hui de la
descendance de Moulay Abdesslam ben M'chich. Avec le temps, d'autres généalogies,
berbères et arabes, étaient venues se greffer sur les R'guibat (d'kheila) et
adoptèrent le même nom. Chaque groupe nouveau apportait avec lui la force de
son nombre et l'étendue de son territoire au point qu'ils étaient devenus l'une
des tribus les plus puissantes et les plus craintes de la contrée. Leurs terres
de parcours étaient parmi les plus vastes et les plus incertaines à cause de
l'insécurité qu'ils y faisaient régner.
Les R'guibat
circulaient entre Zak, Tindouf le Nord du Mali et de la Mauritanie. Guerriers
intraitables, leurs armes étaient leurs seuls biens. Les biens des autres
étaient leurs seules et uniques ressources. Ils se battaient pour dominer et
pour le butin qui leur assurait leur richesse. Ils étaient parmi les plus riches
en bétail et en armes et possédaient de grands espaces après les annexions
qu'ils opéraient en absorbant d'autres groupes. Leurs terres étant étendues sur
plusieurs pays, le Maroc, l'Algérie, Mauritanie, Mali.
Les Oulad D'leïm:
Ils sont des Hassans d'origines
hilaliennes. Hassan, chef des tribus arabes qui portent son nom, avait, parmi
ses épouses, une qui était de petite taille et que ses rivales surnommaient
D'leima (petit insecte). L'un de ses fils, Oudei, hérita de sa mère le
sobriquet de D'leim. Lettré, courageux et grand guerrier, il était jalousé par
ses frères parce qu'il était le préféré de Hassan pour l'avoir vaillamment
défendu lors d'une bataille. A la mort du père, D'leim dut quitter le creuset
familial et s'installa à Oued Dahab, avec les siens et ses compagnons. Il donna
alors naissance au groupement des Oulad D'leim. Cette tribu est constituée
aussi bien de la descendance agnate de D'leïm que des enfants de ses cousins et
ses disciples qui l'ont suivi dans son exode. Les Oulad D'leim sont de nobles
guerriers, connus pour leur courage, leur fierté et leur sens de l'hospitalité.
Ils nomadisaient à travers leurs terrains de parcours entre Oued Dahab et le
Tirès.
-Une fraction importante vit
aujourd'hui en Mauritanie; il n'est pas rare que dans la même famille certains
membres soient marocains et d'autres mauritaniens. Quelques-uns possèdent les
deux passeports. La fraction Tagueddi vit à Tan Tan depuis l'arrivée des
Espagnols.
-On trouve aussi les Oulad D'leim dans
la région de Sidi Kassem, au Nord du Maroc et dans la région de Marrakech. Une
fraction, Ladghagh, vit dans la région de Tinbouktou qu'elle protégeait. Une
autre, les Oulad Chebel, vit dans les oasis du Touat.
En tant que Beïdane ils touchaient une
dîme annuelle auprès des tribus et des villes qu'ils défendaient. Le respect et
la crainte dont ils étaient entourés n'avaient rien à envier à leur passé
glorieux. Devant toute tentative d'hégémonie étrangère, ils faisaient groupe
ensemble avec leurs voisins du Nord, les Tekna, et ceux du Sud, Oulad el Lob,
pour chasser l'intrus.
Les sultans du Maroc recrutaient leurs
troupes et leurs capitaines en leur sein. Les Français en Mauritanie et les
Espagnols à Oued Dahab, ont essayé d'en enrôler dans leurs unités sahariennes;
peu de volontaires se présentaient. Ils ne s'étaient soumis à l'occupant,
français ou espagnol, qu'en 1937, mais restèrent hostiles à la présence
étrangère. Ils étaient assez nombreux dans l'Armée de Libération du Sud. Ils
n'ont jamais failli à leur esprit patriotique et au sens de l'honneur qu'ils
cultivent au plus haut point.
Grands nomades, leur vie économique
était peu active. Ils ne pratiquaient ni agriculture, ni commerce, ni
artisanat. Ils tiraient leurs ressources des dîmes et coutumes, que leur
payaient leurs protégés, et de leurs richesses pastorales. Leur cheptel était
si abondant qu'ils abreuvaient leurs chevaux de lait de chamelles.
Il n'y a que peu d'années que les
générations actuelles ont commencé à s'intéresser aux activités lucratives
telles la pêche, le commerce, l'administration et l'armée.
Les Oulad Tidrarine:
Ils sont venus de l'Arabie pour vivre
initialement dans toutes les régions du Maroc. Le gros de la tribu s'installa à
Adrar en Mauritanie. Une partie vit à Oued Dahab. Les interprétations
historiques sont diverses. La version la plus réelle est celle qui les fait
descendants des compagnons du prophète, El Ançar (de Khazrej).
Le docteur Hamdati Chabihounna Ma El
Aïnine date leur arrivée au Sahara dès le début du règne des Saâdiens.
-Ahmed
Lamine Chenguitti, 1911 الوسيط
في ترجمة
أدباء شنقيط
Il précise que les Oulad Tidrarine descendent des
Ançar, mais n'a pu donner une date à leur venue au Sahara. Il est difficile de
donner des datations exactes. Notre culture était souvent orale et l'écrit
convaincant et sûr était rare.
-
Thomassy, dans son livre Le Maroc et ses caravanes de 1845,
raconte «avoir été reçu par une tribu chorfa, les Tidrarine, que tout le
monde honore pour leur religiosité et leur descendance respectable».
Odette
de Puigaudeau a vécu plus de 40 ans en Mauritanie comme enseignante. Les classe
dans la catégorie des nobles Ançar.
Le
capitaine français Bonafos «Une tribu marocaine en Mauritanie, les Oulad Bou
S'Bâa» 1929. Dans deux passages de son livre, il parle des liens qui unissent
entre elles les tribus chorfas et cite parmi elles les Oulad Tidrarine.
Le
docteur libanais Ali Chami, historien du monde arabe, confirme leurs origines
Ançar, dans son livre: Le Sahara occidental, noeud de discorde au Maghreb
arabe.
Pacifistes de nature, ils
ne portent les armes que pour chasser ou se défendre. Ils ne sont pas
querelleux, mais leur attitude pacifiste ne les empêche pas de prendre les
armes devant le danger, qu'il vienne de l'intérieur ou de l'extérieur. Aux
côtés des autres tribus, ils ont vaillamment participé aux combats contre la
pénétration franco espagnole dès 1860. Ils ont vécu longtemps aux voisinages des Oulad D'leim. Les deux tribus
ont fini par avoir les mêmes réactions et le même comportement devant le danger
et leurs relations ont toujours été excellentes en dehors de quelques
soubresauts de l'histoire. Ils ont gardé de bonnes relatons avec leurs voisins, les Tekna au Nord,
et les Oulad Llob au Sud. Les Espagnols y ont difficilement recruté quelques
commis pour leur administration au Sahara. Leurs caïds ont toujours été nommés
par dahirs sultaniens.
Ils se composent de 12 fractions: Oulad Ali, Oulad
S'liman, Oulad Moussa, Oulad El Ghazi, Oulad Yassine, Lamnabha, Lafâriss,
Lâboubate, Hal Haj, Hal Taleb Ali, Idadssa, Lahceinat. Certains groupes de
familles qui se sont greffées sur les Oulad Tidrarine étaient d'origines divers
et d'autres étaient des Berbères venus du Souss.
Les Aït Baâmrane:
Originaires de la région d'Ifni, ils
forment un ensemble de familles installées dans l'ensemble du Sahara. Elles
monopolisent toutes les activités commerciales de la région et même en
Mauritanie, depuis plusieurs générations. Ils ont toujours joué un grand rôle
dans la vie politique et économique du Sahara et ont de tout temps gardé leur
neutralité dans les conflits entre tribus. Aux côtés des Tekna, ils n'ont
jamais hésité à prendre les armes contre les étrangers qui menaçaient les côtes
d'Oued Noun.
Depuis 1934, date à laquelle les
Espagnols occupèrent Sidi Ifni, conformément au traité de Tétuan de 1860, les
Aït Baâmrane n'ont jamais cessé de manifester, surtout par les armes, leur
hostilité à l'occupant. Nombreux dans l'Armée de Libération du Sud, ils ont
réduit l'enclave espagnole de Sidi Ifni, après avoir reconquis toute la montagne,
obligeant le colonisateur à se cantonner dans la ville. Bien que commerçants,
ils ont démontré, à maintes reprises, leur courage et leurs prédispositions au
combat armé.
Les Israélites:
L'histoire nous a fourni bien des
preuves de l'existence dans toutes les régions du Maroc d'une population juive
très importante, très active et très ancienne. Sa présence date de bien avant
l'islamisation et l'arabisation du Maroc. Les israélites ont participé à la vie
sociale, politique et économique du Royaume. L'amalgame de leurs cultures,
judéo berbère et judéo arabe, facilité par une coexistence et une cohabitation
de tous les jours avec leurs concitoyens musulmans, constitue une donnée non
négligeable de la civilisation marocaine. La participation des juifs marocains
a contribué à la richesse du patrimoine national dans tous les secteurs,
spirituel, culturel, social, politique et économique. Ceux qui avaient été
islamisés ont apporté avec eux bien des mours et des traditions qui gardent
encore leurs traces dans le mode de vie et pratiques quotidiennes du Marocain,
Juif ou Musulman.
Le tissu relationnel des deux
communautés, juive et musulmane, est resté sans rupture majeure, durant des
siècles, en dehors de quelques déchirures vite cicatrisées par le temps et par
le partage d'une même histoire et d'un destin commun. L'enracinement des
Israélites est tellement ancien dans le pays qu'ils ont fini par mettre en
évidence et adopter un judaïsme marocain spécifique. Ce judaïsme est resté
fidèle à lui-même et très attaché à sa singularité et à son identité
marocaines, malgré les flottements et les oscillations sociopolitiques et en
dépit des événements qui ont marqué l'histoire du Maroc et celle du Moyen
Orient.
Avant l'islamisation des Touareg,
existait en leur sein toute une communauté israélite qui vivait de commerce à
travers une grande partie des pays ghanéens. Des documents parlent de
Méghorachim, terme qui veut dire expulsé, en hébreu. S'agit-il des juifs
expulsés d'Egypte par les Pharaons? Une tribu touarègue porte le nom de
Imaghrachen (dérivé de Méghorachim) Les Touareg lui donnent le sens d'Errant.
Jusqu'à la fin des années soixante dix,
vivait à Goulimine et dans la vallée de l'Ouad Dra, une importante communauté
de Juifs. Leur présence dans la région remonte, selon les documents qu'ils
possèdent, à l'époque de Salomon. Au début de l'occupation romaine de l'Afrique
du Nord, d'autres juifs ont fui, comme les Zénètes et comme les Sanhaja, les
exactions de l'envahisseur romain pour se réfugier au Sahara. Plusieurs siècles
après, ils avaient été rejoints par d'autres israélites chassés d'Espagne. Avec
le temps, ils ont pris contact avec leurs coreligionnaires qui vivaient, bien
avant eux, dans les régions soudanaises. Ces communautés juives installées sur
les deux rives du Sahara entretenaient des échanges commerciaux et culturels
entre elles.
Les Juifs d'Oued Noun se subdivisaient
en deux fractions:
Les Aït Youssouf avaient leur centre d'intérêt et leurs
entrepôts à Goulimine. Leur saint est à Ifrane de Beïdane Atlas, à l'Est de
Sénégal Ils occupaient la basse vallée du Dra, entre son embouchure et Akka.
Ils sont arabisés et parlent aussi bien le berbère que le Hassani.
Les Aït Mordokhay habitaient la moyenne vallée entre
Akka et Foum Z'guid, le long du J'bel Bani. Leurs entrepôts et leur attache
religieuse sont à Taroudant.
Ces deux fractions se partageaient le
monopole du commerce dans le Dra. Leurs caravanes sillonnaient le Haha, le
Souss et Oued Noun, entre kharijites, sous fractions et Taroudant. Ils
commerçaient aussi avec le Sahara, mais par caravanes interposées. Quand la
sécurité le permettait, ils faisaient le voyage eux-mêmes afin de contacter
leurs clients et leurs fournisseurs à Oued Dahab, à Tindifis, à Atar et à
Chenguit. Propriétaires terriens dans le Dra, ils pratiquaient aussi
l'agriculture et l'élevage. Ils vivaient en parfaite entente avec les Tekna et
avec les Aït Baâmrane, tout en participant à la vie politique de la région.
Pour défendre leurs biens contre les incursions des R'guibat, ils n'hésitaient
pas à prendre les armes aux côtés des Tekna. Chacune de ces deux tribus était
représentée auprès du makhzen et au sein des 'Aït-er-Rbâine" par un
"Cheikh el Yahoud" (cheikh des Juifs) ou Nakib (doyen).
Naissance d'une tribu.
Le tribalisme au Sahara n'a aucune
dissemblance avec celui du Nord du pays, pour ce qui est de la naissance et de
la formation d'une tribu. La règle classique de la genèse d'une tribu est la
descendance du même père (l'agnation). Or ce principe d'agnation n'est pas
toujours vrai. Il ne peut être appliqué qu'aux groupes restés longtemps
hostiles à tout nouvel apport humain venant de l'extérieur de la tribu. Il a
été constaté que d'autres raisons et d'autres motifs peuvent être à l'origine
de la naissance d'une tribu:
-Un individu ou une famille vient se
greffer sur une tribu, essaime et, à la longue, adopte le nom de la tribu
d'accueil. Son nom d'origine restera à la fraction qu'il aura créée; c'est le
cas de la fraction des Aït-Ouchen dans le cadre de la tribu des Moussa-Ou-Ali à
Goulimine.
-Des familles n'ayant pas la même
souche, mais vivant longtemps ensemble, finissent par se multiplier et
s'intégrer les unes aux autres. Elles auront formé alors une tribu qui portera
le nom du chef le plus influent. C'est le cas des Yzerguyenne à Tan Tan.
-La méhalla, envoyée en mission pour
calmer ou protéger une région, finit par s'y fixer, procréer et former une
tribu qui portera le nom du chef de ladite formation militaire. C'est le cas
des Oulad Ommanni et Oulad Ghailan en Mauritanie.
-Si une tribu parvient à vaincre sa
rivale, elle s'en fait obéir, la domine et finit par l'absorber en son sein,
ajoutant ainsi une autre force à la sienne et une autre fraction.
-Des familles d'origines disparates
cherchent la tutelle d'un chef religieux ou d'une Zaouya. A force de vivre
ensemble, le groupe qu'elles auront constitué portera le nom du cheikh ou de la
Zaouya. C'est le cas de quelques fractions au sein de Lâroussyenne et des
Ida-Ou-Ali.
-Les Filala de Chenguit étaient, à
l'origine, de jeunes t'lamides, issus de diverses tribus mauritaniennes, partis
au Tafilalet pour parachever leurs études. Là, ils se sont mariés et ont
constitué des familles qui vivaient ensemble. A leur retour au pays, après des
années d'absence, on leur donna le nom de Filala que porte aujourd'hui la tribu
qu'ils ont formée. De vrais filalis les ont rejoints par la suite pour agrandir
la tribu.
Quel que soit le motif qui est à
l'origine de la constitution d'une tribu, celle-ci admet, depuis l'époque
saâdienne, des apports humains nouveaux venant d'autres groupes. Toutefois, et
dans des cas très rares avant cette dynastie, on voit telle fraction se
répandre dans un groupe et épouser sa politique et sa âçabia.
Les
études anthropologiques ont démontré que ce phénomène est courant dans toutes les tribus du Maroc, de
la Méditerranée au fleuve du Sénégal. Une tribu accepte de recevoir sous sa
férule des essaims étrangers, venant d'autres lignées, qui finissent par s'y
intégrer au bout de quelques générations et se considérer membres à part
entière de la tribu d'accueil. On peut penser, que dans la plupart des cas,
l'arbre généalogique d'une tribu reste, dans ce cas, idéologique. Compte tenu
du sens donné à la notion de l'agnation, ces «pénétrés» n'appartiennent pas au
même arbre armorial de la tribu qui les a reçus. Ibnou Khaldoun a confirmé que
si la généalogie n'est pas agnate, c'est-à-dire du même père, elle n'est
soutenue par la tribu que pour assurer l'unité du groupe considéré. Dans tous
les cas, ces tribus ont fini par former des groupes statuaires, qui, chacun
protège son ordre, sa classe sociale et ses terres pastorales.
Caractéristiques de la tribu
Si la tribu présente une certaine
homogénéité sur le plan politique, socialement elle se subdivise, s'émiette en
fractions, sous fractions et branches. On trouve alors la pyramide suivante: la
tribu mère (Kapila), la fraction ou branche (Fakhd), la sous fraction (ferg),
le rameau (Arch) la famille (khaïma). La khaïma est composée d'un ou de
plusieurs kanouns (foyers). Les fractions ou sous fractions peuvent se
disperser pendant plusieurs années et se regrouper de nouveau sous la même
bannière de la tribu mère. La tribu reste cependant une volonté d'union dont la
âçabia est transmise de génération en génération.
Malgré la diversité de leurs origines,
de leurs rangs et au-delà des malentendus et des conflits, les tribus possèdent
en commun de nombreux traits et caractères: la même histoire et le même mode de
vie, les mêmes activités et les mêmes coutumes, les mêmes mours et la même
culture, la même manière de s'habiller et le même habitat, le même parler et la
même pensée. Les valeurs sociales, qui diffèrent peu d'une tribu à l'autre, ne
dépendent pas uniquement du poids des armes ou de la puissance matérielle du
groupe, mais sont basées sur la généalogie et le prestige du groupe (Beïdane,
Z'naga, Zouaya, Harratine, Noirs).
Les tribus peuvent pactiser entre elles
ou se guerroyer, se réconcilier, se séparer ou se confédérer. Un simple
incident, s'il n'est pas réglé aussitôt, peut dégénérer en conflit entre deux
tribus voisines. Cette animosité peut durer un temps très court, comme elle
peut s'étendre sur plusieurs générations, avec des moments d'accalmie et des
périodes d'affrontements. Là le makhzen, les zaouyas ou une autre tribu
s'interpose pour ramener la paix. Le génie de la discorde, même endormi, peut
se réveiller soudain pour un oui ou pour un non et les batailles rangées sont
reprises de nouveau entre les tribus voisines.
Déclarer la guerre à une tribu ou
pactiser avec elle, quitter une confédération ou s'y incorporer, relèvent de la
décision des "Aït-er-Rbâine" (le conseil des quarante). Cette
organisation chez les bédouins n'a que peu de similitudes avec celle des
villes. Dans les villes cette assemblée gère les affaires sociales et commerciales
et légifère les lois urbaines. Dans le groupe nomade elle réunit les sages et
les vétérans de l'assemblée communale, sous l'autorité du caïd, dans des cas
spécifiques: déclarer la guerre à une tribu ou pactiser avec elle, faire face à
une calamité (épidémie, sécheresse prolongée, invasion d'acridiens, etc...).
La âçabia dans la tribu
Quelles que soient ses origines et son
rang, la tribu reste toujours régie par le principe de la âçabia (esprit de
corps, esprit de clan, solidarité tribale, ardeur tribale. On peut lui
attribuer bien des interprétations en langue française). La âçabia engendre la
capacité d'autodéfense et le pouvoir absolu du chef. Une âçabia forte constitue
la cohésion de la tribu, la rend puissante, respectée ou crainte. Cette solidarité,
cultivée et entretenue par le caïd et la J'maâ, est plus prononcée et plus
caractérisée chez les groupes à généalogie agnate. L'extrémisme de leur cénacle
leur confère un certain ascendant et une certaine autorité sur les autres
tribus. Ils les dominent toujours, les asservissent souvent et les protègent
parfois moyennant le payement d'une hadya (dîme annuelle). Ils sont capables de
subjuguer aussi bien les tribus voisines que celles éloignées. Les Ladghagh,
fraction des Oulad D'leim, n'ont-ils pas dominé la ville de Tinbouktou et sa
région, qui leur payaient une dîme annuelle, du début du XVIII ème siècle à la
conquête française? Or Tinbouktou se trouve à plus de
Si, aujourd'hui, le concept de la
âçabia est en train de perdre son caractère prédominant dans le nouveau mode de
vie tribal urbanisé, il n'en reste pas moins présent dans l'esprit du Sahraoui,
quoique sédentarisé.
Cette notion de âçabia ne les a pas
empêchés de se constituer en groupes unis avec l'alliance entre plusieurs
tribus, soit sous forme de confédération (les Tekna, les R'guibat), soit sous
forme d'émirat (les Trarza, les Machdouf). Il a été constaté que des tribus de
différentes souches (Arabes, Hassan, Hilaliens, Mâkil, Berbères, Z'naga) se
sont groupées pour se fondre dans la même confédération ou dans le même émirat.
La marocanité du
Sahara à travers témoignages,
textes, accords
internationaux et citations
C'est à l'histoire qu'il faut demander
des arguments sérieux.
Odette de Puigaudeau. Le passé maghrébin de la Mauritanie
(1962)
Partout
dans les différentes parties du monde, l'histoire a souvent traversé des
périodes où dominent des zones d'ombre et des moments obscurs. Pendant ces
instants plus ou moins longs, le fil des événements se perd soudain, cédant la
place à ceux, intéressés, qui peinent à démontrer que «ce sont des périodes
de décadence et d'annihilation socioculturelles des peuples». Ce sont
plutôt les textes et documents écrits qui peuvent faire défaut, laissant alors
libre cours aux interprétations fallacieuses et aux conjectures. Ce phénomène a
été vécu par le Maroc lors de sa parenthèse coloniale où une fracture
socioculturelle, voulue par l'occupant, a entraîné une certaine pénombre qui a
obscurci l'espace politique du Maroc de 1882 à 1976. Les historiens au service
du colonialisme ont montré un visage du grand empire du Maroc tout autre que
celui qui éclaire sa réalité ethnique, historique et sociopolitique. Ils ont divisé
le pays en zones administratives et politiques distinctes que se sont partagées
la France et l'Espagne.
Du 2ème millénaire av JC au début de l'ère
chrétienne, l'Afrique du Nord a vu se déferler sur ses terres Phéniciens,
Romains, Vandales. L'histoire de la contrée n'était alors connue, dans le
pourtour méditerranéen, qu'à travers l'histoire de ces empires envahisseurs.
Les Nord Africains devenaient de simples spectateurs de leur propre histoire où
les chroniqueurs et les narrateurs leur accordaient des rôles secondaires et
intermittents. Ce phénomène a prédisposé notre histoire, des siècles plus tard,
à être facilement travestie par le colonialisme moderne des siècles
derniers.
L'histoire du Maroc, comme celle du Maghreb, a été
dénaturée et un grand vide s'est substitué à la réalité des faits et
événements. Cet espace temps a été relégué au second plan au point que le
Français Emile Félix Gautier disait, dans son livre: Le passé de l'Afrique
du Nord, les siècles obscurs, «que l'histoire du Maghreb est vide, d'une
aridité inexprimable, un Sahara d'histoire. L'attention ne peut s'y accrocher à
rien et refuse le service. Pour nous, occidentaux, c'est l'évolution qui fait
l'histoire et le Maghreb n'évolue jamais». C'est de cette façon que les
Européens de l'époque coloniale nous jugeaient. Le colonialisme devait donner
un visage sombre des peuples colonisés et dénaturer leur histoire.
L'élite nationale, sous le protectorat, accordait plus
d'importance à une littérature de combat de libération plutôt qu'à l'histoire;
question de priorité. Or, à l'instar de la nature, l'histoire a horreur du vide.
De jeunes historiens, nationaux et étrangers, tentent aujourd'hui de le remplir.
Ils tentent de lever le voile qui a longtemps occulté cette période, négligée
sous l'occupant. Cette élite, nouvelle et zélée, a réussi, par son travail
méthodique et profond, à découvrir des textes et des écrits de cette période
qu'on croyait obscure. Ces documents sont aujourd'hui dépoussiérés et exploités
pour révéler à tous la réalité et l'évidence de la marocanité du Sahara.
Depuis longtemps, le monde arabo musulman a suscité la
curiosité et l'intérêt des Européens. Cet attrait s'est traduit par des
investigations et des recherches qui ont produit de nombreux écris, des plus
sérieux et des plus probes aux plus extravagants et déraisonnables. De 1610 à
1715, plus de 200 contributions ont été fournies en langue française. Voltaire
conseillait "qu'il faut lire avec un esprit de doute toutes les
relations qui nous viennent de ces pays éloignés".
Dans
son livre: Description et histoire du Maroc (1860), l'historien français Léon
Godard a déploré que «l'histoire du Maroc ne soit retracée que par des
plumes inhabiles de voyageurs et d'écrivains étrangers et par des
récits obscurs et en lambeaux, laissant dans l'ombre les anciennes divisions
par tribus et par familles. Espérons qu'un jour la civilisation arrachera aux
ténèbres des précisions historiques, propres à jeter de la clarté sur les
révolutions intérieures du Maroc».
L'historien
français Octave Houdas, orientaliste et arabisant, rejoint la thèse de Godard
quand il dit en 1882 dans son livre: Traité du droit musulman «Les
appréciations qui accompagnent le souhait de M. Godard sont de tous points
exactes. Dès qu'il s'agit de peuples musulmans, l'autorité des historiens
européens perd singulièrement de sa force si elle n'est pas appuyée par les
témoignages concordants des écrivains indigènes».
Peut-on
être plus explicite que Voltaire, Houdas et Godard, quant à la légèreté avec
laquelle nombre d'étrangers ont traité notre histoire? En effet, que d'écrits
erronés et que de mauvaises idées fournies étaient largement propagés sans
sources tangibles et sans références exactes. Ces différentes contributions ont
faussé l'image de la région et dérouté ceux qui ont voulu se pencher sur
l'histoire maroco saharienne. Certains écrivains excentriques exploitèrent le
goût du public pour cette littérature nouvelle et se permirent des libertés à
traiter toutes sortes de sujets. Cette littérature prolifique soulevait des
réflexions aussi vives que variées et même opposées.
Les
écrits qui montraient l'Islam sous son visage humain et conviviale ont provoqué
des réactions antonymes de l'Eglise. Celle-ci s'est toujours efforcée de
camoufler les origines moyen-orientales de la civilisation euro chrétienne et
euro méditerranéenne. Dans la France de Louis XIV, sous l'épiscopat de
l'absolutiste cardinal Fleury, tout écrit qui pouvait modifier l'idée
européenne sur l'Islam était interdit et ne circulait que secrètement dans
certains milieux de progressistes et de libres penseurs. Plusieurs marchands
marseillais, pisans, génois, vénitiens ont été excommuniés par l'Eglise pour
avoir commercé avec des Musulmans.
Cependant,
dès le début du XVII ème siècle un effort d'érudition changea l'éclairage sous
lequel les Européens jugeaient le monde musulman. Le chercheur curieux et
opiniâtre pouvait trouver des sources honnêtes, des écrits sans parti pris et
sans propension ni subjectivité.
Dans
le secret de tout être humain existe ce rapport complexe qu'il maintient avec
le passé, combattant l'ouvre du temps qui peut le plonger dans l'oubli. L'homme
crée un mythe et un rituel à travers lesquels il procède à l'entretien de la
mémoire. La démarche ci-dessous nous permet de survoler l'histoire maroco
saharienne à travers des textes et des documents qui nous rassurent et nous
apaisent, comme ils peuvent aussi convaincre l'autre, de l'authenticité de nos
requêtes. Nous saurons alors comment saisir la véracité de ces démonstrations
et ce qu'elles ont à nous dire.
Sont
répertoriés ici écrits, témoignages et citations qui confirment la marocanité
du Sahara, détruisant ainsi les thèses anti marocaines. Ils émanent de sources
diverses, d'auteurs de nationalités et de disciplines diverses, d'époques et d'ordres
divers, de colloques et tables rondes, d'historiens, de diplomates, de
politologues, de militaires, de géographes, de sociologues, d'explorateurs, de
professeurs de faculté, de journalistes, d'observateurs, quelques-uns des plus
renommés et d'autres moins connus. Certes que le lecteur sera surpris de ne
trouver dans ces pages que peu de citations d'organisations et d'auteurs
marocains. La plupart des textes choisis émanent de sources étrangères. Cette mesure
que j'ai prise m'évitera de donner à ce texte une teinte d'affection ou de
tendance partiale.
La
forteresse espagnole, Santa Cruz de Mar Pequenia, construite face aux Canaries par les Espagnols sur les
côtes sahariennes en 1476, fut détruite en 1627 par les troupes du sultan du
Maroc, Ahmed el Arj (1520-1543). Elle fut si détruite qu'il est actuellement
très difficile d'en repérer les vestiges malgré la prise de photos aériennes.
Le Portugal, occupant quelques ports marocains sur l'Atlantique, voyait d'un
mauvais oil cet intéressement de Madrid pour le Sahara marocain. Trois accords
entre les deux pays ibériques, du
Roland
Fréjus. En 1666, Louis XIV
chargea Roland Fréjus d'une mission d'exploration sur les côtes marocaines,
entre Tanger et le Sénégal. Dans son rapport «Les relations de voyage en
Mauritanie», M. Fréjus décrit "les qualités excellentes des relations que j'ai eues avec les caïds du sultan et avec les chefs des tribus maures au Sahara
qui payent la zakat au sultan du Maroc".
Germain
Mouette. Prisonnier
français capturé par les corsaires de Salé le
Jean Baptiste Estelle, consul de France à Salé, écrit en 1698 à son ministre, Mgr Jean
Frédéric de Maurepas "que la vaste étendue du royaume chérifien est
d'un seul tenant, de la Méditerranée au fleuve du Sénégal. Y vivent, du Nord au
Sud, les mêmes populations maures qui payent la gharama au sultan".
(Archives SHAT, château de Vincennes. Paris. Cité par Pierre de Cenival en 1798
dans ses Sources inédites de l'histoire du Maroc au livre IV, 2ème série). Estelle se déplaçait souvent au Sahara pour rendre visite aux marchands
marseillais qui y étaient installés, en famille, depuis le début du 13ème
siècle. Il connaît donc la situation politique de la région et les liens
qu'elle entretient avec le sultan. Dans une autre lettre, datée du
Sir
Thomas Pellow, captif
anglais en 1716, ayant vécu 23 ans au Maroc, dont 18 années comme gradé de
l'armée marocaine, connaît bien le pays pour l'avoir tant parcouru. Il a écrit
un livre: The history of the long captivity and adventures of Thomas Pellow in
south Barbary, Edt. R.Goadby, Bookfeller (Londres 1745, traduit par Magali
Morcy sous le titre: Une lecture du Maroc au 18ème siècle, Edt.
Recherche sur les civilisations, Paris 1983). Il donne de riches précisions sur
les relations commerciales, religieuses et politiques entre le Nord et le
Sahara: «Les Marocains et les Maures appartiennent au même peuple, nés des mêmes ethnies». En
1727, il était envoyé en mission auprès du gouverneur de Chenguitti nommé par
le sultan dans cette ville de Mauritanie. Il raconte son deuxième voyage Chenguit
quand il escorta, en 1730, le fils du sultan Moulay Ismaïl. Là, il a été le
témoin de la Bayâ qu'a présentée le puissant émir des Trarza, Ali Chandora, au
prince. «Le sultan lui expédia une méhalla forte de 5.000 hommes que le
prince lui laissa sur place, après notre séjour de trois mois, pour faire face
aux Anglais et aux Hollandais qui le menaçaient". Il ajoute que «les
transactions commerciales se font dans les mêmes conditions et avec la même
monnaie qu'au Nord du pays». Il ajoute «qu'à Meknès, le quartier Erriad,
une aile du palais royal de Moulay Ismaïl, était réservé aux missions et
délégations sahraouies». Le français Gasset confirme cette information dans
son livre: Mission au Sénégal, édité en 1913.
L'espagnol
Jorge De Henin, a
vécu à Marrakech de 1604 à 1612. Parlant plusieurs langues dont l'arabe, il fut recruté par le sultan Moulay Zidane
comme secrétaire dans son cabinet. Il assistait à toutes les réceptions données
en l'honneur des ambassadeurs accrédités au Maroc et participait à tous les
débats. A son retour en Espagne, il écrit ses mémoires, où il décrit l'Etat
marocain, ses recettes, son commerce où le Sahara joue un rôle prépondérant,
son industrie, sa politique, sa diplomatie, ses armées et les liens qui
l'unissent aux pays de l'Afrique occidentale. Il a présenté son écrit au roi
Philipe III d'Espagne, l'encourageant «à conquérir le Maroc et son Sahara,
suite à son affaiblissement militaire après 10 années de guerre fratricide».
Il a mis l'accent sur les rapports du Maroc avec les pays du Soudan à travers
son Sahara. «Il en tire la poudre d'or, la gomme arabique, l'ivoire et
d'autres matières qui sont nécessaires pour l'Europe».
Dominic
Badia, agent espagnol
déguisé en musulman (1767-1818). Connu sous le nom de Ali Bei El
Abbassi, connaissait bien l'Afrique du Nord pour y avoir vécu plusieurs années.
Il a décrit l'empire du Maroc «allant jusqu'aux pays des Noirs d'où il tire
toute sa richesse en poudre d'or et en produits sahariens. Le musée
ethnologique de Barcelone lui consacra, en 1997, une exposition: «Ali Bei,
un pelegri català per terres de l'Islam».
Le
diplomate portugais, Manuel Robero da Silva, (1767-1849), professeur d'arabe à la faculté de
Lisbonne. Il a été envoyé par deux fois en mission au Maroc (1810 et 1812) pour
négocier l'achat par le Portugal de matières premières, de bovins, de gomme
arabique et de céréales marocains. Il insistait «sur les produits qui
venaient du Sahara tel la poudre d'or, la gomme arabique, l'ivoire, les plumes
d'autruche et les peaux d'animaux exotiques». Ses travaux sur l'empire du
Maroc ne dissocient aucunement le Maroc de son Sahara et sont actuellement dans
la bibliothèque de l'Académie des Sciences à Lisbonne.
J.
Matra, consul anglais au Maroc, de 1786 à 1806, assure que «la prière dans toutes les mosquées de
Tinbouktou est dite au nom du sultan du Maroc», dans sa lettre du
28-3-1789, adressée au Lord Sydney. «La prière dans les mosquées dite
au nom du monarque est un acte d'allégeance, notifié au nom du sultan de Fès,
du Tafilalet, du Gharb, de Marrakech, du Touat, de Tinbouktou, d'Arawan», selon le BN. Paris, Fonds arabes. Ms.
Abbé
Raynal. Ses «Notes sur
l'Atlas et le Sahara» de 1790 confirment que «les liens entre le Maroc et le
Sahara sont des liens de souveraineté sur un territoire très large, embrassant
l'espace compris entre la Méditerranée et le fleuve du Sénégal». Il y
évoque aussi des souvenirs sur les caravanes transsahariennes du sultan Mohamed
III. (Bibliothèque Nationale de Paris). D'autres notes de l'abbé Raynal sur le
Sahara sont conservées aux archives nationales à Paris (Ms. F 80/ 1586). On en
trouve certaines dans le Bulletin Royal de Géographie d'Egypte (XIII. 1925).
Don
José Escazena. Artiste
et dessinateur espagnol, il a vécu à Tanger durant la première moitié du XIX
ème siècle. Il a laissé des croquis d'un intérêt particulier dans son livre: La
vie des Hommes Bleus dans les provinces marocaines du Souss et du Sahara au Sud
d'Oued Dra, édité en 1837. Ce livre est donné en référence par l'anglais
Sir J. Drumand Hay, fils du consul anglais à Tanger, dans son livre: Le
Maroc et ses tribus nomades, édition Wanlen et Cie. 1844. Les deux hommes
s'étaient beaucoup connus à Tanger et avaient souvent voyagé ensemble à travers
le pays. Il décrit les tribus sahariennes «comme population maure ayant les
mêmes filiations que celle du Nord du Maroc, du Nord au Sud». Il a raconté
qu'il a une fois accompagné «les percepteurs d'impôts au nom du sultan, à
travers toutes les provinces sahariennes jusqu'au Sénégal».
L'accord
maroco espagnol du
1er mars 1799. Madrid «reconnaissait le pouvoir et la
souveraineté du sultan du Maroc sur le Rio de Oro et la Saguya el Hamra et sur
leurs côtes atlantiques». Il précise que «les navires de commerce
espagnols, navigant sur ce littoral, pouvaient bénéficier de l'aide marocaine
en ce qui concerne les secours en mer, le ravitaillement en eau et en denrées
alimentaires». On y lit, d'autre part «que les sujets de Sa Majesté
catholique du royaume d'Espagne bénéficieront de la protection des autorités
marocaines en cas de captivité ou de perdition». En effet, les navires
espagnols qui ont chaviré ou se sont ensablés sur ces côtes ont été secourus
par les tribus sahraouies. Les Espagnols secourus sont remis aux autorités
marocaines qui les confiaient à leur consulat à Essaouira.
Accord
maroco USA de 1786 assurait
sécurité et aide aux navires et marins américains sur les côtes sahariennes
marocaines de l'Atlantique», accord renouvelé en septembre 1836.
Accord
maroco anglais de
1801. Les deux rois, Moulay S'limane et Georges III, conclurent la paix et l'entente
entre eux. Par l'article 33 dudit accord, le Maroc doit assurer les besoins des
bateaux anglais en eau, en denrées alimentaires et garantir leur sauvetage en
cas de difficultés sur ses côtes sahariennes, au Sud du Cap Blanc (Nouadibou).
Les hommes sauvés par les autorités sultaniennes devaient être remis à leur
consul à Essaouira. Le même accord fut reconduit en 1824 entre le roi Georges
IV et le sultan Moulay Abderrahman.
Accord
maroco espagnol du
Après
ces accords conclus entre le Maroc et les puissances occidentales pour l'aide
et le secours à assurer à ceux qui en auraient besoin, plusieurs étrangers qui
se trouvaient en difficulté ont été pris en main par les autorités sultaniennes
au Sahara, soignés, entretenus et remis à leurs consulats respectifs à
Essaouira ou à Salé:
-L'allemand
Oskar Lenz, travaillant pour la Société Africaine d'Allemagne, entreprit, en
1880, un voyage de Tanger à Tinbouktou. Il ne supporta pas le voyage sous des
canicules auxquelles il n'était pas habitué et était souvent malade. Arrivé à
Tinbouktou, il était à bout de forces. Il fut soigné pendant plus d'un mois.
Ses accompagnateurs l'amenèrent à St. Louis du Sénégal d'où il embarqua sur un
navire partant pour Essaouira. Là son consulat le prit en charge.
-Le
diplomate français, Charles Cochelet, qui naviguait, en 1819, sur la frégate
Sophie pour se rendre au Brésil. Celle-ci chavira sur les côtes de Nouadibou.
Cochelet et ses compagnons furent pris en charge par les Oulad D'leim qui les menèrent
au pacha d'Essaouira qui les remit au consulat français. Ballotté à dos de
dromadaire, dont il n'avait pas la maîtrise, ou marchant sous une canicule
qu'un Français de Charleville (dans les froides Ardennes) ne pouvait endurer,
Cochelet était très malade est fut soigné le long de tout son trajet côtier qui
le mena à Essaouira. De retour à Paris, il donna plusieurs conférences, mettant
en relief «les richesses du Maroc et la facilité de sa pénétration, surtout
par son littoral saharien peu surveillé, à partir du Cap Blanc». S'il
conseillait son gouvernement de coloniser le Maroc, aujourd'hui il nous rend
service en ayant reconnu que le littoral saharien de Nouadibou est marocain.
-Le
matelot américain Robert Adams, de Hudson. Son Bateau, Le Charles, parti de New
York en juin 1810 en direction du Cap Vert, fit naufrage le 11 octobre de la
même année sur le littoral saharien aux environs de Nouadibou. Adams aurait été
le seul survivant. Une tribu des Imraguen se chargea de le soigner et le remit,
deux mois après, aux Oulad D'leim qui l'envoyèrent à Essaouira pour être confié au vice-consul
anglais.
James
Rilley, Américain, capitaine de navire naufragé (1817). Alexander Scott,
matelot anglais naufragé (1810) et de tant d'autres qu'on ne peut tous citer
ici.
Le
général français Léon César Faidherbe, gouverneur du Sénégal, donna ses ordres en 1850 à tous
ses subordonnés civils et militaires «Prenez bien en main les tribus
du Sud saharien et dictez nos volontés aux Maures. Il faut les empêcher de
continuer à maintenir leurs liens d'allégeance au sultan du Maroc. Il faut les
convaincre, soit par la diplomatie en leur montrant notre magnificence, soit
par la force en leur démontrant notre puissance». (Archives SHAT. Paris).
Le
chirurgien français, Pipy, de la marine française de Dakar, note dans la Revue Coloniale
d'octobre 1851, que «les Maures du Sud mauritanien et leurs voisins, les Woloffs
du Nord du Sénégal vivent les mêmes traditions et se soignent de la même
manière avec des médecines qui leur arrivent par les caravanes qui viennent des
villes marocaines. Un grand nombre de médecins qui y exercent sont souvent des
Marocains, musulmans et juifs, du Nord du Pays».
Le
général français Gallieni. Commandant les troupes
françaises au Sénégal. En 1879, il recense les Africains non sénégalais vivant
au Sénégal. Les Marocains furent classés par leurs régions d'origines. C'est
ainsi que les Trarza, les Chnagta, les Ida Ou Ali, les S'macide, les Hal Akchar
(tribus mauritaniennes), les R'guibat, les Oulad D'leim et les Tekna (Sahara
Occidental) étaient classés comme marocains, au même titre que les gens de Fès,
de Marrakech et de Taroudant. Gallieni conseillait, plus tard, "que
dans l'intérêt de la France, les provinces de Chenguit devaient évoluer au sein
de leur entité marocaine". Il écrit en 1937, dans la Revue des
Etudes Islamiques "Les sultans marocains pratiquèrent une politique
saharienne active. Leurs méhalla sillonnaient le désert, apportant, par leur
seul passage, une aide appréciable aux Maures que le makhzen a toujours
employés et, en retour, protégés. Les interventions du Makhzen se succédaient.
Citons celles de 1665 à Aratan, à Tichit et à Waddan, de 1678 à Adrar, de 1680
Tagante, de 1730 à méditerranéens et jusqu'au Sénégal".
Bonelli,
commerçant espagnol, s'installa à Dakhla, le
Le capitaine français, Jules Erckmann. En 1885, il était
nommé chef de la mission militaire française au Maroc. Dans son livre: Le Maroc
Moderne, édité la même année, il donnait «la Saguya el Hamra comme région
marocaine ayant des liens d'allégeance avec les sultans du Maroc. Il avait
aussi reconnu la marocanité du comptoir anglais de Tarfaya en déclarant que "c'est une véritable prise de
possession par la force d'un territoire qui appartient nominativement au
sultan."
L'écossais, Donald
Mc Kenzee,
directeur du comptoir anglais de Tarfaya, affirmait, à deux reprises, en 1880
et 1882, "que tout ce vaste
territoire, jusqu'à la frontière avec les Noirs, appartient au sultan". Il n'a fait que réitérer ce qu'il avait déjà
écrit dans son livre «The flooding of the Sahara» Edt. Sompson Low. Marston.
London. 1877.
Octave
Houdas, historien français
connaissant bien le Maghreb: «Chenguitti est la principale ville de l'Adrar,
contrée du Sud du Maroc» a-t-il écrit, en 1889, dans les notes qu'il a
jointes à sa traduction de Tarikh Es Soudan (l'histoire du Soudan de
l'historien tinbouktien Es Saâdi). La ville de Chenguitti dont parle Houdas se
trouve au sud de l'actuelle Mauritanie.
M.
Xavier Antoine Coppolani, premier commissaire du gouvernement français en Mauritanie.
Orientaliste et arabophone, il connaissait parfaitement l'histoire de l'Afrique
du Nord. Il est l'auteur d'ouvrages sur la région et sur l'Islam. Il écrit à
son ministre des colonies (1901): «J'espère que vous n'avez pas oublié que
la Mauritanie est le prolongement naturel et politique du Maroc». Il
préconisait un protectorat français sur l'ensemble du Maroc, de la Méditerranée
au fleuve du Sénégal, sans partage avec l'Espagne. Il voulait revenir à
l'ancienne appellation de la zone connue sous le nom de Mauretanea depuis
l'époque des rois berbères. «Pour assurer la sécurité en Mauritanie et dans
le Sud algérien, il faut que la France accélère son occupation de la Saguya el
Hamra et d'Ouad Dahab où l'Espagne ne tient que quelques points sur la côte
avec des effectifs très réduits. C'est une région clémente où les points d'eau
ne sont pas rares. Sur les plans économique, stratégique, commercial et
politique, nous avons intérêt à étendre notre influence sur l'ensemble du
Sahara. Les tribus, actuellement dispersées entre zones françaises et
espagnoles, nous causent beaucoup d'ennuis. Les unifier sous le même drapeau
les ferait s'assagir et les rendrait moins belliqueuses, sans oublier celles
d'Ouad Noun. Elles sont toutes des mêmes lignées» a-t-il ajouté dans un
autre écrit (Archives d'Outre-mer. Aix en Provence. Les traces de ses rapports
sont aussi archivées au SHAT). Ici, Coppolani n'a fait que réitérer ce qu'il
avait déjà mentionné dans son «Rapport de mission au Soudan français» de 1899.
(Edt. F. Levé. Paris).
Le
bulletin du comité de l'Afrique française de 1932 rejoint la thèse de Coppolani «les tribus
sont mal réparties sur les territoires partagés entre la France, la zone d'Ouad
Noun et l'Espagne. Leurs terrains de pâturages se trouvant partagés entre
différentes frontières mal définies, elles en profitent pour faire passer les
armes entre elles. Le mieux serait d'éliminer ces frontières en occupant le
Sahara espagnol. L'Espagne paraît se désintéresser de cette région qu'elle
n'occupe que partiellement et malgré l'opposition du sultan».
L'historien
mauritanien Tadili a
dit dans son livre: Attacharrouf fi Rijali attassaouf, que «le
chef almohade, Abou Bakr ben Amr est mort et enterré à Azgui, au Sud du Maroc,
non loin d'Atar» (ville mauritanienne).Cet historien est connu pour
ses précisions historiques et géographiques. Tous les historiens mauritaniens
se réfèrent à lui.
Molero
Clemente, officier et
historien espagnol, a dit dans son livre: Histoire et ethnographie sahariennes,
que «le royaume des Idrissides a unifié le Maroc et son Sahara sous
la bannière de l'Islam dès le VIII ème siècle. Les routes et les caravanes
reliaient les ports marocains du Nord à Sijilmassa et à tout le Sahara, jusqu'aux
pays des Noirs. Le commerce caravanier entre le royaume et l'Afrique s'est
intensifié avec le temps et a développé par la même occasion la culture arabo
musulmane dans cette région. Des hommes du savoir et de religion, venus des
différentes contrées du Nord, se sont installés à Tinbouktou, à Walata, à Gao,
à Tawdenni pour répandre la civilisation arabo berbère et l'autorité du sultan
de Fès. De ce fait s'est réalisé un amalgame ethnique et culturel qui se
développe encore de nos jours. Les Touareg du Hoggar n'ont pas échappé à cette
règle».
Jean
Frédéric de la Chapelle, historien français, se référant à l'historien mauritanien Ahmed Lamine Chenguitti,
a dit «On comprend qu'à divers époques, les sultans du Maroc ont toujours
considéré que le pays maure comme faisant partie de leur empire. Après
plusieurs consultations et document, Ahmed Lamine Chenguitti ait de même
rattaché ces régions au Maroc et non au Soudan. L'investiture es des chefs de
Mauritanie est donnée à Fès ou à Meknès, capitales du royaume» (Esquisse
d'une histoire du Sahara occidental. Hespéris, XI, 1930).
Le
khalifa du sultan à Tétuan est en même tant son khalifa au Sahara et à Ifni. Au traité du
protectorat franco espagnol de 1912, l'Espagne occupa le Rif au Nord et
le Sahara au Sud. Le
Le Français Paul Dubier, relate dans son étude: La vie
matérielle des Maures (1954 Edt. Mémoire de l'IFAN), «que la pratique
traditionnelle des Maures dans l'ensemble des tribus sahraouies, où domine la
générosité et le bon gré de recevoir, ne diffère en rien des mêmes pratiques
courantes chez leurs compatriotes du Nord du pays».
Dr. Paul Reuter, professeur à l'université de droit,
d'économie et de sciences sociales de Paris, a précisé que «les règles
générales du droit international, telles qu'elles ont été formulées depuis un
certain temps déjà, et celles qui constituent ce que l'on a appelé droit de
décolonisation pour prouver que, tant sur le plan des premières que sur celui
des secondes, les revendications marocaines étaient justifiées. La double
démonstration est en l'occurrence licite et indispensable. La parenthèse
coloniale n'a été ouverte ici que récemment et superficiellement, c'est tout le
processus d'humanisation de ces terres désertiques qu'il faut reconstituer pour
montrer les liens qui étaient les seuls par lesquels ces territoires étaient en
union avec un monde qui leur apportait la culture islamique et les éléments
d'une vie politique». C'est par ces termes que le Dr. Paul Reuter concluait
sa préface de l'ouvrage du Dr. Rachid Lazrak: Le contentieux territorial entre
le Maroc et l'Espagne, (Edt. Dar El Kitab. Casablanca 1974.
Le Dr. libanais Ali Chami, historien du monde arabe, confirme,
dans son livre: Le Sahara Occidental, paru à Beyrouth en 1980, «que le
Sahara occidental est marocain bien avant l'empire almoravide (1055-1147),
marocanité qui s'est confortée sous les Almohades (1130-1269) et les
Saâdiens (1517-1669). Cette unité apparaît à chaque fois que le pays est
en danger, surtout lors des hégémonies européennes».
Rapport
du consul anglais à Essaouira du
Attilio
Gaudio, historien italien,
spécialiste du Maghreb et directeur du Centre International de Recherches
Sahariennes et Sahéliennes, dit que «les doctes marocains qui portèrent la
civilisation arabo musulmane aux régions subsahariennes furent aussitôt suivis
par les artisans et les artistes qui imprégnèrent à la contrée un cachet
marocain sur les plans de l'architecture, de l'habillement, de l'art culinaire,
de la médecine, de l'art de vivre, du traitement et de l'emploi des métaux» dans
son livre, Le Sahara des Africains, Edt. Julliard, 1960.
Le
Maréchal Lyautey, 1er résident général de la France au Maroc, de 1912 à 1925.
En
1902, quand la France négociait secrètement le partage du Maroc avec l'Espagne,
il écrivit à son gouvernement: "les tractations avec l'Espagne ne
seraient que sources d'ennuis avec le sultan et avec ses sujets
sahraouis". Il prônait un protectorat français sur tout le Maroc, de
la Méditerranée au fleuve du Sénégal, sans partage avec l'Espagne.
En
1911, il a dit que "l'histoire des dynasties marocaines suffit à
démontrer que, de tout temps, les sultans exerçaient sur cette partie de
l'Afrique une action spirituelle et effective incontestée".
En
1920, quand Paris rattacha la Mauritanie à L'AOF, Lyautey protesta auprès du président
du Conseil, M. Georges Leygues contre cette mesure "Le sultan est
l'imam couronné, souverain politique, mais aussi et avant tout chef religieux
de tous les musulmans du Maghreb et même au-delà, jusqu'à Tinbouktou, comme
j'en ai eu la preuve moi-même pendant la guerre. Les musulmans le regardent
comme le seul vicaire de l'Islam dans la région, alors que les khédivs
d'Algérie et de Tunisie n'étaient que des fonctionnaires turcs». La thèse
de Lyautey s'est avérée, en 1953, par le refus du cadi de Tinbouktou de dire la
prière au nom de Ben Arafa, sultan illégitime, intronisé par la France, après
l'exil du monarque Mohamed V. Il fut condamné par les autorités françaises et
éloigné à Taoudenni.
Le
colonel français, Jean Charbonneau, ayant longtemps servi dans l'Armée d'Afrique, écrit dans son livre «Sur les traces du Pacha de Tinbouktou»,
(édit. Lavauzelles & et Cie.1936), que les populations nomadisant entre
Tindouf et Tinbouktou sont marocaines, «dont les caïds et gouverneurs sont
nommés par dahirs chérifiens. Les sultans chérifiens ont toujours dominé ces
régions, étendant leur pouvoir jusqu'à la limite avec le Sénégal». Il
avait.
Le
Capitaine français Ressot, parlant de Tindouf: «Historiquement et politiquement, cet immense
territoire, où l'on constate pourtant une extrême diversité de races, se
rattache au Maroc dont les tribus conservent des liens puissants avec le Maroc.
Tindouf ne doit pas être occupée par l'Algérie, trop lointaine, mais doit être
rattachée au coud du Dra et dépendre par conséquent du Maroc» (La zone
dissidente du Sahara occidental. Rens. Col. N° 17, suppl. Fr. pages 323 à 332,
Juillet 1926).
Lt.
colonel français De Castries. Dans son article: Le Sahara marocain, paru dans la revue Hespérides du
4ème trimestre 1923, il écrit "Le Maroc est le seul Etat constitué du
Maghreb.. Son influence et ses liens culturels, ethniques, politiques et commerciaux sur le Sahara sont
réels grâce à la Bayâ aux sultans».
Jean
Célérier, géographe
français, professeur à l'Institut des Hautes Etudes Marocaines à Rabat. En
1924, il conclut son étude sur le Maroc par ces termes édifiants "Il
n'est pas permis d'étudier le Maroc, aux points de vue géographique, ethnique
et historique, sans rencontrer à chaque instant la trame de ses relations
sahariennes et transsahariennes. La fonction propre, l'originalité de ce pays, c'est
d'être, à tous égards, le lien et le lieu de passage incontournables entre
l'Europe méditerranéenne et l'Afrique tropicale. Ignorer ce qui lui est venu du
Sahara ou méconnaître son rayonnement sur l'Afrique via son Sahara c'est le mutiler et se condamner à ne pas le comprendre"
(17 ème congrès de l'Institut des Hautes Etude Marocaines, Hesperis XI).
Le
Général Noguès,
résident de France au Maroc. Il a dit du prince Moulay Hassan, en 1942 "Le
prince Hassan ira loin avec le Maroc. Saharien de par ses origines, il ne
serait pas étonnant qu'il veuille un jour reconstituer l'ancien empire de ses
aïeux, allant jusqu'au Sénégal".
Gerhard
Rohlfs, politicien
allemand, était «contre le partage du grand Maroc entre la France et
l'Espagne, de la Méditerranée au Sénégal» écrit-il en 1902 à son
gouvernement, juste après l'accord secret conclu entre Madrid et Paris au sujet
de ce partage (archives Berlin).
Emile
Félix Gautier, géographe
français, entreprit en 1902 un voyage du Touat à Tinbouktou en explorant en
même temps le Sahara central. En 1911, il sortit un livre: Le Sahara, où il
considère que "L'extrême Sahara occidental, à l'Ouest du Niger, est un
immense pays. Une partie considérable de la côte est domaine espagnol encore
inexploré. L'intérieur est domaine marocain et non algérien". Dans son
autre livre: La conquête du Sahara marocain, il reconnaît «que le Touat, le
Gourara et Aïn Salah ont toujours été sous la souveraineté de l'empire
chérifien».
Aymeric
Chauprade, professeur de
géographie à l'université de Paris Sorbonne, vice-président de l'Académie
Internationale de Géopolitique et directeur de la Revue Française de
Géopolitique, a dit, le
Zone de protectorat espagnol dans le Nord (le
Rif) prévue par l'accord secret franco espagnol du
Elle s'étend de la ville de Méhdia, sur l'Atlantique, à Nador sur
la Méditerranée, englobant les plaines de Fès, de Meknès, la trouée d Taza et
la vallée de la Moulouya.
Mohamed
Fall Ould Omeir, émir
des Trarza, du Sud mauritanien, ayant rallié le Maroc en 1957 pour renouveler
son allégeance au roi Mohamed V. Il était accompagné d'autres responsables
mauritaniens (Mohamed el Mokhtar Ould Bah, ministre de l'éducation, Dey Ould
Sidi Baba, ministre du commerce, de l'industrie et des mines, Horma Ould
Babana, influent homme politique, Cheikh H'Maddou, président de la jeunesse mauritanienne
et d'autres notables non moins importants). Il défendait la marocanité de la
Mauritanie et du Sahara occidental et était contre l'existence d'une entité
mauritanienne indépendante. «Le Maroc, sous son ancien nom, Mauretanea, a
toujours occupé cet espace, de la Méditerranée au fleuve Sénégal. Nous
appartenons aux mêmes lignées et aux mêmes origines. Nous nous sommes toujours
sentis marocains. Seule la fracture coloniale a provoqué cette séparation,
après l'émiettement du pays par la France et l'Espagne».
Jaques
Benoist Mechin,
historien français. Dans son livre : L'histoire des Alaouites.
1994. Ed. Perrin. Il rejoint la thèse de Célerier quand il dit que "Le
Maroc n'est compréhensible qu'à condition de l'embrasser dans son intégralité,
en prenant en compte les grandes articulations de son passé et le dépècement
progressif dont il avait été victime au cours des 150 dernières années,
notamment au niveau de ses marches sahariennes, allant jusqu'au Sénégal".
Diego de Torres, Historien español. "Le grand Souss s'étend bien
au-delà d'Oued Noun, allant jusqu'au Sénégal". Dans certains écrits
anciens on désignait le Sahara par le «Souss profond». Il ajoute "que
les sultans ont toujours maintenu leur souveraineté sur les oasis du Touat et
ceux de la Saoura" (régions actuellement annexées par l'Algérie depuis
1962).
one Sud (le Sahara occidental) que devait occuper
l'Espagne
Selon l'accord secret franco espagnol du
Elle va d'Agadir, avec toute la plaine du Souss,
Taroudant, Tindouf, une partie de la Saoura et le Sahara occidental. Elle ne
correspond pas à la zone cédée à l'Espagne par l'accord de 1912.
La convention secrète franco
britannique du
Le
président du Conseil espagnol déclara, en 1891, à l'ambassadeur de France à Madrid «qu'il a
toujours été reconnu que la souveraineté territoriale du sultan du Maroc, sur les
plans religieux et politique, est réelle dans ces régions sahariennes comme il
est hors de doute que les populations de Cabo Juby, de Rio de Oro et de
Saguya el Hamra sont marocaines. (Revue Athéna. 1er semestre 1998. Institut
des Hautes Etudes de la Défense Nationale. Paris).
L'arrangement anglo marocain du
Henry
Soleillet, explorateur
français, était chargé, en 1874, par le général Chanzy, gouverneur de
l'Algérie, d'installer des comptoirs commerciaux français à Aïn Salah et au
Touat. Après son échec, il mentionna dans son rapport «que les notables de
cette contrée affirment leur loyauté au sultan du Maroc et qu'ils ne peuvent
entamer des négociations avec nous sans l'aval de leur suzerain, le sultan de
Fès» (archives d'Aix en Provence).
Le gouverneur Général de France en AOF écrit à son ministre des colonies, le
Sidi
Ahmed Lamine Chenguitti, mauritanien et savant illustre, cadi à l'université d'Al Azhar au
Caire: "Les liens de la Bayâ ont toujours uni le Sahara au pouvoir du
Maroc". Il a cité toutes les tribus sahariennes originaires du nord du
pays et celle du Nord originaires du Sud, dans son livre: Kitab el Wassit édité
au Caire en 1911(Zénètes, Sanhaja, G'zoula, Lamtouna, Lamta, Berghouata,
Messoufa, Hilaliens, Souleim, Oulad D'leim, Tekna, Oulad Bou S'Bâ, Tazeroualt,
Laâroussiène, Filala, Mâkil, Taoubbalt, R'guibat, Oulad Jerrar, Chtouka,
Israélites, Andalous). Il rapporte un incident qui eut lieu à la Macke au sujet
d'un Wakf réservé aux marocains et refusé aux pèlerins mauritaniens. Ces
derniers protestèrent et eurent gain de cause suite à l'arbitrage d'un autre
cadi saoudien, Ibnou Sawda. Cet incident est aussi répété par Sidi Larbi ben
Hsaïn dans son livre: Kitab el Boughiat (Le livre de l'espoir) où il précise: «Les
Chenguitis et les Marocains ont les mêmes origines et ont toujours fait partie
du Maghreb au contraire de ceux qui croient que Chenguit est soudanais. Le Soudan
c'est le Sud du fleuve Sénégal».
Cheikh
Mohamed Lamine Ould Cheikh Ma el Aïnine, petit-fils de Cheikh Ma el Aïnine, a donné de
multiples preuves ethniques, historiques et politiques qui authentifient la
marocanité du Sahara occidental et de la Mauritanie, dans son livre: El
Ja-ech er rabit fi en-nidali ân maghribiati Chenguit (La détermination dans
la défense de la marocanité de Chenguit). C'est un livre bien documenté dont
l'auteur n'a rien à envier aux grands connaisseurs du Sahara.
Boutros
el Boustani, écrivain
libanais. Dans son livre: Kamouss el Mohit, «Les provinces de
Chenguit sont marocaines. Les liens ethniques et politiques entre les
populations marocaines confirment l'appartenance des unes aux autres, de la
Méditerranée au fleuve du Sénégal, sous le parasol du sultan de l'empire
chérifien. ».
Le
capitaine français Vincent Bonafos. Ayant longtemps servi en Afrique du Nord, il a établi
dans son livre: Taoudenni, hier et aujourd'hui (Presse de l'Etat
Major, Dakar. 1934) «que les sultans saâdiens ont bouleversé le vieil
édifice social de l'Afrique entre l'Océan Atlantique et la grande voie
Moulouya, Touat, Gao. Ils ont traversé le Sahara et se sont fait ouvrir les
portes de Tinbouktou et de Gao. Ils ont reçu l'hommage de Taghazza et de D'jéné.
Maîtres des deux rives du désert, les monarques marocains contrôlaient tout le
trafic saharien jusqu'au Soudan, héritage que leurs successeurs ont
préservé".
Le
Lieutenant français de La Barrière. Il entra à Tindouf, avec sa troupe, en 1925. Il
l'a décrite dans son rapport «comme
ville marocaine en miniature, gouvernées par le Makhzen du sultan du Maroc». Elle
est restée marocaine jusqu'en 1947 et fut rattachée par les Français au
département de l'Oranais en Algérie française (détails au chapitre XII).
Le
capitaine français Rousseau, de l'Armée d'Afrique. Son article, La zone dissidente du Sahara
occidental, «Revue de l'Afrique Française» (juillet 1926) il confirme
"qu'historiquement et politiquement, cet immense territoire, où l'on
constate pourtant une extrême diversité de races, se rattache au Maroc. Les
groupements nomades qui s'étendent d'Oued Noun à la Mauritanie conservent des
liens ethniques et politiques puissants avec le Maroc".
A.G.
Martin, colonel français
de l'armée d'Afrique, auteur de plusieurs ouvrages sur le Sahara et lauréat de
la Société de Géographie de Paris. Il décrit dans ses livres «la réalité
ethnique et historique marocaine qui apparaît au grand jour dans toute cette
région saharienne, allant jusqu'au Sénégal» (voir détails au chapitre
XII.).
Odette
de Puigaudeau, journaliste et
écrivain française, ayant vécu plus de 50 ans en Mauritanie depuis 1919. Ses
articles et ses livres ne laissent plus de doute quant à la marocanité du «Grand
Sahara» comme elle l'appelle.
Elle
écrit dans son livre: La piste Maroc Sénégal, "pendant mon séjour à
Tindouf en
Dans
son livre: Le passé maghrébin de la Mauritanie, elle note que "le nom
de Mauritanie est donné aux provinces marocaines de Chenguit par Xavier
Coppolani en 1904, dans l'intention de la garder rattachée à ce qui fut jadis
la Mauretanea des rois berbères et de placer ainsi tout l'empire chérifien dans
ses justes frontières, de la Méditerranée au fleuve du Sénégal".
Pierre
Amilhat,
officier français de l'Armée d'Afrique, écrit "Les sultans marocains pratiquèrent une politique saharienne
active. Leurs méhallas sillonnaient le désert, apportant, par leur seul
passage, une aide appréciable aux Maures que le makhzen a toujours employés et,
en retour, protégés. Les interventions du Makhzen se succédaient. Citons celles
de 1665 à Aratan, à Tichit et à Waddan, de 1678 à Adrar, de 1680 Tagante, de
1730 à Chenguitti et jusqu'au Sénégal". (Petite chronique des Ida ou Aïch. Revue des Etudes Islamique.
Page 63, cahier I- 1937).
Alain
Decaux, de l'Académie
française "L'histoire du Maroc a surgi du désert. Sur les six dynasties
principales qui ont dominé au Maroc, quatre sont d'origines sahariennes. Elles
ont entraîné avec elles autant les déplacements de populations que des courants
culturels nouveaux, participant ainsi à la fusion des ethnies et de la
civilisation maroco saharienne».
M.
Erique Labonne,
résident général de la France au Maroc, proposa au roi Mohamed V, en 1956, de
procéder à un échange: la France restituera au Maroc sa province de Tindouf et
de la Saoura, et le Maroc cessera toute aide aux combattants algériens. Le roi
Mohamed V, quoique nouvellement réinstallé sur le trône et le Maroc fraîchement
indépendant, refusa catégoriquement l'offre «Tindouf est marocaine et les
Algériens le savent. J'ai confiance en eux. C'est un problème qui sera réglé
entre nous une fois l'Algérie indépendante». (Cette réponse figure dans le
document que M. Eric Labonne, devenu ambassadeur de France à Rabat, a adressé à
son ministère des colonies et qu'on trouve au SHAT. Documents «Mauritanie», MH.
Carton 16).
Le Français H. Martin décrit, dans son livre «Les tribus du Sahel et du
Rio de Oro», les groupes tribaux du Sahara comme «marocaines d'origines,
installés ici depuis des temps immémoriaux et gardant des contacts constants
avec leurs tribus mères du Nord».
Le géographe français, Peyronnet a écrit, dans le Bulletin de Géographie
d'Alger, en 1928, «Le Sud ouest marocain, le Rio de Oro et le Sahara, a
toujours été gouverné par les souverains du Maroc depuis plusieurs siècles et
même avant l'Islamisation de cette région».
Le répertoire alphabétique des tribus marocaines de 1936, édité à Paris
sous l'égide du ministère français des colonies, donne comme références «les
origines marocaines de toutes les populations de la Mauritanie et du
Sahara occupé par les Espagnols, nonobstant les négro africains venus du Sud».
L'Institut des Etudes Africaines à Madrid renferme une multitude de documents,
d'époques diverses, qui traitent du problème ethnique et des origines des
sahraouis. Tous ces textes convergent vers la marocanité de ces tribus, en
particulier les écrits et contributions d'Angela Hermandoz Moreno, Angel Flores Morales (1946), Diaz
Bullon Galo (1945), R. Pellissier (1964), Villasenor Charco Ramos (1935) et
tant d'autres écrivains espagnols et étrangers.
Jacques
Berque, connaisseur du
Sahara. Il donna au Maroc "trois dimensions: ses deux ouvertures sur
l'Atlantique et sur la Méditerranée, et son espace saharien qui l'ouvre à l'Afrique".
Michel
Abitbol, historien et homme
de lettres nord africain, écrit dans son livre: Tombouktou et les Arma
(Maisonneuve. 1979. Paris), «Dans son Sud, le Maroc s'ouvre largement sur le
Sahara et sur Ifriqiya auxquels son histoire le lie étroitement. Aucune région
du Maroc, de son extrême Nord au Sahara profond, ne vit isolée des autres
contrées auxquelles elle se sent liée par le sang et par l'histoire. Les
derniers plis de l'Atlas marocain ne forment pas une limite assez nette avec le
Sahara. Ce qui explique que le Sud marocain a, de tout temps, été plus peuplé
que le Sahara du Sud algérien aux mêmes latitudes. Ce qui explique aussi que le
Maroc a vu si souvent son histoire liée à celle du Sahara et au Soudan». Il
ajoute, plus loin «Avant la conquête française, les douanes marocaines
étaient postées au Touat (Timmi et Timentit) comme à Taghazza, à Tinbouktou et
à Tjenné).
Le
Parti Communiste Espagnol. Lors de son congrès extraordinaire du
Le
général espagnol Enrique Lister donne, le
Léopard
Sédar Sengor, de l'Académie
française et de l'Académie du Maroc, ancien président du Sénégal. "Ce
n'est pas un hasard si, à la frontière nord du Sénégal, les Berbères marocains
étaient appelés Z'naga, d'où le nom de Sénégal. J'ajouterais aussi que le
commerce dans toute cette zone saharienne était pratiqué suivant les règles
marocaine et avec la monnaie marocaine ". Après la marche verte, il
déclara "qu'au Sahara, le Maroc a pour lui l'histoire, le Droit et la
volonté de la population".
La
revue anglaise Edimbourg-Revue, d'août
La
revue anglaise Gentlemen's Magazine, reproduit textuellement, dans son N°
Le
2ème Bureau de l'Etat Major français à Alger signalait, dans sa note secrète N° 5241/34, du
M.
André Lewin, ancien
ambassadeur de France en Guinée, devenu diplomate onusien. En 1975, il fut
chargé par le S.G. de l'ONU de mener une enquête sur la situation au Sahara. Après
plus de deux mois d'investigations, il fournit un rapport à l'ONU dans lequel
il conclut "L'histoire, la religion, le droit, le fait ethnique, les
conditions sociales, économiques et culturelles rendent normales les
revendications de restitution au Maroc de cette portion de son territoire. Les
chances d'une solution juste et judicieuse avaient été compromises par la
politique espagnole et les ambitions de ceux qui veulent créer de toutes pièces
un nouvel Etat ouvert sur l'Atlantique qui isolerait le Maroc et l'amputerait
de sa partie méridionale".
M.
Mokhtar Ould Daddah,
ancien président mauritanien, a dit en 1975 "La position de la
Mauritanie est totalement compatible avec les principes de l'ONU. Il faudrait
reconnaître l'identité fondamentale des populations du Nord et du Sud qui ne
forment qu'un seul peuple. Je soutiens, d'un autre côté, les revendications du
Maroc sur les zones qui avaient avec ce pays des liens ethniques et
historiques. Un référendum d'autodétermination ne me paraît peut être pas indispensable,
compte tenu de l'état d'esprit de la population bédouine".
Bernard Lugan. Docteur en histoire et docteur ès lettres, il
enseigne l'histoire de l'Afrique à l'université de Lyon III et connaît bien le
Maroc. Dans son livre: L'histoire du Maroc des origines à nos jours, (Edt.
Perrin. 2001), il décrit l'empire chérifien «s'étendant du fleuve du Sénégal
à la Méditerranée. Avant les partages coloniaux, tout le Sahara occidental
était marocain. Le Gourara, le Touat, tout le bassin de la Saoura et Tindouf
lui furent arrachés par la France pour être rattachés à l'Algérie française et
annexés par Alger dès 1962. Le Sahara occidental et ses profondeurs sahéliens
formaient l'arrière pays du Maroc. La dynastie Saâdienne, saharienne
d'origines, a conforté la souveraineté du Maroc sur tous ces espaces qui ont
toujours été associés à la vie politique, culturelle et sociale du royaume.
L'ensemble formait un seul et unique Etat, de la Méditerranée au fleuve du
Sénégal».
Sur les races du
colonel français Alfred Martin, auteur de l'ouvrage «Quatre siècles d'histoire
marocaine» (1923), le Pr. Lugan ajoute que «la monnaie, le système des poids
et mesures étaient uniques du Nord du pays aux fonds du Sahara. La levée des
impôts était établie de la même façon au Sahara comme dans les régions du Nord.
Les caïd et cadis étaient nommés par dahirs sultaniens partout de la même
manière. Jusqu'à la distribution des eaux d'irrigation était pratiquée
conformément aux traditions et lois marocaines».
Au colloque sur le Sahara, tenu à l'ONU
sous l'égide du Concil on Foreign Relations, le
Le
Comité de jumelage des villes Saintes Tinbouktou de septembre 1986, réuni à Tinbouktou. Il était
tenu sous la coprésidence des maires des deux cités, M. Michel Baron, pour
Saintes, et M. Abbas Kader ben Barka, pour Tinbouktou. Il est à rappeler que M.
Abbas Kader ben Barka est originaires de la tribu Moussa-Ou-Ali au sud
d'Agadir. Il a fait ses études à Rabat et Casablanca. Ses aïeux tenaient des
fonctions sultaniennes à Tinbouktou, jusqu'à la prise de la ville par les
Français. Pendant cette réunion ont été passées en revue toutes les données qui
touchaient à la vie socioéconomique de la ville de Tinbouktou. Lors de l'étude
de la partie historique, l'ancienne marocanité de la cité a été mise en
évidence.
Antonio Segura, historien español, professeur de
l'université à Madrid. Il
a effectué son service militaire au Sahara espagnol. Il est l'auteur de
plusieurs contributions sur le Sahara, dont: «Economie et société du Sahara
occidental» (1988) où il justifie que «le POLISARIO ne pourra pas être
un représentant légitime des Sahraouis qui n'ont jamais constitué un peuple. Le
Sahara a toujours évolué dans l'enceinte du Maroc. C'est un mythe que de
vouloir ériger le Sahara en entité étatique souveraine. Il n'existe aucune
étude historique ou sociale qui débouche sur une telle conclusion. Le Maroc
précolonial a été un pays où la figure du roi symbolisait toujours l'unité du
territoire qui s'étendait du fleuve du Sénégal à la Méditerranée». Il a
affirmé, dans un autre texte, que «Madrid a échoué dans sa politique
coloniale au Sahara».
M.
Abdellah Sayed,
journaliste mauritanien, directeur du bimensuel mauritanien Al Majaliss, a
déclaré, en novembre 2000, que «l'indépendance du Sahara est un mirage. Le
problème du Sahara est artificiel, créé par des politiciens en quête de gloire
personnelle au détriment de vérités historiques et géographiques. La population
du Sahara est une population ayant avec le Maroc des liens sanguins, de
devenir, d'allégeance et d'appartenance». A la suite de cet article, M.
Abdellah Sayed a reçu des menaces du POLISARIO.
Thomas
Riley, ambassadeur US à
Rabat, a dit publiquement que «le litige entre Rabat et Alger n'est pas
une question coloniale. Le Maroc a récupéré ce qui lui a été arraché. Laisser
pourrir cette affaire c'est offrir un avenir radieux à l'extrémisme qui prolifère
dans la région» (ch 19).
Ahmed
Baba Miské, ancien délégué mauritanien
à l'ONU et l'un des fondateurs du POLISARIO. Ne s'étant pas entendu avec Alger,
il s'installa en France comme réfugié politique tout en lançant des matraquages
anti polisariens pendant la décennie 1980. Lors d'une déclaration à Radio
France Internationale, qui lui demandait pourquoi il le POLISARIO alors qu'il
était l'un de ses leaders, il a répondu «que seuls les imbéciles ne changent
pas d'avis». Aujourd'hui, il est chef de parti en Mauritanie. C'est une
preuve que le POLISARIO n'est pas constitué des seuls habitant de l'ancien
Sahara espagnol. Bien d'autres pères du POLISARIO, à l'instar de Miské, ont quitté
Tindouf pour d'autres destinations, mais la plupart ont rejoint le Maroc.
Madame
Anna Maria Cervone, présidente de l'International des Femmes de la Démocratie Chrétienne et
présidente de la Commission des Droits de l'Homme, a soutenu, le
Mouammar
El Kaddafi, président libyen
qui, pas plus tard qu'en 1976, finançait le POLISARIO, déclare aujourd'hui, que «le Maroc est dans ses droits quant à l'intégrité de son territoire
englobant le Sahara occidental», dans un message qu'il adressa au roi
Mohammed VI à l'occasion de l'anniversaire de la Marche Verte, le
Le
Centre Européen de
Recherches et de Conseils aux Affaires Stratégiques reconnaît les liens
ethniques et politiques des tribus sahraouies avec le Maroc. Il met l'accent
sur les liens d'allégeance que ces tribus ont toujours maintenus avec les
sultans, selon les études du Centre sur la situation au Sahara: Le
POLISARIO, de mouvement de libération à l'organisation terroriste.
(Editions Dar Bouregreg. Février 2006).
M.
Hassan el Hajjab, professeur
de droit international à la faculté de Londres, spécialiste des problèmes
juridiques de frontières, «la marocanité du Sahara de par les liens
ethniques, historiques, politiques et juridiques qui rattachent ses populations
aux sultans du Maroc par le principe de la Bayâ, principe reconnu dans les pays
musulmans. Le problème algéro marocain a des aspects et des causes qui
sont beaucoup plus liés aux intérêts économiques qu'à autre chose».
M.
Mohamed Boudiaf, ancien
président de l'Algérie. Dès sa prise de pouvoir en 1992, il a manifesté son
opposition «à tout ce qui porte atteinte à l'unité maghrébine. Il faut
mettre fin à cette mascarade. Ce conflit n'a aucune raison d'exister». Il a
aussi averti les polisariens que «leur mouvement anti maghrébin ne doit plus
compter sur l'aide et l'appui algériens». Il aurait interrompu cette «mascarade» s'il n'avait pas été assassiné le
M.
Ahmed Ben Bella, 1erprésident algérien, a dit, le
Cheikh
Abbassi Madani,
opposant algérien, chef du Front Islamique du Salut (FIS), a déclaré à
la TV El Jazira, en octobre 2004, «que le Sahara est marocain». Il a
aussi rappelé le rôle que le Maroc a joué dans le combat de libération
algérienne «les deux peuples, algérien et marocain, avaient unifié leur
lutte anticolonialiste jusqu'à l'obtention de leur indépendance. Les Algériens
étaient solidaires avec les Marocains quand la famille royale a été exilée. Je
ne conçois pas que le Maroc puisse céder la moindre parcelle de son territoire,
et c'est normal».
M.
Anouar Haddam, ancien dirigeant
du parti algérien, le Front Islamique du Salut (FIS), a déclaré, fin décembre
2006, au journal algérien «Al Khabar» que «les Sahraouis ne pourront être
satisfaits par un autre statut que celui de rester rattachés au Maroc».
Khalid
Nezar, Le général
algérien retraité, ancien chef de l'Etat Major de l'armée, a dit dans
son livre: Bouteflika, l'homme et son bilan, «que le plan Baker est dépassé
et que la solution du conflit sera trouvée dans une autonomie interne au sein
de l'unité marocaine. Cette solution mettra fin au conflit algéro marocain et
ouvrira la voix à la mise sur pieds de l'UMA». Il ajoute dans une
déclaration «Le problème du Sahara n'est pas seulement la création d'un mini
Etat entre le Maroc et l'Algérie, c'est une question politique qui remonte à l'époque
de la guerre froide et qui est la conséquence de deux idéologies diamétralement
opposées. Jamais il n'y aurait un quelconque Etat entre nos deux pays».
Le
parti RCD algérien (Rassemblement
pour la Culture et la Démocratie) discrédite, par la bouche même de son
Secrétaire Général, M. Saïd Saâdi, ancien ministre, la conduite des gouvernants
d'Alger à l'égard du Maroc «La question du Sahara n'est qu'un moyen pour le
gouvernement algérien d'occulter ses difficultés aussi économiques que
sociales. Presque la totalité du peuple
algérien n'est point intéressée par cette question».
Le
Parti des Travailleurs Algériens, a précisé, à travers sa secrétaire générale et députée
à l'Assemblé Populaire Nationale, Madame Louisa Hanoune «qu'il n'a jamais
soutenu ni le POLISARIO ni encore moins les différents plans de règlement du
problème saharien dont celui de James Baker. Le Sahara est marocain et la
solution sera trouvée au sein d'un Maroc uni et dans le cadre d'un Maghreb
uni». Elle a averti, lors du congrès du parti, début avril 2006, que «la
partition du Sahara marocain peut entraîner, dans une seconde phase, les
problèmes de sécession au Sahara algérien alors que le P.T.A est contre tout
émiettement des pays maghrébins».
Akram
Ou Ali, journaliste
algérien, a écrit dans son livre: Un regard
calme sur l'Algérie, où il reconnaît la marocanité du Sahara, «Alger pèse de tout son poids sur l'affaire du Sahara marocain. La solution la plus
juste est l'autonomie interne dans le cadre de la souveraineté marocaine. Le
peuple algérien ne se sent nullement impliqué dans ce conflit qui empoisonne
les relations entre les deux pays. L'affaire du Sahara est pour nous
lointaine».
Le
Dr. Algérien Sami Naïr. Les 28 et
Abdelhaq
Boukelkoul, écrivain algérien,
a publiquement critiqué les gouvernants d'Alger pour leur immixtion dans les
affaires intérieures de leurs voisins, particulièrement le Maroc en ce qui
concerne le Sahara. «Cette questions n'était pas un problème en soi, mais
seulement un des aspects de la mésentente injustifiée algéro marocaine. Elle
n'aurait pas fait l'objet de tant de polémiques durant 30 ans s'il n'était pas
situé dans une région marquée par une rivalité agressive et têtue. Un Etat
nouveau au Maghreb n'est pas approprié».
M.
Abdelhamid Ibrahimi, ancien premier ministre algérien, a reconnu, le
Deux
anciens présidents du GPRA Ferhat Abbass et Youssef Ben Khedda, ainsi que deux
autres leaders algériens, Houssein Lahouel et Caïd Ahmed, ont lancé, dans leur
manifeste du mois de mars 1976, un appel au peuple algérien l'exhortant à se
soulever contre tout hégémonisme qu'affiche leur gouvernement contre le Maroc.
Les déclarations de leaders algériens écartent définitivement toute voie qui
mènerait à l'indépendance du Sahara. Ils jugent que le Maghreb ne peut être
basé sur l'émiettement de ses composantes. Ces anciens dirigeants ont déclaré
haut ce que plusieurs responsables algériens disent bas. Quant au peuple
algérien, il a plus d'une fois manifesté sa réprobation à ce propos et n'est
nullement intéressé par un quelconque «peuple sahraoui» auquel il ne croit
guère. Il est préoccupé par son quotidien et par son lendemain. Au cours d'une
manifestation à Alger en 1988, le bureau du POLISARIO a été saccagé et brûlé
par les manifestants algérois. Cet acte s'est reproduit à Colomb Bechar, lors
de manifestations de la population pendant la deuxième semaine du mois de
juillet 2005. Le Bureau du POLISARIO était incendié par les protestataires qui
n'ont pas manqué de déclarer qu'ils «sont Marocains depuis des générations».
Le représentant du POLISARIO sur les lieux a été malmené et amené d'urgence à
l'hôpital. Chose rarissime, ces faits ont été reportés textuellement par
toute la presse algérienne et les commentaires allaient bon train à travers
toute l'Algérie. Au même moment, des manifestations eurent lieu à Tindouf où
les séquestrés sahraouis ont créé un «Comité pour le Changement et la Réforme»
réclamant la levée du blocus, la liberté de mouvement et de retour au Maroc
pour ceux qui le désirent. La répression algérienne ne s'était pas fait
attendre et les arrestations étaient nombreuses, tant dans les camps de Tindouf
que dans la ville de Colomb Bechar. En moins d'une semaine, les tribunaux
algériens avaient déjà prononcé des condamnations.
La nouvelle génération d'intellectuels et jeunes
responsables algériens, libérée du carcan d'un passé révolu, raisonne avec un
esprit maghrébin clair et aux horizons lointains. Cette génération a une autre
conception des liens intermaghrébins. Elle choisit le compromis à la place de
la compromission, la réflexion au lieu du réflexe. Elle relègue le souci
sécuritaire loin derrière la conception du développement et de l'unité
maghrébine. Elle est assez lucide pour constater que de tout le monde arabo
islamique, seule Alger soutient et alimente le mythe polisarien. Elle est à
même de comprendre que le temps est aux grands ensembles régionaux. La
dispersion n'assure aucun avenir dans le cadre d'une mondialisation qui n'admet
pas les calculs malveillants et vipérins. D'un autre côté, on relève aisément
que même au sein de la classe politique algérienne, l'unité au sujet du Sahara
marocain n'a jamais été de mise le long de toute cette période (1976-2006).
Force est d'enregistrer que les multiples gouvernements algériens, du
début de la crise à nos jours, n'ont jamais obtenu un consensus en leur sein à
propos de ce problème. Des voix algériennes se sont toujours élevées contre
cette mascarade. Aujourd'hui, ces voix se font entendre sans détour. Les temps
ont beaucoup changé ainsi que les mentalités et les vues sociopolitiques et
économiques. En Droit comme en politique, les actes et les jugements sont
appréciés selon la qualité et la pertinence de leurs auteurs/précurseurs. Ce
vent de vérité a soulevé une tempête au sein du gouvernement d'Alger qui se
trouve confronté à son peuple. La vérité ne saurait rester longtemps tue.
Je
limite, ici, la liste des témoignages et citations probes que j'ai pu relever
dans les livres, les documents et les centres d'archives tant au Maroc qu'à
l'étranger. La plate forme de leurs auteurs est assez constitutive pour
convaincre
Je
me permets toutefois d'ajouter deux citations, celle du leader marocain, feu
Allal el Fassi, qui a dit que «le Sahara est aussi marocain que l'air que
nous respirons» et celle du Cheikh Mohamed Laghdef Al Galgami, éminence
sahraouie, "Le Maroc est au Sahara ce que les paupières sont aux yeux".
Ne pas tenir compte de la profondeur de ces deux locutions serait effacer bien
des siècles d'influence qu'a eue la civilisation arabo-imazighen sur l'ensemble
du Sahara. Ignorer cette portée marocaine, c'est se condamner à ignorer la
réalité maroco saharienne.
Il existe plus de
350 dahirs sultaniens de nomination de caïds et de cadis au Sahara marocain,
sous la dynastie alaouite. Sous les Saâdiens (1517-1669), sont répertoriés 243
dahirs de nomination d'autorités au Sahara. Il faut y ajouter les innombrables
échanges de correspondances entre les tribus sahraouies et les sultans.
Quelques uns de ces documents sont reproduits ici.
S.M. Hassan II recevant la bayâ du
président du parlement sahraoui.
Instructions données par le Khalifa du
sultan du Maroc à Tétuan, le 1er décembre 1937, aux autorités
d'Ifni, du Sahara et d'Ouad Dahab, pour le respect des décisions du résident
général espagnol à Tétuan datées du
Exemple de dahirs du khalifa du sultan
à Tétuan désignant les responsables
marocains aux provinces sahariennes (et
sa traduction en français).
Lettre de S.M. Sidi Mohamed ben
Abdellah, du
Ce
sont là quelques correspondances et dahirs sultaniens de nominations
d'autorités et de responsables à la tête des tribus de Sakia el Hamra et à Ouad
Dahab.
Solution unilatérale.
L'autonomie interne et le Conseil Royal Consultatif
pour les Affaires Sahariennes
(CORCAS)
« Partant
de l'expérience du conseil, dans sa première configuration, nous avons décidé
d'imprimer la dynamique nécessaire à votre assemblée, dans sa nouvelle
composition. Par les compétences que nous lui avons confiées et la place
privilégiée que nous lui avons réservée, il pourra contribuer, aux côtés des
pouvoirs publics et des instances élues, à défendre la marocanité du Sahara et
se faire l'écho des aspirations légitimes de nos chers citoyens. »
Extrait
du discours de SM Mohamed VI adressé aux
membres du CORCAS.
L'autonomie, annoncée par S.M. le roi
le
En 1988, S.M. Hassan II annonçait le
projet de régionalisation au Maroc. C'était un message au POLISARIO, l'apprêtant
à penser à une autonomie interne. C'était juste après que l'armée algérienne eût
intervenu pour mater une révolte dans les rangs du POLISARIO et dans les camps
des séquestrés. C'est alors que Mohamed Abdelaziz, encouragé par quelques amis
restés au Maroc, tentait de contacter le Palais. Le projet fut avorté par Alger
qui en eut vent et par quelques responsables marocains.
C'est la participation de toutes les
bonnes volontés, à l'intérieur du pays et à l'extérieur, comme au sein du
POLISARIO, que réclame le roi Mohamed VI pour la réalisation, aujourd'hui, de
cet objectif. Ainsi les séquestrés retourneront à la maison, les polisariens
reviendront à la raison, les frontières ne seront plus que symboliques et les
peuples maghrébins retrouveront l'unité et la stabilité souhaitées en 1958. La
conjoncture mondiale de 1973, qui a vu la naissance du POLISARIO, n'est plus
celle du début du 3ème millénaire qui appelle à la réflexion et à la
clairvoyance. Les relations internationales se développent sur des bases
nouvelles. Les mentalités ont partout évolué. L'économie mondiale a pris un
tournant cardinal. Les peuples aspirent désormais à la paix et à la démocratie.
Les chefs africains ne sont plus les mêmes. La situation au Maroc et en Algérie
est modifiée. La jeunesse des deux pays conçoit son avenir autrement et elle
est prête à prendre la relève. Les Maghrébins attendent désespérément la
naissance de UMA. Ils ont saisi l'importance que revêt la construction
d'ensembles régionaux, dont l'exemple nous vient de l'Europe toute proche,
alors que l'UMA a dépassé sa période de gestation. Les derniers événements qu'a
vécus le Maghreb peuvent nous orienter sur ce qui est jugé être une solution
appropriée qui apaisera la tempête et mettra fin aux suspicions. C'est la seule
solution que Rabat propose. La RASD n'a plus que deux choix: le retour au pays
avec une autonomie interne, ou la vie languissante dans les camps de Tindouf où
les Sahraouis n'ont pas d'avenir. L'autonomie dans le cadre marocain est une
réalité. L'indépendance dont rêve Alger est un leurre.
L'ONU a opté pour une solution politique négociée et, auparavant, M.
Kofi Annan avait cautionnait la vision d'une autonomie interne. La main reste tendue
à M. Bouteflika pour peu qu'il s'inspire des leçons passées et qu'il s'adapte à
la réalité d'une une perspective d'avenir. Cette voie lui offre une sortie
honorable, sans vainqueur ni vaincu.
Rabat a repris l'initiative de régler
définitivement le problème par l'application d'une autonomie. Les visites que
les rois effectuaient au Sahara depuis 1976, notamment celle de mars 2006,
démontrent à chaque fois l'attachement des populations à leur marocanité.
Devenu du ressort du seul peuple marocain, ce problème sera résolu par les
Marocains, ceux du Nord comme ceux du Sud, qui défendent l'intégrité
territoriale. L'autonomie est un concept structurel des temps modernes. Il
figure dans la constitution nationale aux articles 100, 101 et 102.
C'est dans la douleur que le Maroc a
toujours réalisé ses plus grands espoirs. L'accumulation des chocs a le mérite,
au sein du peuple marocain, de susciter les réveils de sa conscience
collective. Il aime les défis et celui-ci en est un, et de taille, c'est à dire
choisir lui-même la solution qui lui convient. L'histoire abonde d'exemples qui
attestent que les Marocains ne sont pas fatalistes. S'ils acceptent le
compromis, ils refusent la compromission. Ils sont sortis victorieux de
situations plus atterrantes. Ils avaient bravé bien des contingences: c'étaient
les Romains, les Vandales, la menace Ottomane, la bataille des trois rois, la
double colonisation franco espagnole, l'émiettement du territoire, l'exil du
roi, la Marche verte, l'ambition d'Alger, l'essor du Sahara malgré un conflit
permanent et la mise sous tension par un état de ni guerre ni paix.
L'autonomie doit être attrayante, proche de la réalité
historique et politique, tenant compte de la spécificité maroco saharienne et
conforme à la légitimité internationale. Aussi faut-il savoir comment susciter
les intérêts des uns et des autres pour engager la négociation avec l'élément
le plus concerné. L'Algérie? Le POLISARIO? Les deux à la fois?
Le problème traîne devant l'ONU depuis 1956, le roi
n'a cessé de réclamer le retour du Sahara et de Sidi Ifni à la mère patrie,
soit par dialogue direct avec Madrid, soit par l'intervention de l'ONU. Le
L'OUA et l'ONU prirent l'affaire en main dès 1976.
L'OUA se retira, laissant la besogne à l'ONU. Malgré bien des démarches,
celle-ci n'est pas parvenue à trouver d'issue. Les quatre solutions proposées
ont été avortées par Alger. Des cadres onusiens et autres tiers certifient que
les Algériens sont les plus indociles des parties en conflit. Les S.G. de l'ONU
et des responsables de la MINURSO ont publiquement reconnu l'implication
directe de l'Algérie dans ces échecs.
L'ultime
tentative a été celle soutenue par M. Erik Jensen, ancien représentant du S.G.
de l'ONU au Sahara. Il a réuni, à Madrid, les 3 et
En
janvier 2006, huit mois après cette réunion, Alger installa son POLISARIO à
Tifariti, zone marocaine laissée comme «no mans land» lors de l'accord du
cessez le feu du
A
cet impair, insolent et insolite, s'oppose un événement récent. Le mois de
janvier
Ceux
qui insistent à imposer un référendum d'autodétermination pour un soit disant
peuple sahraoui, évitent d'évoquer les lois internationales qui fixent des
règles aux différents modes de scrutin, à commencer par l'autodéfinition.
Celle-ci doit répondre aux exigences anthropologiques, historiques, juridiques
et politiques des Sahraouis. Qui sont ces populations, d'où viennent-elles,
quelles sont leurs agnations et leurs lignées, forment-elles une identité
ethnique et sociale à part, isolée de celles de l'ensemble marocain, ont-elles
des corrélations généalogiques avec le Nord du Maroc? Le chapitre IV répond à
ces questions. L'auto détermination, selon le droit international, est légitime
pour une communauté aux origines définies comme minorité. Or, les Sahraouis ne
forment pas une minorité. Il faut considérer d'autres légitimités tel
l'intégrité territoriale, l'anthropologie et la sociologie, l'histoire et sa
mémoire, l'unité de civilisation et de culture, les liens ethniques et les
traditions politiques. Pour le Sahara, la bayâ met un terme à toutes ces
considérations. L'intégrité territoriale et les lois internationales qui la
protègent et que réclame le Maroc sont des principes fondamentaux de l'ordre
mondial.
La
guerre froide est terminée depuis longtemps et le communisme a battu en
retraite, mais les Algéro polisariens restent crispés à des chimères marxistes
léninistes et gardent les mêmes structures. Le Maroc ne peut, dans ce cas,
compter sur un changement de politique d'Alger. Le POLISARIO n'a pas la
capacité de réflexion, comme l'IRA qui a déposé les armes et négocié son statut
de mouvement politique avec Londres, ni comme l'ETA qui a trouvé avec Madrid un
terrain d'entente sur le plan politique. A l'instar de ces deux groupes le
POLISARIO doit savoir que dans le cadre de l'autonomie, il réalisera son
aspiration de s'autogérer dans un ensemble étatique, le Maroc, cohérant et
rassurant.
Les
déclarations déplacées des chefs algériens sont déroutantes et versatiles. Le
Maroc, l'ONU et les corps de bonne volonté qui intercèdent entre les deux
parties pour trouver une solution, ne savent plus quelle attitude prendre face
à ces retournements de la posture algérienne. Qu'Alger persiste dans ses tromperies, c'est son choix.
Cependant, le statu quo ne peut s'éterniser. La solution tarde à paraître et la
situation peut empirer car les lendemains ne sont pas rassurants. Le nouveau
représentant de l'ONU au Sahara, M. Walsum, a reconnu que «trente années
n'ont pas permis de trouver une solution. Ce n'est donc pas l'année 2006 qui en
verra le bout». Les Marocains ne peuvent attendre que M. Bouteflika daigne
se réveiller et voir un monde en mutation perpétuelle, un monde qui ne laisse
plus de place aux errements, aux indécisions et encore moins aux mensonges et à
la surenchère. Trente ans après avoir retrouvé son Sahara et l'avoir développé
au point de créer des jalousies chez nos voisins, les Marocains ne peuvent
accepter une solution autre que celle de
garder et de protéger les terres de leurs Aïeux. Ils jugent qu'ils ne reste
plus que la voie unilatérale qui s'impose d'elle-même: «Nous y sommes à
jamais et personne ne peut nous obliger à plier l'échine». Cette voie a
réussi dans bien des cas similaires quand elle est montée sur des bases
solides. Or ces atouts ne manquent pas au Maroc.
Etudions
quelques données sur les plans juridique, historique et sociopolitique:
-Le
-Lors
de la présence française au Maghreb, des régions entières de l'Est marocain ont
été arrachées au Maroc par le colonialisme Français d'Algérie pour les
rattacher à celle-ci. Alger les a unilatéralement annexées. A-t-elle organisé
un référendum demandant l'avis des populations de ces contrées, marocaines
depuis des siècles? Pourtant le Maroc est en droit de les réclamer. Pour ne pas
envenimer la situation et gêner une Algérie au lendemain de sa frêle
indépendance, Rabat a jugé qu'il était sage, dans le cadre de l'UMA, que les
problèmes de frontières soient passés au second plan. Les soulever à cette
époque nuirait à la construction du Maghreb.
-Le plébiscite peut être réalisé sous
deux formes, selon le droit international: Référendum au suffrage universel où
la population s'exprime directement par les urnes, ou référendum par la voie du
parlement qui représente la population.
Les cadres
fondateurs du POLISARIO ayant regagné le Maroc
Mohamed Ali El
Admi (alias Omar El hadrami)
Ma el Aïnine
M'rabbih Rabbou
Nor Eddine Bilali
Bachir D'Khil
Brahim Hakim
Boh El Barazani
Bolahi Khalifa
Gajmoula Bent
Abbey
Kalthoum el Khayat
Sidati el
Ghallaoui
Errabbani
Abdelkader
Eddahi el Gay
Lâbadila Semalali
Bayda L'houcine
Mohamed Ahmed Ould
M'birek
Daïfallah Yahdih.
Yzerguyenne
Mahjoub Ould
Mohamed Salem Ould Rahha
Sidi Brahim
Ould Brahim Ould Mohamed
Mohamed Cheikh
Ould Mohamed Lamine Boussallah
Mohamed Ahmed
Ben Omar Ould M'Birek
Ceux-ci
ont compris qu'ils n'étaient que des acteurs que dirige, de main de maître, le
réalisateur et metteur en scène algérien dont le seul but de réussir sa pièce
théâtrale. Le POLISARIO saura-t-il qu'il ne peut plus convaincre et encore
moins leurrer qui que ce soit? Il doit secouer sa léthargie et constater que le
monde a changé, que le monde n'est plus pour, mais contre tout émiettement de
territoire et contre tout Etat lilliputien. Il remarquera que le temps où
prévalaient certaines doctrines de plagiat est révolu. Il saura alors que sa
place est au milieu des siens, sur la terre de ses ancêtres, le Maroc. Il saura
que son pays est clément et que le Marocain a toujours pardonné à ses enfants
égarés. Il saura qu'il vivra dans un Etat de droit où la démocratie hisse le
pays au niveau des nations émancipées. Il saura que c'est dans cette ambiance
qu'il aura à s'épanouir et à participer au développement de la région et du
pays.
Le Maroc défie Alger d'abattre les
barrières et d'enlever le blocus qui empêchent les séquestrés de Tindouf de se
déplacer librement. Elle constatera qu'aucun Sahraoui ne restera dans les camps
et que tous rejoindront leurs foyers au Maroc. Car les échanges de visites de
familles des deux côtés de la frontière, dont s'était chargé le HCR, ont permis
aux uns et aux autres de constater comment vivotent les séquestrés de Tindouf
et comment s'épanouissent leurs cousins au Sahara marocain. Ces derniers
jouissent de leur pleine liberté dans un
Sahara qui a atteint des progrès qu'on n'imaginait guère en 1976. Ceux qui ont
visité les camps de Tindouf sont revenus écoeurés par la situation qu'ils ont
découverte et assurent «qu'il n'y a aucune comparaison entre la vie paisible
que nous menons ici et les souffrances qu'endurent ceux des camps de Tindouf».
Ces échanges de visites sont une initiative intelligente qui permet aux uns et
aux autres d'apprécier les deux manières de vivre d'un côté et de l'autre. Les
Marocains et les Algériens connaissent le proverbe maghrébin qui dit que «personne
ne fuit la fête». Les séquestrés de Tindouf sont-ils en fête? Si Alger est
sûre de ce qu'elle avance, qu'elle accepte cette gageure et le monde jugera.?
Même «France Liberté» de Mme Mitterrand, qui était leurrée et qui croyait
défendre la cause polisarienne, a compris la tromperie, s'est retirée de la
partie et reconnaît son erreur. Ces cloîtrés dans les camps à la Hamada ne sont
pas des réfugiés comme le veut Alger, mais des Marocains qui ont été enlevés
par le POLISARIO et transportés par véhicules militaires algériens, entre 1974
et 1976. Alger s'en sert comme paravent de ce qu'elle appelle «peuple
sahraoui».
Le
L'histoire
et le juridique, le culturel et l'élément ethnique, les témoignages, les
attestations diplomatiques et les actes internationaux confèrent le droit au
Maroc d'être chez lui au Sahara. Il n'a fait qu'unifier ses terres. L'épisode
colonial n'a pu entamer l'esprit de la bayâ que les Sahraouis présentaient aux
sultans, toute dynastie confondue.
Plus
ce conflit traîne, plus Alger durcit sa position et refuse la logique de la
paix et de la construction du Maghreb. Le masque des présidents algériens est
tombé et le Maroc ne doit pas attendre beaucoup de Bouteflika. Alger n'a pas
su, ou n'a pas voulu, saisir toutes les opportunités qui se sont présentées
pour régler définitivement ce litige. Le Marocain élaborera lui-même sa
solution, à la marocaine, en lançant des signaux forts pour qu'elle soit
crédible et appuyée par tous. La tâche est importante, lourde et demande de la
persévérance et du patriotisme. Les chantiers qu'elle implique sont divers et
imminents et certaines visibilités doivent être renforcées.
Dans son rapport du
Le
référendum est dans les oubliettes. Les discussions directes pour une solution
politique sont refusées et par Alger et par la RASD et donnent déjà des signes
précurseurs d'enfant mort-né. Que reste-il alors à l'ONU comme autre
proposition à faire? Le S.G. de l'ONU arrivera-t-il à imposer des négociations
algéro marocaines? Le Maghreb va-t-il continuer à subir cet état ambigu?
Pourquoi
le gouvernement espagnol a-t-il attendu 30 ans pour dévoiler une partie de la
vérité quand son ministre des affaires étrangères, M. Moratinos, a déclaré
devant le Sénat espagnol, le
A toutes ces questions, S.M. Mohamed VI
a répondu clairement, le
La présidence dudit Conseil est assurée par un
Sahraoui de haut niveau, M. Khali Hanna Ould Errachid, dont la compétence a
déjà fait ses preuves. C'est un universitaire doublé d'un homme d'expérience.
Depuis qu'il a rejoint le Maroc, le
Si le choix du
président est une sagesse royale accomplie, la composition des membres du
Conseil remplit toutes les conditions nécessaires à sa réussite. Ses 141
membres représentent toutes les strates de la pyramide sociopolitique
sahraouie. Leur structure, où figurent en premier lieu les chefs de tribus,
gardiens du patrimoine et des us, respecte autant les traditions du bédouin que
sa culture tribale. Cette ordre coutumier se projette en même temps sur la
société moderne avec ses élus locaux et politisés, dans les municipalités, les
chambres régionales, le parlement, la société civile, les ONG, dont celle des
Droits de l'Homme. La jeunesse y figure avec tout son poids ainsi que la femme
qui a toujours rempli un rôle premier dans la société bédouine. La jeunesse et
la femme sont le miroir de cette élite émergeante, pleine de verve et au regard
pointé sur de larges perspectives. Elles insuffleront à la région une dynamique
inédite. Ces différentes composantes feront la richesse dudit forum et la
variété des facettes sous lesquelles paraîtront les sujets à débattre,
permettant aux Sahraouis de mettre en valeur leurs compétences au service de la
région.
La formation dudit Conseil s'est faite
sur des bases réalistes et légitimes, harmonieuses et équilibrées:
-Le président est plusieurs fois
député. Il était ministre au gouvernement marocain pendant plusieurs années. Ce
n'est donc point l'expérience qui lui manquera.
-Les chefs des tribus sont les
traditionnels représentants de leurs lignées tribales et ont toujours parlé et
agi en leur nom et dans leur intérêt.
-D'aucuns membres sont des élus aux
municipalités, aux communes, aux chambres régionales et aux instances
parlementaires nationales.
-Les séquestrés de Tindouf sont
personnifiés dans ceux qui sont parvenus à fuir les camps de Tindouf pour
rejoindre les leurs au Maroc.
-Même les unionistes, qui commencent à
se faire voir au sein du POLISARIO, sont représentés par ceux qui ont fait
défection pour revenir au pays
Ils sont tous déjà élus par la
population sahraouie dans d'autres instances pour l'incarner, agir en son nom
et dans son intérêt. Le CORCAS n'est pas un parlement régional, mais un
ensemble de Conseillers de Sa Majesté, chargés d'élaborer les bases et le
statut de l'autonomie.
Pour une fois, le Sahraoui se sent
impliqué dans ses propres affaires et concerné par la solution à adopter. Cette
décision royale le responsabilisera et épongera tous les problèmes
psychologiques que certaines postures de naguère avaient fait naître chez les
populations, autant au Sud qu'au Nord du pays. C'est un Maroc nouveau et une
situation nouvelle, avec des démarches d'ouverture sur d'heureuses perspectives
qui jetteront les ponts, politiques et psychologiques, entre tous les voisins.
Ce forum aura une portée factuelle sur un grand nombre de jeunes séparatistes à
Tindouf ou ailleurs. C'est de cette manière que leurs cours seront gagnés et
gagnés avec eux la confiance réciproque et le pari sur l'avenir. Sans confiance
et sans amour, il n'y a point de réciprocité. Si le CORCAS arrive à gagner
cette mise, la solution de l'autonomie sera construite sur des bases qui ne
prêteront plus à confusion.
Le Conseil ne peut réussir des contacts
positifs avec les séparatistes que lorsque ceux-ci se seront émancipés du
diktat d'Alger. Ils auront donc un support moral qui les amènera à méditer sur
leur sort et à penser à leur véritable lendemain. Dans le cas contraire, le
POLISARIO implosera, car les unionistes en son sein ne sont pas rares et
n'hésitent plus à se manifester au grand jour. Plusieurs de ses cadres,
désabusés par trente années de faux espoirs, n'attendent qu'une petite lueur
pour prendre confiance en un organisme (le CORCAS) aux assises franches. C'est
une institution qui vise à protéger la dignité du Sahraoui et à défendre ses
droits, droits à s'autogérer, droits à choisir, à s'exprimer et à s'émanciper.
Celui-ci se prendra alors lui même en charge et contribuera à faire progresser
sa région. Les structures, tant matérielles sur le terrain que morales sur le
plan humain, sont efficientes. Pour réussir cette performance, le Conseil doit
savoir comment maintenir l'équilibre entre un passé traditionnel, auquel tient
une grande partie de la population, et un présent aux options modernes auquel
aspirent les jeunes qui sont formés dans les facultés et grandes écoles
marocaines. Cette action réconciliera les Sahraouis avec leur marocanité en les
amenant à se cristalliser autour de leur citoyenneté.
Le Conseil sera chargé du suivi des
événements et des réalisations au Sahara. Il est composé de cadres sérieux et
connaisseurs de la région, conscients de leur mission et de leurs possibilités.
Ici, la jeunesse est ambitieuse et désireuse de progresser. Ils auront pris
confiance en eux et en leur pays qui leur aura accordé les moyens de réussir
leur intégration. La mission du CORCAS est complétée par l'action de l'Agence
de Développent des Provinces Sahariennes déjà à pied d'ouvre. Les deux pôles
doivent créer une cellule de réflexion qui élaborera des études spécifiques et
présenter des projets hautement réfléchis.
Le
CORCAS est un message multiple, lancé au POLISARIO pour fouetter sa torpeur, à
Alger pour réveiller sa conscience, aux leaders maghrébins pour leur montrer
notre bonne foi à vouloir sortir la région de ce guêpier et s'orienter vers des
horizons prometteurs, aux organismes internationaux, dont l'ONU, pour leur dire
que le peuple marocain a trop attendu et qu'on ne peut continuer à abuser de sa
patience.
Plusieurs
types d'autonomie peuvent être étudiés. Les modèles ne manquent pas et le choix doit obéir aux institutions, à
l'histoire et aux traditions propres à
chaque Etat considéré.
-C'est
l'Espagne avec ses Iles Canaries, ses Basques, son Andalousie, ses Catalans.
-C'est
la France avec sa Corse et ses DOM-TOM.
-C'est
la Suisse et ses cantons.
-C'est
la Belgique avec ses Flamands et ses Wallons.
-C'est
l'Allemagne et ses Länder.
-C'est
le Nigeria, Etat fédéral, avec ses
multiples institutions régionales.
-C'est
le Mexique avec ses 29 Etats, ses deux régions autonomes et son district
fédéral.
Le
Maroc choisira la formule qui convient à son mode de pensée, à sa constitution,
à son histoire et sa politique.
Le
Royaume Uni, par le biais de son ambassadeur à Rabat, M. Antony Michael Layden,
approuve la 3ème voie dans le cadre de la souveraineté chérifienne.
Il conseille à la «partie algérienne de saisir cette
opportunité de résoudre ce problème et de laisser les réfugiés de Tindouf
rentrer en paix et sécurité à leur pays. Une bonne partie de cette population
préfère rentrer au Maroc. Les 1.481prisonniers de guerre marocains à Tindouf
doivent aussi être immédiatement relâchés, dans le cadre d'une solution humanitaire
n'ayant aucun lien avec les négociations sur le Sahara. La troisième voie est
une solution à laquelle toutes les parties doivent adhérer et qui se fera dans
le cadre d'une autonomie élargie sous la souveraineté marocaine. Nous
travaillons avec le Maroc dans ce sens, car c'est le Maroc qui est en mesure de
déterminer les moyens à mettre en place pour accorder une autonomie sur ses
territoires».
Pour
convaincre de la justesse de cette voie choisie, le Maroc doit procéder à des
mesures aussi bien sur le terrain même que sur le plan international, des
mesures autant hardies et laborieuses que prophylactiques et aux perspectives
lointaines. La dynamique des travaux du Conseil Royal aura atteint son but
quand seront adjointes à ses ouvres et actions quelques mesures
d'accompagnement qui sont énumérées et analysées ci-dessous:
-Eviter erreurs et malversations du
passé commises par
d'anciens gouvernants locaux et même par certains de la capitale:
Ils ont fait du Sahraoui un citoyen
assisté, l'habituant à la vie aux dépens de l'Etat.
Ils ont avantagé quelques groupes tout
en lésant d'autres, avec l'usage du favoritisme.
Ils ont gaspillé les deniers de l'Etat
dans des dépenses futiles et improductives.
Ils affichaient une suffisance
arrogante vis-à-vis de leurs administrés sans être à leur écoute. Ils
s'enfermaient dans leurs vastes locaux alors que le Sahraoui, hospitalier de
nature, est habitué, sans décorum et sans feinte, à la tente ouverte des deux
côtés. Généreux et attentif à tout sentiment, le bédouin ignore la porte à
ouvrir ou à fermer. Il est avide de contacts et de savoir. Il requiert une
oreille attentionnée. L'ignorer, ne pas connaître son mode de vie, sa pensée,
sa manière de voir et de concevoir les choses, c'est se condamner à ne pas le comprendre.
On ne peut savoir comment l'administrer et le guider à une intégration totale
où règnent la confiance et la convivialité, à vivre dans un ensemble national
sans clivage entre les régions. La flatterie et les discours complaisants des gouvernants ne trompent plus.
En 1991, il a été relevé que 10% des
fonctionnaires de ces provinces y ont été mutés par mesure disciplinaire alors
que pour ces régions, quelque peu délicates, il fallait choisir des cadres
compétents, patriotes, ambitieux et sensibles à la cause nationale la plus
importante. Pourquoi ne pas faire appel à ces jeunes Sahraouis qui ne demandent
qu'à servir?
Des Sahraouis, dont certains mineurs,
ont été victimes de malversations, involontaires ou préméditées, de la part de
responsables locaux. On ne peut répertorier ceux parmi eux qui auraient rejoint
Tindouf, guidés par la rancoeur. Les premières années après la récupération du
Sahara, plus d'un responsable, à Rabat et dans les provinces du Sud, ont fait
preuve d'incompétences flagrantes. Ils ne dominaient pas la question et ne
connaissaient pas le tissu social de la population. Ils ont voulu jouer la
carte tribale, mais ils ont échoué là où avaient échoué Français et Espagnols
avant eux. Ils n'ont pas compris qu'une union du territoire n'est conséquente
que lorsqu'elle est basée sur la
communion des populations, paramètre essentiel qu'ils ont négligé.
Il est vrai que le Sahara a connu un
rapide développement en infrastructures. Toutefois ce développement n'allait
pas de pair avec l'édification de la culture et la vertu de la morale.
Outre les gouvernants locaux, les
dirigeants à Rabat n'ont pas su comment aborder ce problème dans son contexte
réel en tenant compte de toutes ses dimensions. Plusieurs parmi eux ignoraient
les événements produits pendant les deux décennies d'avant 1975. C'était une
période complexe et difficile à saisir par le non initié. A titre d'exemple,
certains étaient incapables de situer l'opération écouvillon de 1958 et encore
moins d'en connaître les causes et les conséquences. D'autres confondaient les
tribus et n'avaient que des notions primaires sur le peuplement et les origines
des populations sahraouies. Ils avaient de vagues connaissances géographiques
de la région. Ce qui ne leur permet pas de faire une analyse méthodique et bien
fondée de la situation qu'ils avaient à gérer. Ils ont sous estimé les forces en présence et n'ont pas étudié
profondément le POLISARIO, ses origines, sa raison d'être, sa composition et la
stratégie algérienne. Ils n'ont pas non plus pensé à la situation économique
que vivra l'Algérie de l'après pétrole (chapitre XV).
Bien avant 1976, des erreurs ont
été commises dans la province de Tarfaya, à peine libérée du joug espagnol en
1958, et ce sont ces erreurs qui sont à l'origine du problème actuel.
-En 1961, Le siège de la province
de Tarfaya fut déplacé de Tarfaya à Tan Tan,
-En 1968, ces adolescents ont manifesté
pour le même but. Ils ont été, comme les premiers, arrêtés et emprisonnés
pendant plusieurs mois.
-Le
-En 1971, ces enfants, devenus
étudiants et membres de l'UNEM, donc adultes et conscients de leurs actes, ont
récidivé, toujours brandissant le drapeau national et des affiches pro
marocaines. Ils formulaient les mêmes slogans qu'avant. «nous sommes tous
des soldats de Hassa II» disaient les banderoles. Le même sort les
attendait; arrestations et mauvais traitements. Tel qu'auparavant, les partis
politiques sont restés à l'écart, comme désintéressés.
-En 1972, les mêmes manifestants
reprirent la même initiative et les mêmes démarches pour les mêmes causes. Ils
furent de nouveau incarcérés et brutalisés.
En l'espace de 11 ans, cinq importantes
manifestations de jeunes Sahraouis, réclamant le retour du Sahara à la mère
patrie, ont été mal gérées par les autorités et nous voilà en train d'en payer
le prix fort, plusieurs décennies après. Les premiers manifestants comme les
derniers voulaient, en toute âme et conscience, sensibiliser nos responsables
aux différents projets que préparait Madrid pour rester au Sahara. Il était
question de rattacher le Sahara et Sidi Ifni à l'administration espagnole.
Ensuite, en 1971, ce fut l'intention de Madrid d'octroyer une autonomie interne
aux Sahraouis dans le cadre d'une union avec l'Espagne.
Il est reproché à ces manifestants de
bonne foi, innocents et inexpérimentés, qui clamaient pourtant leur marocanité,
le «crime» d'avoir tiré la sonnette d'alarme plus d'une fois pour avertir
du danger que courait le Sahara. Malmenés et désabusés, injustement emprisonnés
et privés d'études, touchés dans leur dignité et se voyant incompris devant des
portes scellées, ils se sont trouvés face à une Libye qui les a pris en main et
une Algérie qui les a hébergés endoctrinés pour en faire les premiers cadres du
POLISARIO. La justesse de leur bonne foi est réhabilitée par le retour au pays
de plusieurs d'entre eux dès qu'ils ont compris le leurre. C'est la conduite
irresponsable des dirigeants de l'époque qui ont ainsi participé à la naissance
du POLISARIO.
Ces jeunes visaient l'intégration du
Sahara au Maroc. Ils sont passés par différentes étapes avant d'aboutir au
POLISARIO qui, à ses débuts, se présentait comme mouvement unioniste. Ce n'est
que pendant son 2ème congrès en août 1974 que ses dirigeants, ne voyant
rien venir de Rabat pour appuyer leurs revendications et, manipulés par Alger
et Tripoli, prirent la décision de proclamer un Etat indépendant, la RASD, qui
devient inféodé à l'Algérie.
En 1967, fut créé, avec l'appui de
Rabat, le Front de Libération du Sahara (FLS) qui fut abandonné peu après.
En 1972, ce fut le tour d'Edouard Moha
R'guibi de créer le Mouvement Révolutionnaire des Hommes Bleus (MOREHOB),
unioniste.
En 1973, aidé par l'Espagne, Khali
Henna Ould Errachid, actuel président du CORCAS, mit sur pieds le Parti de
l'Union National Sahraoui (PUNS) qui se rallia au Maroc en 1975.
En
Nos gouvernants de l'époque ne se
sentent-ils pas coupables du cadeau qu'ils ont offert à Alger pour l'aider à
créer son POLISARIO? Ceux parmi eux qui sont encore en vie sentent-ils le poids
de ces bavures leur peser sur la conscience?
Il ne faut pas occulter le cumul
d'erreurs commises auparavant, marquées par le manque d'initiatives et de
civisme. Les responsables à Rabat avaient, eux aussi, leur part de mauvaise
gouvernance. Il faut en tirer la leçon que la question revêt une crise durable
que seul le Maroc peut résoudre en maîtrisant la situation sur les plans de la
politique intérieure, de diplomatie et de développement humain qui doivent
aller de pair avec une démocratie libérale en tenant compte du serment de la
Marche Verte que tous les Marocains avaient juré de solenniser.
-Accélérer et appliquer la
régionalisation au Maroc selon la constitution nationale.
La
régionalisation, ou la décentralisation, n'est pas un fait nouveau pour le
Maroc. C'est une notion ancienne qui avait cours depuis la dynastie almoravide.
Seule la colonisation l'avait interrompue. Elle a été remise sur les rails dès
les années 1970.
Par le passé, les sultans avaient pratiqué un genre de
décentralisation dans les régions éloignées, avec une liberté d'action accordée
aux chefs locaux. Ceux-ci, nommés
par dahirs sultaniens, étaient, en conséquence, des commis du makhzen et
agissaient en son nom. Le fait de traiter directement avec les marchands
étrangers, le fait de parlementer avec les pays voisins au sujet de problèmes
communs et d'administrer librement leurs fiefs n'enlevaient rien aux liens
juridiques qui les liaient au palais et ne lésaient, en aucune manière, la
souveraineté chérifienne sur ces territoires. Compte tenu de la distance et des difficultés des communications et
allant dans l'esprit de ce que nous appelons aujourd'hui "la Politique de
Décentralisation", ils avaient la latitude de conclure avec les étrangers
des accords commerciaux ou politiques qui ne portaient pas préjudice à
l'intégrité du territoire ni à l'autorité centrale. Ce pouvoir limité, délégué
aux chefs locaux, se pratiquait tant au Nord qu'au Sud du pays. Les textes et
les documents sont dans nos archives comme dans les archives étrangères, qui
témoignent de ces diverses initiatives.
Ils prenaient des décisions face à
l'inattendu pour résoudre les problèmes de l'heure. Les gouverneurs sur la
frontière à l'Est maintenaient des contacts avec les Turcs d'Algérie. Ceux du
Sud, les Trarza, les Brakna et les Oulad Ellob, négociaient et commerçaient
avec les pays de l'Afrique occidentale et avec les Européens de passage. Le
pacha Jeddour de Tinbouktou traitait avec les rois soudanais toute question de
confins. Il décidait des lois et fixait les prix pour les tractations
commerciales endogènes ou exogènes. Le caïd Beirouk à Ouad Noun avait plus
d'une fois conclu des accords avec des étrangers intéressés par le commerce
dans la région. C'est ainsi qu'en 1834 il traita avec l'anglais Davidson un
accord de commerce de produits anglais contre des matières premières de la
région de Goulimine. Le pacha d'Essaouira, port qui était l'un des principaux
centres de négoce avec l'Europe, agissait et négociait avec les passagers et
les commerçants étrangers. Il contrôlait la gestion du port, fixait les taxes
douanières et les frais de capitainerie. Il acceptait ou refusait une
marchandise comme il acceptait ou refusait l'accès d'un étranger au territoire
national ou d'un navire.
Ils étaient tous assistés d'un conseil
régional, «Aït Errabaïne» (voir ch. 10)
La politique de régionalisation est
partout aujourd'hui un sujet de grands débats dans tous les ordres du jour
politiques et économiques, dans les forums et les études de réformes
institutionnelles. De nos jours, la régionalisation est l'avenir du pays. Elle
embrasse l'économie, le social, le politique que le culturel. Elle favorise la
marche d'une gouvernance locale et une démocratie de proximité. Elle rapproche
l'administration des populations et incite celles-ci à participer à la gestion
de leurs régions respectives. En faisant de la région un relais pour les
décisions prises par le pouvoir public, on réalise le rapprochement entre le
sommet et la base de la pyramide nationale, tout en écartant le soupçon qui a
hanté tant de sociétés à la veille de leur choix pour le système régional, c'est-à-dire
la peur du danger pour l'unité du pays.
Or, la régionalisation est un cadre
approprié et un choix cardinal qui complète l'édifice institutionnel du pays.
Ce sera une sollicitation juridique nouvelle où les élus régionaux auront à
débattre ouvertement et démocratiquement des projets et des intérêts de la région d'abord et de la
nation ensuite. La région, dans ses démarches et ses choix, se préoccupe de son
développement rural, problème essentiel dans la vie marocaine. Elle aura à
urbaniser sa campagne pour fixer sur place la population qui, ainsi,
participera largement à la croissance rurale. D'autre part, intéresser la
population à rester dans ses terres c'est aussi limiter l'exode vers les
villes. Pour ce faire, le système de micro crédit doit être développé, suivi et
adapté aux populations selon leurs spécificités et leurs activités
traditionnelles qu'il faudra moderniser, tel le cas de l'élevage des
dromadaires au Sahara, la culture de l'arganier et de l'olivier, etc.
Si Feu S.M. Hassan II avait préconisé,
en 1988, la régionalisation du Maroc selon le système des lands allemands,
c'est que l'Allemagne est le pays d'Europe le plus décentralisé et le plus
développé. Sa régionalisation est soutenue par sa constitution nationale. Le
bourgmestre est:
-le coordinateur entre les
administrations locales et l'administration centrales au niveau de la
confédération allemande, notamment en matière de développement économique,
d'urbanisme, d'aménagement du territoire, d'équipements sociaux, etc.
-le garant des charges régionales
auprès de l'Etat et assure les intérêts nationaux dans la région ainsi que le
respect des lois fédérales,
-placé dans l'intersection de trois
exercices complémentaires: exécution des programmes nationaux, appréciation de
leurs résultats et détermination des priorités selon l'urgence des besoins et
les moyens de la région pour le financement,
-le contrôleur des programmes régionaux
après que ceux-ci aient été déterminés par l'assemblée régionale.
Régionalisation ne veut pas dire
isolement d'une contrée ou d'une population. Les régions autonomes, donc
libérées de toute contrainte de l'organisme central, peuvent, de différentes
manières, se rendre complémentaires et coopératives. Pour que cette coopération
soit productive, il faut procéder à décongestionner certaines régions du Nord,
trop industrialisées, au profit des provinces lointaines afin d'établir un
équilibre socio économique pour l'ensemble du pays et éviter l'exode humaine
d'une région à l'autre. Or, l'exode incontrôlé donne fatalement naissance aux
bidonvilles, sources de difficultés que le Maroc tente d'éviter en appliquant
une politique immobilière éradiquent le logement insalubre. Les zones
sahariennes, surtout celles du littoral, doivent être équipées en
infrastructures capables de répondre à ce besoin de transfert du surplus
industriel du Nord qui se trouvent encombrés. Cet essor sectoriel se fera mieux
quand il sera décentralisé et appuyé par la communauté locale. La durabilité
n'en sera que plus renforcée.
Pour renforcer et valoriser
l'infrastructure au Sahara, il faut penser à l'exploitation d'une autre
richesse hydrique non négligeable. Il s'agit des cuvettes situées au-dessous du
niveau de la mer, non loin de l'Océan, entre Tarfaya et Lâyoun. Il ne
serait pas inutile d'évaluer la possibilité d'alimenter ces cuvettes en eau de
mer par un système de canaux, superficiels ou souterrains selon le cas. Ces
futurs lacs artificiels humidifieraient l'air et adouciraient le climat. A
travers les canaux peuvent être installées des turbines pour la production
électrique et les usines de dessalement d'eau marine. L'Ecossais Mc Kenzee, qui
tenait une Factory anglaise à Tarfaya, de 1887 à 1895, avait étudié cette
possibilité. Son projet commença à intéresser
les responsables à Londres quand eut lieu un changement de gouvernement. Peu de
temps après, le sultan Moulay Hassan 1er récupéra la province de Tarfaya. Partirent alors les Anglais et leur
projet avec eux. L'Agence de Développement des Provinces Sahariennes pourra se
estimer la fiabilité de ce système et son impact sur la région. Le projet
paraît faramineux, mais son exploitation sera rentable.
La politique de l'équilibre des tâches
entre les régions facilitera la spécialisation des contrées dans telle ou telle
activité selon leurs richesses naturelles et leur infrastructure: industrie
sidérurgique, métallurgie, artisanat, tourisme, production cinématographique,
pêche, conserves, conserves, textiles, produits phosphatiers, construction
automobile, agriculture, marbre, construction navale, électroménager, matériaux
de construction. En Europe, Limoge est connue pour sa faïence, Baden Baden pour
ses instruments de musique, la Côte d'Azur et la Costa del Sol pour leur
tourisme, Como pour sa soie et ses textiles, Toulouse pour son industrie
électronique et informatique, Anvers pour ses diamants, son industrie chimique
et pétrochimique, (50% des diamants à travers le monde sont taillés à Anvers),
Amsterdam pour ses éditions et ses machineries lourdes, etc. Au Maroc, quelques
régions et villes commencent à se spécialiser dans différents secteurs, mais
cela n'est pas suffisant.
La réussite de la régionalisation
requiert un cadre juridique et constitutionnel qui ne prête pas à équivoque. Il
définira les pouvoirs juridictionnels et leur partage entre le centre et les
régions. Le découpage administratif du pays doit être fonctionnel avec une mise
à niveau rationnelle pour assurer un équilibre national, et avec des mêmes
chances au départ. Il doit répondre au vou des Marocains et aux normes de toute
politique régionale sans prendre comme prototype un modèle qui ne conviendra
pas au pays. Le choix est déterminé par la constitution nationale, par les
spécificités, les traditions, la culture et l'histoire du Maroc. Dans certains
pays, le statut régional est unique pour toutes les régions. Dans d'autres,
chaque région a son statut particulier tout en obéissant à la juridiction et
aux lois constitutionnelles nationales. La régionalisation est atypique. Il n'y
a pas de régionalisation clé en main comme il n'y a pas de démocratie du
prêt-à-porter.
L'ambassadeur de l'Angleterre à Rabat,
M. Antony Layden, approuva la liberté pour le Maroc de choisir lui-même le type
de régionalisation: «La voie de la régionalisation est une solution à
laquelle toutes les parties doivent adhérer et qui se fera dans le cadre d'une
autonomie régionale élargie, sous la souveraineté marocaine. C'est le Maroc, et
le Maroc seul, qui est en mesure de déterminer les moyens à mettre en place
pour accorder une autonomie régionale sur ses territoires selon ses principes
et sa constitution».
-Consolider la démocratisation du pays en la cristallisant sur le droit de la
femme, la liberté d'expression, la justice et l'acquisition du savoir par tous
les citoyens. Un gage socio politique dans une démocratie agissante est en
lui-même un crédit est un aspect qui vont dans le sens de toute politique
d'autonomie où de régionalisation.
Si l'intelligence de l'homme le dote de
la capacité de choisir, la réflexion le mène au bon choix. Notre intelligence
collective gagnera-t-elle ce pari? Oui, quand nous saurons nous fixer des
horizons lointains, jalonnés d'étapes successives, dont la première est la
démocratie. Ce choix ne nous offre que deux options: évoluer dans une
démocratie pour réussir, ou stagner dans notre quotidien et alors s'affaiblir.
Dans sa vie, l'homme a besoin de trois valeurs essentielles, la dignité, le
bien-être et la sécurité. Seule la démocratie peut les lui assurer. Il n'y a
pas de sécurité sans développement comme il n'y a pas de développement sans
l'éducation du peuple. Rien ne sera permis sans la démocratie et sans la
culture de la citoyenneté et du civisme. Elles définissent les liens entre
l'individu et la nation et doivent être entretenues d'une génération à l'autre.
Les Grecs ont défini la démocratie
comme «le gouvernement par tous au lieu du gouvernement par un seul». Le libéral français Henri Lacordaire
(1802-1861) l'attache à la personne humaine en disant que «La liberté n'est
possible que dans une société où le droit l'emporte sur les passions humaines». Une démocratie qui n'est pas accompagnée du respect du droit n'en est pas une
et les Marocains refuseront une démocratie pâle ou anémiée.
Chaque peuple conçoit une lecture
différente de la démocratie et de la modernité. Les deux ne signifient
nullement la rupture totale ou partielle avec les assises ancestrales du pays.
On peut marier une forte continuité à une parfaite alliance entre le
développement économique et la modernité d'une part et le respect des
traditions de l'autre. Le Japon, la Chine et l'Inde en sont une image
exemplaire. L'essor techno économique amène des transformations sociopolitiques
fabuleuses qui réduisent les inégalités sociales et dans le quotidien du peuple
et dans sa formation et son bien être, sans pour cela attenter aux valeurs
originelles. De ce fait, il est sensé de mettre en avant cette équation
inéluctable qui consiste à ouvrer, scrupuleusement et parallèlement, sur les
paramètres économiques et politiques pour renforcer les assises de la démocratie.
Celle-ci n'est pas seulement un apport heureux pour le peuple, mais aussi pour
les voisins qui veulent se sentir rassurés aux côtés d'une nation démocratique.
Comme a dit l'historien et analyste américain, Francis Fukuyama «Deux
ensembles démocratiques trouvent toujours le moyen non violent pour régler leur
contentieux et participer ensemble à asseoir une stabilité régionale à long
terme».
La démocratie nous aide à comprendre la
société d'aujourd'hui et à en percevoir les enjeux. Elle permet à l'individu,
comme au groupe, de préférer l'information vérifiée à la rumeur, la tolérance
au sectarisme, la convivialité à l'isolement, le dialogue à l'isolationnisme et
la sérénité à la fureur. Pour atteindre ce degré de pensée, l'homme ne sera
pas, comme par magie, exempté d'un exercice de réflexion sévère sur lui-même.
S'il n'est pas capable de s'autocritiquer il ne saura distinguer le bon grain
de l'ivraie et restera enrobé dans sa suffisance et son individualité. Il ne
saura être démocrate. Un démocrate l'est dans ses tréfonds comme dans sa vie
privée, ainsi qu'il doit l'être dans ses actes et sa conduite dans la famille
comme au sein de la société. Il doit se mettre lui-même en cause. Ce trait est
développé par le politologue belge, Guy Haascher, président du centre de philosophie du droit à l'Université
Libre de Belgique, quand il dit dans son livre: Philosophie des droits de
l'homme «avant de nous en prendre aux autres et à l'Islam, balayons d'abord
devant notre porte. Ce sera le commencement de la sagesse». Il exprime
l'essence d'une démocratie dans le sens des relations internationales. Toutes
les démocraties exigent les mêmes règles, dont la principale consiste «à
soumettre la raison à la démocratie» selon Régis Debray qui n'a fait que
reprendre Rabelais, fervent helléniste et éminent pédagogue: «Un homme
démocrate doit être avant tout raisonnable», dans son ouvrage «Le tiers
livre» (1546).
La démocratie doit
éviter de tomber dans le piège de certains ordres anciens, de type «chefferies»
qui produisent des contre-pouvoirs, fondant leur renouveau de légitimité sur
leur capacité à surpasser les critiques et les attaques dont ils étaient
naguère l'objet de la part de leur peuple. Ces contre-pouvoirs recherchent une
forme de légitimation dans les institutions nationales. Ils édifient, à côté du
parlement ou du congrès, une chambre collégiale susceptible de leur offrir une
alternative pour intégrer des sommités coutumières et des notables qui ont
coutume de dominer la société civile. La méfiance est de rigueur face à ceux
qui se proclament démocrates et qui étouffent subtilement l'essence de la
démocratie. Ils savent comment user de manifestes spéculatifs et abstraits à la
place de pratiques concrètes.
Le programme marocain de
démocratisation, déjà en cours de réalisation depuis quelques années, stimulera
la jeunesse à s'intéresser à la chose régionale et à assumer la chose
nationale. Les jeunes des zones méridionales ne sont pas du reste et savent que
leur avenir est imbriqué dans celui de leurs concitoyens, de la Méditerranée au
fond du Sahara.
Du sommet à la base de la pyramide
sociale, tous les Marocains doivent y travailler afin d réussir le changement
et la réforme. Cela exige une convergence d'actions et de réflexions entre le
somment et la base de la société. Attendre que la démocratie tombe du ciel est
un abandon de toute ambition de préparer soi-même l'avenir. La démocratie est
un gain sur le pouvoir et un levier qui soulève vers le haut le discours social
que doit soutenir le message culturel. Cela exige qu'il y ait un lien de cause
à effet et une cohérence entre le dire et le faire, en tirant toutes les leçons
de la comparaison entre pays démocrates et ceux qui ne le sont pas.
La réussite de la démocratie nécessite
bien des démarches:
Elle est basée, en premier lieu, sur
l'indépendance entre le législatif, l'exécutif et le juridique, sans pour
autant qu'il y ait un hermétisme entre ces trois pouvoirs. Elle requiert des
critères que ne peuvent appliquer que les vrais démocrates, capables
d'assimiler une culture du droit, d'appliquer le principe de contrôle des
actions de l'Etat par le parlement et de pratiquer la transparence. Elle
illustre le respect des choix politiques de chacun dans les cercles
parlementaires et sauvegarde la dignité du citoyen dans la rue comme devant la
justice.
Le pouvoir, les partis politiques et la
société civile doivent s'impliquer dans l'élimination des tares en
redéfinissant le socle d'une solidarité pour une redistribution appropriée. Car
l'éducation fondamentale et le bien-être du citoyen portent en eux le ferment
de la paix sociale et constituent le tremplin pour l'avenir. L'éducatif et le
bien-être constituent la base de la démocratie. La masse doit être stimulée
pour agir dans un cadre d'une citoyenneté positive. L'élite doit favoriser
l'action sur la masse pour la rendre plus consciente de ses responsabilités
afin qu'elle puisse contrôler les affaires publiques et s'intéresser à la chose
nationale.
Mettre au même diapason toute la
société, dans une ambiance de sécurité et de justice, de légalité et de droit,
c'est aussi préserver la religion contre les activistes dont les actions taxent
l'Islam. Introduire la démocratie et la stabiliser, c'est donner à l'Islam sa
dimension réelle et sa morale universelle. L'élévation spirituelle et
religieuse est une évidence pour une population qui a germé dans un culte de si
longtemps endossé pour dépasser le matérialisme impitoyable et le capital
dévorant, pour atteindre un équilibre réel et une pensée supérieure.
La démocratie et
la régionalisation, sont un test pour un Maroc capable de relever les défis
tant à l'intérieur qu'en face des instances étrangères. Elles permettent la
floraison de nouveaux espaces de liberté et d'initiatives auxquelles s'ajoute,
par effet d'entraînement, une volonté de changement et d'application
dynamiques. Un champ social démocratique est beaucoup mieux construit sur la
confiance et la valorisation de l'intelligence. Les Etats euro méditerranéens
auront confiance en un Maroc égalitariste et respectueux des droits et de la
dignité de l'Homme. Ils n'hésiteront pas l'appuyer dans sa politique de
développement et à le comprendre dans son désir d'unifier son territoire.
L'interdépendance entre régionalisation, démocratie et culture est, on ne peut
plus clair, le support d'un développement tous azimuts. Elle sera une démarche
féconde si elle est accompagnée par une certaine flexibilité, et donnera un
sens à la commodité et à l'équilibre socioculturel. La rigidité et l'à priori
sont des entraves au développement humain. «C'est la flexibilité qui
favorise le changement dans la continuité» selon Descartes. Cette
élasticité affranchit l'homme de toute obsession scolastique et l'ouvre sur
l'épanouissement. Par l'aspect dual de la pensée flexible l'homme peut cultiver
différents courants de pensée pour asseoir sa légitimité. Il distinguera le
moral du politique et isolera le profit mesuré du capital absolu.
Aujourd'hui, la démocratie dans la
régionalisation est une opportunité historique marquante. Nous n'avons pas le
droit de la manquer, car le temps ne se laisse jamais rattraper. La démocratie
et la régionalisation édifient un aval qui garantit bien-être et protection du
citoyen à l'intérieur. A l'extérieur, elles cautionnent la crédibilité de la
nation. Qui refuserait la collaboration avec une nation démocratique? Qui
serait le citoyen qui hésiterait à revenir vivre dans un Etat à la démocratie
laborieuse et à la régionalisation établie? Sans tout cela, la régionalisation
et la démocratie ne sont que miroir d'alouettes.
-Assurer au peuple marocain
l'acquisition du savoir. On ne peut affermir une démocratie et négliger les méfaits de
l'ignorance. La démocratie n'est pas crédible si elle n'est pas accompagnée par
l'alphabétisation et la formation du peuple. Elle ne peut être cultivée dans un
terrain improductif ni germer dans un milieu stérile. Le penseur et politique
français, le marquis Jean Marie Antoine Nicolas de Condorcet (1743-1794) a dit,
dans son ouvrage, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit
humain: «il n'y a pas de liberté pour l'ignorant. Le processus
d'émancipation de l'homme passe d'abord par l'acquisition du savoir et des
connaissances. Ils sont les seuls garants à lui permettre d'accéder au degré
supérieur du progrès». Il avait une haute idée du perfectionnement indéfini
de l'être humain. Les résultats de la démocratie, de la modernité et du
développement sont minimes s'ils ne sont pas accompagnés par la valorisation de
la personne humaine. C'est le but que s'est fixé l'Institution Nationale du Développement
Humain. A la valeur des moyens matériels, à la valeur de la main-d'ouvre et du
capital se substitue celle de la connaissance et du savoir. L'analphabétisme et
la pauvreté constituent de fortes inégalités et minent le contrat social. Une
société analphabète reste otage des discours démagogiques et creux, souvent
prononcés par ceux qui n'ont rien de démocrates. L'instruction des masses
populaires aide à les former sur les plans civiques et politiques et les rend
conscientes de leurs droits et de leurs devoirs. Elles sauront comment choisir
leurs représentants dans les institutions nationales. Elles sauront alors
apprécier les bienfaits des urnes.
«L'homme est à la mesure de toutes
chose», est principe fondamental de toute démocratie. Pour toute décision à
prendre, pour toute loi à légiférer, pour tout projet à étudier et toute
démarche à engager, le respect de ce concept doit être vénéré. La démocratie
anticipe la femme et l'homme et libère leurs facultés humaines. Tout doit être
analysé sous l'angle de l'incidence que cela pourra avoir sur le citoyen.
Sinon, ce serait une démocratie de façade. Les avancées démocratiques doivent
être permanentes, protégées et soutenues, même dans le cas de lutte contre ceux
qui tenteraient de lui porter préjudice, les rétrogrades et les extrémistes de
tous bords. Car la démocratie et la citoyenneté forment un couple cohérent.
-Renforcer le rôle de la femme dans la
société démocratique.
Sa Majesté Mohamed V a compris que la
libération de la femme marocaine mène à l'indépendance et au développement du
pays. Il a vite fait de placer les princesses, ses filles, au devant de la
scène. C'était le point de départ de l'émancipation de la citoyenne marocaine.
La démocratie atteint son idéal lorsque
la femme est considérée comme responsable, au même niveau que l'homme, capable
de participer à la gestion de la nation. Le respect de sa dignité en fait une
citoyenne entière, appelée à faire toujours plus et mieux. Elle est l'espoir de
préserver nos valeurs. Elle est la générosité et le souci des perspectives
qu'impose le processus de la démocratisation. Celles, aujourd'hui peu
nombreuses, qui sont à la tête de responsabilités, ont démontré que la femme,
comme la prédisposent sa nature et son innéité, est consciente de ses devoirs, familiaux
et sociaux, et se sent imbue de la mission dont elle est chargée. Elle
s'enhardit dès qu'elle est responsabilisée au sein de la communauté. Son état
d'âme ne lui permet pas de supporter l'échec. Le temps a prouvé que rares sont
celles qui ont failli. Il n'est pas admissible que dans une société musulmane,
la femme soit reléguée à un rang inférieur. L'Islam l'a hissée à un niveau
magistral et l'a solennellement sublimée. Il reconnaît ce qu'elle apporte à
l'ouvre entreprise. Elle a déjà, par le passé, imprégné, d'une manière
fondamentale, l'histoire de l'humanité.
A l'aube du 21ème siècle, l'ère de la
percée technologique et de la connaissance, où l'esprit de créativité est
cultivé au plus haut point, négliger la femme c'est priver le peuple de 50% de ses
potentialités humaines et de son pouvoir créateur. Etant le complément de
l'homme, elle est en mesure de participer à une véritable renaissance
nationale. Sous estimer son pouvoir est un gâchis inconséquent. La nouvelle
société a besoin aujourd'hui, et plus encore demain, de toutes ses capacités
humaines, femmes et hommes. Elle a besoin de toutes ses matières grises pour
forger son avenir. Et la matière grise est la seule richesse que nous portons
en nous. Elle ne s'achète pas et personne ne peut nous la subtiliser. C'est
alors que, de la détermination à galvaniser toutes nos ressources humaines,
dépendra la place que nous revendiquons dans le monde. Jean Jacques Servan
Schreiber a dit que «la matière grise, inépuisable comme la lumière du
soleil, est la forme de richesse qui porte en elle tout l'avenir». Le
facteur humain et l'intelligence de la femme et de l'homme assurent des
moissons abondantes.
Le Marocain a mûri et apprécie le rôle
que la femme tient dans la sociétéLesproblèmes sociaux, culturels et humains se multiplient et se compliquent
beaucoup plus que d'autres. La femme, mieux disposée que l'homme, saura comment
les résoudre. Dans l'intérêt de
toute société qui veut avancer, l'homme doit développer sa volonté de défendre
la femme avec le désir de dialoguer avec elle. Il reconnaîtra alors sa place à
côté d'elle et se reconnaîtra en elle. Le manque de dialogue débouche soit sur
le silence et la résignation de la femme, soit sur son cri de révolte et le
conflit. Or, le conflit ne laisse que peu de place au dialogue. Ce sera deux
sociétés distinctes: la société féminine et celle des machistes. Position très
peu rassurante pour l'avance d'une démocratie. Ici, la difficulté qu'affronte
l'homme n'est pas celle de s'adapter aux nouvelles idées, mais d'échapper à
l'emprise des anciennes.
La Marocaine et le Marocain ne sont ni
défaitistes, ni fatalistes. Ils ont seulement été excédés et désabusés par des
promesses non tenues et auxquelles ils croyaient. Toutefois, ils ne désespèrent
pas. L'initiative royale de modernité et de développement humain, encourageant
la promotion de la citoyenneté des Marocains, leur fait reprendre confiance.
Ils sont j'tihadistes, même dans les pires situations. N'étouffons pas en eux
cet espoir et ne brisons pas leurs élans. Les gouvernants doivent opter pour un
consensus sur les options socio économiques de développement et de solidarité
sociale. C'est le sociale qui moralise l'action égalitaire entre les citoyens
et les prépare à affronter les défis d'aujourd'hui et ceux de demain. C'est
encore le social qui apprête le citoyen à la démocratie. Il est la base de
toute démarche et de toute entreprise. La nouvelle ère où s'est engagé le Maroc
est marquée par le souci que se fait le monarque de renforcer le contrat social
et le généraliser à tous les citoyens, femmes et hommes.
De 1949, quand l'ECOSOC a créé au sein
de l'ONU la Commission de la Condition de la Femme, à nos jours, la gent féminine
a parcouru bien du chemin et a, encore aujourd'hui, quelques pas à faire pour
arriver au but final: sa totale émancipation sans paternalisme. Aucun homme,
quelle que soit sa culture ou son idéologie, ne peut prétendre détenir, seul,
la science diffuse au détriment de sa partenaire de tous les temps.
Le pays où la vie politique est afflictive
donne l'impression d'une démission collective et de manque de mobilisation
populaire. Se produisent alors un sentiment de flottement et d'hésitation au
sein de la population et une abdication de l'élite. La classe sociale devient stérile
et non convaincante. Seul les idéaux stimulateurs peuvent la guider vers des
perspectives prometteuses. La médiocrité d'une classe politique et la
dévalorisation de l'être ne sont plus de mise. Elles ont le caractère de briser
les élans d'un peuple qui aspire à s'engager sur le chemin de la démocratie par
la sentence des urnes. La démocratie responsabilise autant la femme que
l'homme, revalorise la culture politique et mobilise le peuple pour le mener au
militantisme patriotique. C'est ainsi qu'on cueille le fruit par une économie
rationnelle, l'égalité par une politique libérale et l'épanouissement de la
personnalité par une culture plurielle. C'est la seule motivation qui soit
capable de soustraire le peuple à cette indifférence qui le fige aujourd'hui et
à la somnolence où il s'assoupit. Les partis politiques et la société civile
doivent être conscients du rôle qu'ils ont à tenir dans ce nouveau paysage. Ils
doivent être les guides et les formateurs, les conseillers et les promoteurs du
renouveau s'ils veulent participer à la réduction de la fracture sociale.
-Combattre la criminalité financière et
économique.
Plusieurs activités financières et
économiques sont occultées. Des gens sans scrupule travaillent dans la
clandestinité. Leurs manouvres illicites restent impunies. Ils profitent d'un
système établi et entré dans les mours; c'est l'interventionnisme et le
clientélisme qui grèvent l'économie. Ces opérations prennent des formes
diverses, fraude fiscale, falsification des factures, blanchissement d'argent
sale, détournement de deniers publics, évasion fiscale, pratique d'usure, faux
bilans, corruption et contrebande. Certaines activités restent cantonnées à
l'intérieur du pays, d'autres sont pratiquées à l'échelle internationale. Cet état de fait est un
phénomène propre aux PVD où il semble, pour certains dirigeants, qu'il est plus
facile de s'expliquer sur les causes de leurs échecs que sur les raisons de
succès dans d'autres pays. Dans le cas d'échec, ils ont tendance à mal
s'expliquer sur l'action des forces occultes et malveillantes. Là s'effritent
autant le qualitatif que le quantitatif. On ne peut alors conjuguer l'action
volontariste et le pouvoir de réajustement et d'essor qui aurait tiré
l'économie vers le haut.
Il s'est avéré qu'il y a plusieurs
secteurs de l'économie nationale qui échappent à tout contrôle. Ils ne
s'acquittent pas de leurs obligations ni envers l'Etat ni envers leurs
employés, alors que les recettes fiscales sont le poumon des finances d'un Etat
et pourraient davantage augmenter si tous les citoyens, personnes physiques ou
morales, payaient leurs impôts régulièrement. Ce-ci nécessite une législation
fiscale nouvelle et stricte. La citoyenneté, le civisme et le patriotisme
commencent par le devoir de payer ses impôts et d'honorer ses échéances. C'est
ainsi que doit être comprise l'allégeance à l'Etat et à la nation. C'est là
aussi le signe révélateur de la démocratie quand chaque citoyen est conscient
de ses devoirs au même titre qu'il revendique ses droits.
Dans un pays qui se veut de Droit, qui
se veut démocratique, ces calamités doivent être combattues durement et
l'impunité doit être traquée. Dans le Nigeria d'Obasanjo, la priorité N°1 des
autorités était la lutte contre ce fléau et ont fini par améliorer la finance
du pays. Il leur a fallu bien des efforts car la tâche n'était pas aisée. Ce
fléau qui entache l'économie et les finances est une agression irritante dans
l'essor national. Il est souvent le résultat négatif de la polémique entre les
gens du pouvoir et le cercle des affaires. Il arrive plus d'une fois au monde
politique et aux hommes d'affaires de se contredire, alors que leur rôle devait
être complémentaire, alors que chaque secteur doit tenir compte du rôle de
l'autre. Leurs débats doivent être constructifs et leurs oppositions gérées
pacifiquement dans le sens de la démocratie. C'est dans les débats
démocratiques que sont conjuguées les idées et les conceptions. Le Marocain,
homme d'affaire ou politique, a cette qualité d'esprit d'adaptation aux
différentes situations. La séparation du politique et des affaires n'est pas
une tare ni un handicap. Elle ne doit pas non plus être étanche. Elle est
plutôt un pas positif dans le contexte libéral pour se préparer à la
mondialisation. L'entente entre les deux évite de laisser proliférer les
trafiquants et les tricheurs.
-Impliquer les partis politiques et la
société civile dans l'affaire saharienne.
Depuis le début dudit conflit les
partis politiques étaient éloignés de cette question et ne se sentaient pas
responsables. La marginalisation des forces politiques provient du fait que le
dossier du Sahara était accaparé par le ministre de l'Intérieur, alors que
toutes les couches sociales devaient se sentir interpellées. Leur intervention,
surtout à l'étranger, aurait un effet de diplomatie parallèle pour compléter le
rôle de nos ambassades et aurait certainement porté ses fruits. A l'intérieur,
ils auront à informer le peuple de la justesse de notre cause et de le former
quant à l'histoire maroco saharienne. Le peuple marocain est convaincu de cette
marocanité, mais n'est ni armé ni outillé pour convaincre l'Autre, pour lui
expliquer la conformité de nos revendications sur le Sahara. La mission des
partis politiques est de faire sentir à l'individu comme au groupe qu'ils sont
parties prenantes dans la gestion de la politique nationale. Ils doivent s'y
investir en tant qu'acteur qui assume sa responsabilité entière. C'est à ce
stade que les partis doivent se comporter en tant qu'écoles du nationalisme, de
la citoyenneté et du civisme.
-Arrêter l'atomisation de la sphère
politique nationale.
Le Maroc a choisi le pluralisme dans
une démocratie libérale pour son système politique. Il n'y a pas de démocratie
sans partis politiques comme il n'y a pas de parti politique fiable sans
démocratie en leur sein, démocratie qu'ils doivent continuer à régénérer. La
pléthore des partis ne répond pas au
pluralisme qu'attendent les Marocains de leur démocratie naissante. Cette
prolifération faire naître une compétition aux mécanismes multiples, souvent
peu conformes aux règles du civisme et de l'honnêteté politique propre à la
démocratie. On assiste alors à l'instrumentalisation de la démocratie pour
conquérir des postes de responsabilité aux gains sulfureux au détriment de
toute vertu civique ou patriotique.
Le pluralisme politique doit se
traduire par la variabilité des idées et programmes. Ce qui n'est pas le cas
pour notre champ politique où la plupart des partis ont sensiblement les mêmes
thèmes et agendas. Pour que ces groupes puissent mener à bien leur mission
d'éducateurs et de formateurs, de guides et de gestionnaires des biens de
l'Etat et du citoyen, ils doivent appliquer une démocratie dans leurs instances
et leur organigramme, avec la libre expression et le franc débat à tous les
niveaux de leur structure. Les adhérents ont le droit de traduire leurs idées
et les soutenir. S'ils ont des opinions divergentes ou opposées, ce sera le
signe d'enrichissement des débats.
Le manque d'application de ce principe
dans certains mouvements politiques décourage les élites marocaines qui se
dépolitisent de plus en plus. Les jeunes d'aujourd'hui ne vivent plus cet
engouement des premières années de l'indépendance. Ils restent indifférents.
Les responsables des organisations politiques ne savent pas comment les motiver
et les mobiliser. Ils sont, en quelque sorte, les responsables de cette
dégradation de l'espace politique dans le cercle des jeunes. Le renouvellement
des acteurs politiques soudera la cassure entre les générations et rapprochera
l'ancienne classe politique des élites émergeantes. Ces dernières se présentent
avec un corpus idéologique qui prêche le renouveau dans une logique de civisme
et de patriotisme, principes qui perdent du terrain depuis déjà quelque temps.
Or, la politique appartient à tous les citoyens. Il faut veiller à la
réviviscence des élites dans les partis. Le sang nouveau charrie toujours des
idées nouvelles et empêche la inertie. Quand la jeunesse se sent
responsabilisée, elle s'investit totalement dans le champ politique où elle
aura à s'impliquer dans la culture de la compétitivité. Sans compétition et
sans frottement entre générations, sans confrontation entre idées nouvelles, la
politique d'un pays dépérira et de deviendra improductive.
Nous assistons à une floraison de
partis interchangeables autant dans leurs discours et leurs programmes qu'au
niveau de leurs directions et de leurs bureaux. On est ahuri devant le nombre
croissant des partis lilliputiens. Dans la seule année 2002, le champ politique
marocain a vu naître 11 partis. Le politologue marocain Mohamed Darif dit «qu'il
ne faut pas voir cela comme une balkanisation ou un affaiblissement du champ
politique. Le Maroc vit une dynamique politique qui se matérialise par une
volonté de nouvelles élites à accéder au champ jusque là totalement verrouillé
par les anciennes générations». Toutefois, M. Darif aurait raison si ces élites dynamiques s'étaient concertées
pour unir leurs efforts et créer le groupe qu'il faut, attendu par d'autres
jeunes, cohérent et fort, avec un itinéraire jalonné de repères réalistes. Ces
formations auraient évité de se disperser en partis minuscules, éphémères et
peu attrayants, qui atomisent leurs forces d'action et leurs pouvoirs de
décision. M. Karim Douichi, journaliste au quotidien «Le Matin», a vu juste
quand il a parlé de «Hizbomania», cette pathologie qui a contaminé les hommes
politiques à vouloir tous créer leur parti (Hizb). Il a constaté à juste titre
que ces partis poussent tel des champignons à l'approche des législatives au
point qu'on répertorie plus de 35 partis pour une population de 32 millions.
Leur effritement bloque tout consensus au sein des chambres parlementaires et
régionales.
Une tare des plus irritantes dans notre
système est le nomadisme politique. Nos élus, dans les deux chambres ou dans
les régions et provinces, passent d'une étiquette politique à l'autre sans
remords et sans respect pour leurs électeurs. Ils ne considèrent ni l'étique de
la déontologie du pouvoir législatif, ni le respect de leur propre conviction.
Cela dénote leur manque de raisonnement et l'absence de compétence. Toute
transhumance d'élu, parlementaire, communal ou municipal, doit se faire après
la démission de l'intéressé et le retour aux votations. Cette hémorragie est le
résultat de l'analphabétisme politique dont est atteinte une majorité des élus.
Le clientélisme et le manque de transparence dans les élections sont une autre
aberration. La corruption et le rachat des voix sont entrés dans les mours. Il
en résultait qu'un pourcentage énorme de nos élus sont des illettrés, mais
assez fortunés pour payer le prix. L'absentéisme, affiché sans scrupule, dans
les instances politiques ne dérange plus. Nos jeunes élites n'ont plus
confiance. Nos intellectuels semblent déjà désespérés et lâchent la cordée
avant même d'amorcer l'escalade.
Nos hommes et nos femmes, celles et
ceux pourvus d'une conscience politique, ceux dont le nationalisme n'est plus à
démontrer, n'ont pas le droit de démissionner et laisser le champ libre aux
importunités. Les partis doivent respecter une certaine honnêteté
intellectuelle et édifier une morale civile et urbaine. Seuls les membres qui
sont à la hauteur de représenter le peuple doivent être proposés aux scrutins.
Ce manquement est dû aux partis
politiques qui ne sont pas gérés d'une manière professionnelle et démocratique.
C'est toute une technique que de vouloir piloter un parti. Celui-ci est
considéré comme une institution et doit être administré comme tel, contrôlé sur
ses finances et son administration d'autant plus qu'il bénéficie de subventions
de l'Etat, donc de l'argent du citoyen.
La classe politique doit assumer ses
responsabilités pour imprimer au pays un nouveau visage où on peut distinguer
une majorité cohérente à côté d'une opposition positiviste et respectueuse du
verdict des ures. Pour y arriver, des conditions de moralisation de la sphère
politique doivent être mises en place et accompagnées de l'arrêt de son
atomisation. D'un autre côté, il est nécessaire de voter une loi nouvelle et
draconienne qui fixera les conditions de création d'un parti pour éviter les
groupes lilliputiens. Le parlement a adopté une loi nouvelle sur les partis
politiques. Cette loi, seule, ne peut apporter le renouveau souhaité. Il lui
faut, parallèlement, le support de tous les partis dans le cadre d'une
déontologie politique saine où préfigurent la clarté et l'honnêteté. La
nouvelle réglementation doit exiger la transparence à tous les niveaux:
programme, finances, démocratie interne, gestion, élections.
La constitution doit s'accompagner une
clause qui protège la solennité de la politique nationale contre ces manouvres
politiciennes qui abaissent nos valeurs et avilissent notre dignité et nos
convictions. Le niveau intellectuel et moral de nos élus doit être élevé à un
rang honorable. A l'intérieur de nos frontières comme à l'extérieur, l'écho
d'un tel amendement n'en sera que plus favorable pour le pays, tant dans sa
politique et son économie que dans ses relations externes.
-Exhorter les intellectuels et les
universités à se mobiliser pour le Sahara.
On est déçu de constater que nos
intellectuels ne développent guère de réflexions à propos du conflit saharien.
L'université et l'intellectuel, dans la vie de tous les peuples, ont un rôle
important à tenir. Est-ce le cas chez nous au Maroc, tout au moins face au
conflit saharien? Le décideur, l'homme politique, le parti politique, à quelque
niveau où ils se situent, ne peuvent, seuls, solutionner un problème aussi
lourd de conséquences que le nôtre. Son règlement requiert la participation, de
près ou de loin, de tous les citoyens. A la tête des accusés, qui auront à
répondre devant le tribunal de l'histoire, nous trouverons les intellectuels et
les élites bien avant les responsables et les preneurs de décisions.
Le POLISARIO est né en 1973. De cette date
à la fin 2006, les ouvrages écrits par les Marocains sur le contentieux
saharien ne dépassent guère la trentaine; c'est à dire moins d'un livre par an.
Est-ce à dire que nos élites sont désintéressées ou indifférentes à cette
motivation nationale? Sont-elles stériles ou ont-elles brisé leurs plumes? Nos
artistes et cinéastes, eux aussi, ont manqué à leur devoir. Pendant toute cette
période, pas un seul film produit par les Marocains n'a été tourné sur le
Sahara, en dehors de quelques documentaires mal conçus et non convaincants. Nos
troupes théâtrales et nos dramaturges ont brillé par leur absence. Pas une
seule pièce de théâtre n'a eu le Sahara ou les Sahraouis pour thème. Le
ministre de la culture et le Centre Cinématographique Marocain sont invisibles
dans cet espace. Les chercheurs dans le domaine de la société sahraouie, de
l'histoire et de l'anthologie du Sahara peuvent être comptés sur les doigts.
Nos politologues sont de même.
Pourtant ce ne sont pas les sujets à
traiter et les thèmes à évoquer qui manquent. L'histoire maroco saharienne et
la culture hassanie abondent d'anecdotes, de contes et d'événements qui
méritent d'être traduits aux publics à travers des pièces théâtrales, des films
cinématographiques, des éditoriaux et d'ouvrages savants. C'est la recherche et
ses résultats qui libèrent les énergies des universités et facultés et qui
façonnent l'esprit de l'intellectuel et de l'artiste. Le chercheur,
l'intellectuel, l'université, auxquels il faut adjoindre le journaliste, sont
les éclaireurs de l'administration et des décideurs, sur le plan national comme
sur le plan régional. Ils partent de problèmes à étudier afin de trouver des
solutions à présenter. La culture et l'art ont toujours été sublimés parce
qu'ils prennent des positions franches et dénonciatrices. Sans les accabler,
nos érudits, ceux qui ont la possibilité morale de produire, manquent de moyens
matériels pour réaliser leurs ambitions. Les causes en sont multiples.
Sont nombreux les chantiers à ouvrir et
les champs à investir dans ce sens. Les sujets à évoquer et à développer sont
abondants et variés dans le temps et dans l'espace:
-C'est l'étude des origines des tribus
sahraouies, leur nomadisme et leur système de commerce caravanier.
-C'est la morphologie sociale et
économique du Sahara, où domine, encore de nos jours, un tribalisme résistant.
-C'est la richesse de l'histoire maroco
saharienne qui doit être portée à la connaissance de tous, marocains et
étrangers.
-C'est le rôle de la stratégie et de
l'économie qui se joue dans le conflit algéro marocain.
-C'est l'échec de la construction de
l'UMA devant les nouvelles visons du monde.
-C'est l'histoire de Ndyömböt, reine du Waalo au Sénégal, qui a épousé un
émir des Trarza au Sud de la Mauritanie. C'est une phase de l'histoire des
relations maroco sénégalaises qui pourra intéresser nos écrivains et nos
artistes.
-C'est le débarquement sur les côtes
sahariennes, au 16ème siècle, des Gouaches chassés des Canaries par les
Espagnols et qui ont intégré, après quelques générations, la population maure
locale.
-C'est le sultan Ahmed el Mansour qui,
en 1590, nomma L'Haj Jeddour, pacha à Tinbouktou. Jeddour laissa des documents
d'une valeur inestimable qui n'ont jamais été exploitées par les nôtres.
-C'est la forteresse espagnole de Santa
Cruz de Mar Pequenia, construite dans la région de Tarfaya, face aux Canaries,
qui fut complètement rasée, en 1524, par les troupes marocaines après un mois
de combats acharnés. C'est un exploit historique que tout le monde doit savoir.
-C'est le sultan
Moulay Ismaïl qui entreprit un long voyage en 1678 qui le mena de Meknès à
Chenguit et à Tinbouktou. C'est un périple qui mérite d'être conté.
-C'est la victoire de D'Cheira en 1958
sur l'occupant espagnol, qui est peu connue alors que sont encore vivants ceux
de l'ALS qui y avaient participé. Cet exploit se place au même titre que les
batailles d'Anoual, d'El H'ri ou de Boughafer, du début du 20ème siècle, face à
la pénétration franco espagnole au Maroc et à son prolongement saharien.
-L'opération Ecouvillon, montée par la
coalition franco espagnole de 1958 contre l'ALS, est aussi inconnue par un
grand nombre de nos responsables et de nos érudits.
-Sont peu nombreux les Marocains qui
ont écrit sur Cheikh Ma el Aïnine el Galgami, grand résistant sahraoui et
éminence intellectuelle marocaine, qui combattit la pénétration franco
espagnole au Sahara pendant la 2ème moitié du 19ème siècle.
Pourtant, Cheikh Mustapha Ma el Aïnine mérite d'être connu pour toutes ses
particularités. Il a produit plus d'une cinquantaine d'écrits dans divers
domaines, religieux, littéraires, poétiques, philosophiques, ésotériques et
politiques.
-C'est le grand rassemblement de Bir Bou
Khchibya, du
-C'est l'opposition des populations de
la région de Tindouf, en 1962, qui ont porté les armes pour empêcher les troupes
algériennes d'investir la ville. Elles ne se rendirent qu'après avoir épuisé
toutes leurs munitions.
-Peu de Marocains sont au courant de la
découverte, en 1997, par une
mission de chercheurs marocains, canariens, français et canadiens, sous la
direction du professeur chercheur Mustapha Naïmi, sahraoui lui-même, d'un site
très ancien, situé entre Khnifiss et Akhfennir, au Nord-Est de Tarfaya. Nos
préhistoriens et nos archéologues doivent se retrousser les manches car ils
auront du pain sur la planche. Le ministère de la culture est-il là?
-Le Maroc a beaucoup investi dans ses
provinces sahariennes, sur les plans financier et humain. Il a réalisé des
exploits inestimables et poursuit au Sahara un but existentiel. Peu
d'économistes marocains s'y sont intéressés pour donner leur point de vue,
critiquer, conseiller.
-Nos lettrés ne passent pas leurs
vacances dans ces régions qui, pourtant, ne manquent ni d'attraits touristiques
ni de curiosités à découvrir et à étudier sur les plans géographique, ethnique,
social, tribal, artistique, alors que l'art, la poésie et le jazal hassanis
méritent d'être connus et évalués. Plusieurs familles sahraouies possèdent des
bibliothèques et des manuscrits rares qui pourraient intéresser plus d'un
chercheur.
Ce sont là, présentés en vrac, quelques
thèmes et sujets qui peuvent être abordés par nos érudits et nos facultés. Ils
sont de larges espaces à assainir. Une fois savamment développées, les
contributions qu'auront produites nos lettrés éclaireront le non initié sur les
événements qui ont constellé les différents âges du Sahara marocain. Nombreux
sont les Marocains, et non des moins responsables, qui ignorent l'histoire
maroco saharienne et qui ne connaissent que très peu la genèse du présent
conflit. Il revient aux professeurs chercheurs et aux universités du royaume de
remplir ce vide. Les journalistes marocains sont plus concernés que tous les
autres. Leur noble mission leur dicte d'informer, mais aussi et surtout de
former.
Des politologues occidentaux, des chancelleries
étrangères et plusieurs observateurs et centres d'études politiques,
méconnaissant la réalité historique et la particularité du Maroc et de son étirement saharien, croyaient que le
Maroc revendiquait sa liberté indépendamment de son intégrité territoriale.
L'ONU elle-même pensait s'être débarrassée de «l'affaire du Maroc» quand la
France et l'Espagne ont quitté une partie du pays en 1956. Cette indépendance
ne fut qu'une libération partielle du territoire. Elle n'a pas satisfait le
peuple qui exigeait une libération totale. L'ignorance de cette réalité par un
grand nombre d'organismes qui se sont penchés sur la question nous a coûté bien
des sacrifices et bien des martyrs tombés au champ d'honneur au Sahara.
Un peuple ne peut décoller sans les
rampes de lancement que lui auront préparées ses élites. Une nation ne peut se
développer sans les lignes directrices que lui auront tracées ses
intellectuels. Ceux-ci sont appelés, plus que tout autre, à s'approcher de
leurs concitoyens, à connaître leurs soucis et à saisir leurs aspirations. Ils
sont aussi invités à les éclairer sur leur histoire et sur les problèmes de
l'heure et sur leur responsabilité et leur devoir. L'imbrication de la culture
et de l'histoire mène à la compréhension des phénomènes que nous vivons, de
même qu'elle nous fait découvrir notre personnalité et nous oriente vers nos
intérêts individuels et nationaux. Le chercheur est, en outre, impliqué dans la mission citoyenne de faire
connaître son pays à l'étranger, de l'expliquer, de vanter ses qualités et
d'exposer ses problèmes. L'intellectuel, en tant qu'homme de sciences, et le
journaliste, en tant qu'historien de l'immédiat, dévoilent les impostures et
défendent les causes justes. Tous deux représentent un pouvoir dénonciateur et
formateur, informateur et catalyseur des énergies. S'ils ont le droit de
critiquer et de désavouer, ils ont aussi le devoir de créer, de former,
d'orienter et d'éveiller les consciences. Ils ont pour charge d'assurer un
certain équilibre entre la critique et la créativité. «Sans la critique, il
n'y a point de créativité» selon Rabelais. L'époque que nous vivons et les
lendemains qui nous attendent appellent les élans vifs et la dynamique
créatrice. Erudits marocains trempez vos plumes dans le patrimoine que vous avez
hérité de vos vaillants aïeux et faites les courir sur vos feuilles blanches.
Que vos pages soient lues ou non, vous aurez accompli votre devoir de citoyens
et serez encensés par l'histoire.
-Impliquer les
habitants du Sahara et particulièrement les jeunes.
Laissés à l'écart jusqu'à présent, il
faut les intéresser autant que faire se peut, aux problèmes de la région comme
aux affaires nationales en leur permettant d'exprimer leur opinion. Il faut
aussi les responsabiliser. On compte un grand nombre de jeunes universitaires
sahraouis qui sont capables de tenir des rôles tant dans l'administration que
dans les postes politiques, à l'échelle régionale comme au niveau national. On
en trouve déjà certains, mais pas assez. Plus que leurs cousins du Nord, ils
sont les plus touchés par la gestion de la politique saharienne et par le rôle
que la Sahara a toujours joué dans l'histoire et le quotidien marocains. Le
jeune sahraoui est mature avant l'âge et responsabilisé dans son milieu
familial et tribal. Il est donc à la hauteur de toute mission qui lui sera
confiée. Restés négligés jusqu'à présent, certains feront facilement le jeu du
POLISARIO qui saura comment les manipuler et les exploiter.
A tire d'exemple, nous penons celui de
Ali Salem Ould Tamek. Ce Sahraoui révolté, qui se veut révolutionnaire, se
cherche une identité ailleurs alors qu'il peut la trouver auprès des siens. Son
père était sous officier dans les forces auxiliaires marocaines. Son oncle,
Aïdda Ould Tamek, est Colonel major dans l'armée marocaine après avoir été
cadre dans l'ALS. Son autre oncle est plus d'une fois député au parlement
marocain. Son cousin, Mohammed Salem Ould Tamek, professeur d'université à
Tanger, est ambassadeur du Maroc en Scandinavie. Ali Salem Ould Tamek est né au
sein des Aït Oussa, l'une des tribus berbéro arabes des plus importantes de la
confédération des Tekna et dont l'agnation vient du Nord du pays (région de
Sefrou). Son père et ses aïeux étaient commis de l'Etat du Maroc pendant
plusieurs générations. Il était lui-même fonctionnaire dans l'administration
marocaine à la municipalité d'Assa pendant plusieurs années, avant de mal
tourner quand il a été révoqué pour mauvaise gestion. N'a-t-il pas une carte
nationale et un passe port marocains? Il circule aujourd'hui librement à
travers le pays et défend la cause polisarienne alors qu'elle n'est nullement
la sienne, sa tribu n'étant pas du Sahara occidental. Il avait déjà été jugé et
condamné pour les perturbations qu'il créait sur les voix publiques et non pour
ses opinions. Après quelques mois de prison, il a été amnistié à la suite d'une
clémence royale. Il est né à Assa en 1973. Il a le même âge que le POLISARIO.
Sa formation sommaire ne lui a pas permis de connaître l'histoire maroco
saharienne et le rend ainsi vulnérable. Il a été utile à la propagande des
polisariens quand il a été incarcéré. Après sa libération, il ne les intéresse
plus, mais lui, continue à y croire. Sait-il que les Aït Oussa, sa tribu, ont
courageusement participé à la défense du pays contre les Français et les
Espagnols quand ceux-ci ont envahi le Sahara à la fin du 19ème siècle? Sait-il
que plus de 25% de l'ALS étaient des siens?
Dans
les provinces sahariennes comme dans d'autres régions au Nord du Maroc,
commencent à émerger de jeunes Sahraouis séparatistes dont beaucoup ne
reconnaissent aucune représentativité au POLISARIO. Ils ont mis sur pieds le
Collectif des Sahraouis Défenseurs des Droits de l'Homme (CODESA). Quelques uns
ont créé l'Organisation de l'Action Démocratique et Populaire (OADP). Ces
groupuscules naissent suite aux abus de responsables dans les provinces
méridionales. Tous souffrent de problèmes socio économiques: déscolarisation,
chômage, manque de grandes écoles et d'universités, difficultés de transports
vers les facultés au Nord du pays.
Voici donc des jeunes en mal d'identité
qui sont restés isolés, négligés et qui ont été pris dans le tourbillon de la
propagande sécessionniste. Les réactions pro polisariennes se manifestent de
temps en temps, mais n'ont eu, jusqu'à présent, aucune portée sensible sur la
population. Toutefois elles peuvent devenir fréquentes et agressives si les
responsables ne les déjouent pas par des mesures préventives et immédiates.
L'ennui, l'oisiveté et le manque de considération sont de mauvais conseillers.
Il n'est donc que grand temps pour protéger nos successeurs en les prenant par
la main et en leur confiant des tâches qui leur permettront de se sentir
dignement responsables et garants de leur avenir. Qui, mieux qu'eux, pourra le
faire avec honneur et abnégation, avec amour et sincérité? Le sahraoui est très
attaché à sa terre, à sa famille, à sa tribu, à son patrimoine, à sa parole
donnée. Il a toujours accompli son ouvre en tenant compte de son milieu social
qui le juge sévèrement. Le verdict prononcé par la société bédouine est sans
appel et le Sahraoui ne peut se permettre d'être mal estimé par les siens. Il a
été élevé dans la religion, l'honneur, la dignité, l'endurance et la rusticité.
Dès qu'il est responsabilisé, il ne s'appartient plus, il devient l'esclave de
sa charge, de sa communauté et forme corps avec la mission dont il se sent
répondant. Il faut gagner le cour et l'esprit de ces jeunes pour les
convaincre. L'histoire maroco saharienne doit leur être enseignée dans les
écoles, les lycées et collèges. Les ONG locales ont une grande responsabilité
et doivent organiser des colloques et des rassemblements, non sous forme de
harangue ou de démagogie, mais d'une manière pédagogique, scientifique et
claire.
Les affidés au POLISARIO reçoivent des
consignes d'Alger. Ils profitent des libertés que vit le royaume pour amener
les autorités à user de la répression et compromettre la marche du pays vers
l'ouverture démocratique. Comment répondre à ces provocations? Quel est le
seuil de la tolérance dans un Etat de droit? Les Marocains sont unanimes. Ils
savent qu'entre l'intégrité territoriale et l'image qu'ils donnent de la
démocratie, il n'y a aucune hésitation pour prendre la décision qu'il faut à
l'encontre des fauteurs de troubles. Ceux qui présentent un danger dirigé de
l'extérieur doivent être écartés selon la loi et dans le respect de leur
dignité. La citoyenneté ne doit pas tolérer le sabotage ni tomber dans le piège
tendu par ceux qui lui portent atteinte. Le devoir de l'Etat est d'assurer la
protection du pays à partir de ses frontières et de garantir l'ordre et la
sécurité à l'intérieur. Il a les moyens pour parer à tout danger, exogène ou
endogène. Tout manquement aux lois et aux valeurs nationales ne peut être
toléré. Ouverture et démocratie, Etat de droit et liberté de parole ne veulent
pas dire désordre public et irrespect de la constitution nationale.
Les jeunes, du Nord au Sud du pays,
sont en mouvement à la recherche de leur devenir et d'une identité sociale. Que
leur offre-t-on? Un ciel peu étoilé et une voûte peu élevée, dôme
très bas qui les empêche de marcher complètement debout, et très poreux et peu protecteur qui ne peut leur assurer un abri contre les prédateurs. On leur
offre très peu de chaque chose alors que leurs épaules sont encore peu solides pour porter le poids lourd des dangers que présentent des lendemains peu certains. Doivent-ils toujours se contenter de ce peu? Le Maroc dispose
de potentialités énormes pour les protéger. Non, ce n'est point du pessimisme
et encore moins de la neurasthénie. C'est une réalité qu'il faut reconnaître et
affronter avec une ferme décision et une lucide perspicacité de changer. De nos
jours, l'improvisation ne paye plus ainsi que les solutions de fortune ou les
prises de positions provisoires. Ces jeunes doivent savoir que la nationalité
ne se décline pas seulement en termes de droits et d'avantages, ni par la carte
nationale et le passe port, mais et surtout en termes de devoirs, de servitude
et d'abnégation. S'ils défendent leurs droits, ils doivent s'acquitter de leurs
devoirs envers la nation. L'administration ne doit pas entretenir la confusion
qui risque de s'installer entre une citoyenneté réelle et assumée et un
clientélisme entré dans les mours. Pour braver les apocryphes et les
manipulations dont use Alger, l'Etat doit rester ferme et résolu, s'appuyant
sur une société civile vigilante, continuant la marche vers la démocratie dans
le prolongement de la marche verte. L'exemple de cette fermeté nous est donné
par nos voisins et nos amis. Les séparatismes catalans, canariens et basques
n'ont pas freiné la marche de l'Espagne vers la démocratie et le développement.
Les Corses qui réclamaient leur indépendance n'ont pas réussi à faire plier
l'échine de l'Etat de droit qu'est la France, pays qui peut se venter d'être le
fer de lance de la démocratie et des droits de l'homme. Au Royaume Uni, les
Irlandais du Nord, malgré plusieurs années de combat, ont fini par rentrer dans
les rangs. Nos sécessionnistes ne peuvent faire mieux. Car nul ne peut obtenir
gain de cause contre la fermeté d'un Etat fort et contre la volonté de tout un
peuple.
Les jeunes sont la cible principale du
POLISARIO. Sous estimer cette vérité c'est les préparer à fléchir sous
l'intoxication et la propagande. Le roi Hassan II les appelait «ses lionceaux»
et pensait les préparer à un avenir meilleur. Son successeur, le roi Mohamed
VI, leur accorde plus d'attention. Faut-il, pour aider le monarque, nous
secouer afin que cette jeunesse ne soit pas oubliée alors qu'elle a besoin
d'avoir confiance en elle-même et en ses gouvernants? A cette fin la politique saharienne est
totalement à revoir. L'histoire, la gouvernance et le patrimoine culturel
doivent être réhabilités. L'histoire aiguise la mémoire collective et prépare
l'élan pour d'autres lendemains. La bonne gouvernance rétablit la confiance et
tire le développement vers le haut. La culture revivifie les populations,
consolide leur entité, perpétue leur formation et les unit. C'est à cet effet
qu'il est nécessaire de moraliser autant l'individu que le groupe pour les
orienter vers la qualité de l'être et de la société, bonheur qui ne peut être
assuré sans la rigueur et l'intelligence.
-Exhorter les ONG
à unir leurs efforts et prêter main forte au CORCAS pour composer dans la même
direction. Elles sont nombreuses, aux orientations variées et déjà
expérimentées depuis quelques années dans la défense de la marocanité du
Sahara. Le caractère de leur diversité est enrichissant. Certaines sont basées
à l'extérieur et, de ce fait, agissent directement auprès d'autres ONG
étrangères. Quelques unes ont donné des résultats satisfaisants et sont donc à
encourager. Leur seule tare est qu'elles sont dispersées, opérant chacune
séparément et sans coordination avec les autres. Elles seront plus fructueuses
quand elles auront synchronisé leurs programmes. Elles sont donc à prendre en
considération dans tout programme du CORCAS.
-Faire du Sahara un phare des projets
nationaux, en particulier la régionalisation.
Le développement économique des zones
sahariennes est un support à l'intégration avec, comme objectif, l'harmonie
entre les différentes régions tout en prenant en considération la spécificité
de chacune, de sa potentialité et de sa situation géographique. L'élan sera
plus senti en associant la population locale à toute promotion sociale,
culturelle, économique ou industrielle sans omettre les acquis en matière
d'émancipation communautaire et des mesures adéquates pour faire face à l'état
d'indigence où vie une importante catégorie de la population marocaine.
L'exploitation des ressources doit être accompagnée par l'investissement sur
place de leur fruit pour en faire profiter les différentes couches sociales.
Là, l'administration ne doit pas être l'Etat providence, système qui annihile
tout esprit d'initiative et de pourvoi à l'entreprise.
Ces mesures sont le fondement d'une
sérénité et d'une perspective pour une vie meilleure. Il faut particulièrement
se pencher sur le cas des bidonvilles qui se multiplient sans contrôle. L'exode
rural, trop voyant, a pour cause les nombreuses années de sécheresse qui ont
fait le cheptel, unique moyen d'existence du nomade qui vient gonfler les
baraques insalubres et les rangs des chômeurs dans les villes. C'est dans ces
périphéries où germent la misère, la perversité et l'ignorance. Ces plaies
constituent des terrains arables où se cultive toute dérivation et tout péril
qui seront, à la longue, difficiles à endiguer.
De la réussite de la régionalisation au
Sahara dépendra sa généralisation aux autres provinces du pays. Elle ne doit
donc être partielle et encore moins ratée.
-Renforcer la Défense Nationale à titre de dissuasion pour éviter toute
surprise.
Nos jeunes officiers, issus de nos
écoles, en sortent avec un bagage intellectuel élevé en sus de leur formation
militaire, connaissances qui leur permettent, parallèlement à leurs expériences
sur le terrain, de parachever leur savoir. Ceux titulaires de doctorats dans
divers domaines ne se comptent plus et leur nombre va crescendo. Ceux qui
parlent les langues sont légion. Ils sont aujourd'hui capables de gérer une
armée moderne et une technologie de pointe pour mener les Forces Armées Royales
à bon port. Celles-ci sont dirigées par de jeunes généraux, riches de leurs
connaissances acquises dans les grandes écoles et les instituts, tant au Maroc
qu'à l'étranger, et pourvus d'expériences qu'ils ont vécues sur le terrain,
expériences qui les ont aguerris et préparés depuis 1976. Le Sahara, qu'ils
défendent avec acharnement, s'est avéré une grande école aussi qu'un grand
rassembleur et un ferment du patriotisme et du sacrifice. La rusticité du
désert façonne le combattant et le rend insensible à rudesses du climat et aux
difficultés naturelles rencontrées dans les différents reliefs sahariens.
L'armée marocaine, gardienne des
traditions patriotiques, est formée à partir de toutes les couches sociales du
pays et de toutes les régions. Elle symbolise l'union nationale autour de la
monarchie et autour de notre cause nationale: la marocanité du Sahara. Elle en
a fait le serment. L'esprit d'initiative et le pouvoir de décision sont les
qualités maîtresses du chef imbu du sens de la responsabilité. Dès qu'ils ont
mis les pieds au Sahara, les FAR ont senti le poids, combien lourd, de cette
responsabilité qu'ils assument avec honneur depuis plus de trente ans.
Elle n'a recouvré le Sahara qu'après
l'accord tripartite de Madrid et l'aval de l'ONU. On ne peut donc traiter son
action d'invasion. Elle n'est pas non plus une armée conquérante comme le
prétend le président algérien dans ses lettres adressées officiellement à
l'Assemblée Générale et au S.G. de l'ONU, enregistrées sous les N° A-58-873 et
S-2004-651. Elle a récupéré, sans complexe aucun et avec fierté, un territoire
marocain qui a été spolié par le colonisateur. Il y a invasion, suivant le
droit international, quand l'armée d'un pays envahit un autre Etat souverain et
internationalement reconnu. Le règlement
de la Haye de 1947 et la 4ème convention de Genève du
Depuis la marche verte, les FAR
assument la protection et la sauvegarde des lieux dans le cadre de l'intégrité
du territoire, devoir cardinal qui figure a la tête des autres missions, face
aux incursions du POLISARIO. Plusieurs périodes de combat les ont opposées aux
séparatistes. La construction du mur de protection qu'elles ont érigé a mis fin
aux raids ennemis. Le cessez le feu de
Outre la défense du territoire, elles
ont concouru, plus d'une fois, au développement social et économique de la
région. En 1976, elles représentaient la seule institution nationale qui était
capable de tout prendre en main, avant même l'arrivée des représentants des
autres ministères et organismes de l'Etat. Elles ont construit des routes,
creusé des puits, élevé des écoles, transporter les populations, distribué des
vivres aux classes nécessiteuses, surtout après la longue période de sécheresse
qui a disséminé le cheptel camelin.
Pour continuer la fusion des
populations entre celles du nord et celles du sud, à l'instar des générations
précédentes, plusieurs membres de l'armée, hommes et femmes, ont formé des
familles avec des conjoints sahraouis, participant ainsi à l'union génétique et
sociale du peuple.
Les sommes d'argent que les militaires
engagent sur place sont d'un apport important dans l'économie locale. Etant des
soldats de métier, les mariés dépensent le gros de leur salaire pour
l'entretien de leurs familles vivant près d'eux, au Sahara. Les dépenses
officielles de l'armée sont autant d'injections financières dans l'économie
régionale et qui contribuent à l'amélioration de la vie de ces provinces. Cette
circulation financière de sommes importantes a tiré vers le haut le niveau de
vie des habitants et créé des postes d'emploi. De nouveaux corps de métiers,
qui n'existaient pas au temps des Espagnols, abondent aujourd'hui et répondent
aux besoins nouveaux de la population.
Outre la protection militaire que
l'armée assure avec abnégation, l'action de répondre aux besoins de la
population, d'améliorer son quotidien, de lui assurer bien être et sécurité,
matérialise les meilleures mesures capables de déjouer les visées des
séparatistes, de briser leur élan, de détruire leurs propagandes et de dévoiler
au grand jour leurs manouvres. L'armée royale remplit un rôle de premier ordre
dans ces provinces qu'ils ont hissées au niveau des autres régions du Nord.
-Renforcer le rôle de la presse
nationale et internationale.
Ces mesures
proposées ci-haut sont prometteuses et portantes pour l'avenir. Elles seront
toutefois difficilement comprises si elles ne sont pas appuyées par des medias
nationaux qui ont un rôle capital à tenir dans tout projet de cette grandeur.
Elle doit être nationaliste, réfléchie et consciente de son l'action. Un esprit
de critique constructive doit dominer dans tous ses discours, ses démarches et
ses analyses. Pour ce faire, elle aura à s'initier profondément à l'histoire
maroco saharienne et à connaître les causes réelles, celles apparentes et
celles occultées, qui sont à l'origine du conflit. Elle n'a pas droit à
l'erreur et ni à l'improvisation ou au supposé.
Les medias étrangers sont aussi à
solliciter. Ce rôle est dévolu au ministre des affaires étrangères et à celui
de l'information. Des conférences, colloques et tables rondes, auxquelles sera
conviée la presse étrangère et nationale, doivent se multiplier tant au Maroc
qu'à l'extérieur. Les initiateurs de ces rencontres expliqueront le Sahara à
ceux qui n'en connaissent pas l'histoire et qui sont souvent manipulés par la
propagande algérienne.
Les
médias sont devenus une force omniprésente dans la communication et un moyen
incontournable pour faire porter au loin l'idée à lancer. Nos responsables
doivent multiplier les liens et les contacts avec les medias de toutes
étiquettes politiques ou syndicales. Aujourd'hui, la communication est devenue
une science et un art qui s'apprennent. Il faut communiquer pour séduire,
communiquer pour persuader ou dissuader, communiquer pour convaincre. Ce sont
là les buts que les spécialistes ont fixés à la communication. Sans une
communication méthodique et régulière, il est difficile de se faire connaître
d'abord, de séduire ensuite et de convaincre enfin. Une vraie communication
nécessite la libre circulation des informations au sein de tous organes du
pays. Le savoir-faire de la transmission des informations aux tiers est
assujetti à la clairvoyance et à l'initiative. Cette dernière exige des
connaissances supérieures des matériaux et de l'objet à communiquer et requière
un pouvoir d'ascendance irrésistible. Il est avéré que le manque de
communication fait place à l'imagination qui entraîne des conséquences
fâcheuses et des interprétations contradictoires.
-Tenir compte des résultats obtenus
après la création du CORCAS.
Dès la création du CORCAS, son
président et ses membres n'ont cessé de sillonner le monde pour expliquer aux
gouvernements des Etats visités le but de leur organisme: ouvrer pour
consolider le projet de l'autonomie dans le cadre de l'intégrité territoriale
du Maroc et dans le respect des institutions internationales.
Aux côtés des membres du CORCAS,
d'autres émissaires de S.M. le roi ont parcouru les cinq continents pour
conforter ledit projet.
Le CRCAS, a donné ses fruits en moins
d'un an:
-Des cadres polisariens, encouragés par
l'option de l'autonomie, ont rejoint le Maroc et d'autres ne manqueront pas de
les suivre.
-Toutes les capitales visitées par le
CORCAS et par les émissaires royaux ont soutenu cette solution, l'ayant jugée plus adéquate. C'est
un appui international précieux.
-L'ONU, la Ligue Arabe et plusieurs
pays de l'Union Africaine ont approuvé.
-Trois pays ont été convaincus et ont
retiré leur reconnaissance à la RASD: Le Burundi, Cambodge, le Kenya. -M. Ben
Bella, premier président de la République Algérienne, et M. Ibrahimi, ancien 1er ministre algérien, ont déclaré, individuellement, que l'Autonomie au Sahara est
la solution juste. Ils sont rejoints, dans leur point de vue, par plusieurs ONG
algériennes et autres.
-Des medias étrangers ont louangé cette
voie et l'ont favorablement commentée.
-Des révoltes et des échauffourées sont
devenues courantes dans les camps des séquestrées et dans les rangs du
POLISARIO à Tindouf.
-Mme. Khadija, épouse de Mohamed
Abdelaziz, a déclaré aux journalistes, en janvier 2007, que «les jeunes
des camps à Tindouf manquent d'enthousiasme et ne montrent aucun intérêt pour
la thèse séparatiste. Ils ne pensent qu'aux affaires sûres et lucratives».
-En juillet 2006, un groupe de cadres
séparatistes à Tindouf et quelques jeunes des camps ont créé un mouvement de
protestation «La ligne du martyr» qui ne cache pas son vou d'opter pour la voie
de l'autonomie.
Le
L'Etat conservera la compétence
exclusive sur
-les attributs de la souveraineté
nationale, le drapeau, l'hymne national, la monnaie,
-les attributs liés aux compétences
constitutionnelles et religieuses,
-la défense nationale et la sécurité
intérieures et extérieures,
-les relations internationales et
affaires étrangères,
-l'ordre juridictionnel du royaume.
La
proposition marocaine n'est pas figée. Elle peut recevoir d'autres amendements
lors des négociations. Toutefois, ce n'est point par excès de pessimisme qu'il
faut prôner la prudence. Il faut savoir gérer les pourparlers et tracer des
lignes rouges. Aussi le Maroc doit-il préciser d'avance:
-ce
qu'il peut concéder sans négociations,
-ce
qui peut être négocié,
-ce
qui relève de sa seule souveraineté et qui n'est point négociable ni cessible.
L'autonomie sortira la région de l'impasse et l'ouvrira sur des horizons
qu'attend l'UMA depuis longtemps. Elle assurera sécurité, essor et confiance
dans l'ensemble maghrébin. Les instances internationales et l'Algérie doivent
savoir que le Maroc est à l'extrême limite de ce qu'il peut offrir. Elles
doivent saisir, au plus tôt, cette opportunité.
-Tenir
compte des acquis déjà réalisés et les préserver.
Depuis juillet
1999, le Maroc aborde un nouvel ordre national, une nouvelle orientation
socioculturelle et une nouvelle direction des affaires de l'Etat. Il souscrit à
une époque plus déterminée et plus éclairée par une nouvelle conception de la
citoyenneté. La politique nationale et la gestion du pays reprennent leurs
lettres de noblesse pour un projet d'une société moderne. Le Maroc de demain,
c'est Institution Nationale de Développement Humain, c'est la consolidation de
l'existant tout en continuant la marche vers l'avant avec l'appui de la justice
pour assurer la bonne gouvernance. Le rapport de «50 ans de développement
humain» et ses perspectives pour 2025 constituent une base cardinale pour une
véritable optique rassurante. Le Maroc bouge et étonne. Sa progression vers la
démocratie avance sans soubresauts. Elle est menée par une monarchie engagée et
appuyée par un peuple volontariste et conscient de sa participation à la
construction et à la gestion d'un pays qui aime lancer les défis, d'un pays
dont l'élite se sent responsable devant la conjoncture mondiale. Celle-ci exige
la mise en ouvre d'une nouvelle conception des relations internationales et
régionales. Elle a senti le souci d'assurer l'intégrité du pays et de protéger
ses acquis. A travers le travail herculéen accompli en l'espace de sept ans, il
a déjà franchi le seuil du club des Etats démocratiques et modernes, visant une
nouvelle ère de légalité, de transparence et de liberté. Ce Maroc nouveau
suscite la confiance et l'aval de ses partenaires et stimule ses populations à
avoir foi en elles mêmes et en leur destin. Le pays s'est transformé en un
vaste chantier nourrissant de grands
espoirs qui engagent le citoyen sur la voie de l'optimisme et du Jihad, c'est à
dire à la recherche du meilleur.
Le Marocain est
conscient de sa position comme il se sent capable de gagner les paris. Il aura
fait le choix de cette ultime solution d'autonomie. Toutes les initiatives qui
viennent du peuple ne peuvent être que positives et d'un grand apport pour la
solution proposée. Les marocains ont compris l'importance de cette issue et
sont en mesure de l'enrichir et de la pourvoir de nouvelles exhortations. Sous
l'égide du roi, ils sont décidés à participer à l'élargissement et au
renforcement du processus démocratique qu'accompagnera le mécanisme de
régionalisation. Régionalisation et démocratie ouvriront le pays au bien être
de sa population. La richesse humaine du pays et sa conscience profonde et
durable lui feront sauter tous les obstacles en évitant tout débat idéologique
ou controverse partisane infructueuse. Le Maroc dispose d'un potentiel de
jeunes capables de braver les aléas des lendemains. Ayant la force d'ériger un
Maroc nouveau dans une démocratie nouvelle, ils ont besoin qu'on leur fasse
confiance et qu'on leur donne l'occasion de s'épanouir. La démocratie qui ne
mobilise pas la jeunesse n'en est pas une. Le roi Mohamed VI le sait et s'y
conforme. C'est cette jeunesse qui doit être à la base d'une citoyenneté
positive et futuriste.
Le long de tout ce
processus, nous devons rester vigilants et volontaristes, sur le plan interne
comme sur le plan diplomatique. Nous devons réajuster notre mode d'analyse et
nos stratégies offensives. Nos repères doivent reposer sur l'action, la
prénotion et l'initiative. Le Maroc n'est nullement obligé de négocier avec qui
que ce soit l'option de sa politique de régionalisation et de la dimension de
l'autonomie à accorder, ni encore moins son ouverture sur la démocratie et la
liberté d'expression. Il est un pays majeur et constitutionnel dont la mémoire
est forte de plusieurs millénaires. Vouloir lui imposer une
régionalisation autrement confectionnée, c'est s'immiscer dans les affaires
internes d'un Etat souverain. Le peuple marocain ne pliera pas l'échine devant
une telle posture, même si elle émane d'instances internationales ou sous la
pression d'une puissance.
Avec S.M. Mohamed VI, parut une
nouvelle société marocaine qui redéfinit l'espace politique. Le peuple est conscient
qu'une bonne gouvernance qui occupe le terrain au lieu de le laisser en friche
entre les mains d'e séparatistes d'un côté et d'obscurantistes de l'autre. Ils
sont capables d'y semer toute idée qui risque, si on n'y prend garde, d'aboutir
à une crise désastreuse. Plus d'un observateur marocain ont tiré la sonnette
d'alarme. L'exode désordonné à l'étranger de jeunes Marocains, du plus ignorant
à l'universitaire, au risque de leur vie, n'est-il pas un avertissement? Les
discours du roi, prononcés le
La dynamique du roi, son ouvre
réformatrice, sa politique d'ouverture, son projet de développent humain, ont
besoin d'être accompagnées de l'action énergique d'un citoyen fort et
patriotique. L'exemple nous est donné par une certaine jeunesse entreprenante,
au Sahara comme partout au Maroc, une jeunesse qui s'est prise en main et qui
est en train de se hisser à un niveau que doivent suivre les autres de leur
âge. Cette marche vers l'initiative est initiée et encouragée par le roi
lui-même qui accorde la plus haute attention à l'avenir de cette adolescence
qui aura à l'accompagner le long de tout son règne, suivant une stratégie et
une vision à moyen et long terme, vision qui exige ferveur et persévérance. Le
roi a imprimé un rythme de travail tant aux instances nationales et au
gouvernement qu'à son entourage. Il a réussi à secouer les pesanteurs et à
stimuler les énergies. Il a impliqué tous les acteurs de la scène marocaine,
plaçant le trône aux avant-postes de la mutation d'un pays aux larges
ambitions. Sa politique est d'aller à la rencontre du peuple, d'écouter ses
doléances. Il a forgé un nouveau cadre à la monarchie par la communication sans
intermédiaires, par des gages concrets pour répondre aux besoins immédiats et à
ceux à venir. Il s'est placé à la tête du combat social. Ses actions sont
accompagnées d'une insertion sociétale mettant au devant l'emploi avec ses
programmes et ses problèmes dont la réduction du seuil de la pauvreté n'est pas
la moindre.
Les ambitions d'un Etat ne peuvent être
réalisées par les formules et les slogans. Convaincre le citoyen et trouver la
parade à tous ses maux découlent d'une politique programmée qui tient compte
autant des moyens disponibles que des urgences. La politique sociétale que le
Maroc a choisie est guettée par des idéologies extrémistes de tous genres. Au
regard de ces risques, il doit prendre des initiatives pour devancer les
événements et sauvegarder ses acquis.
Continuer à exister comme si le décor
était normal, ce que nous avons fait depuis longtemps, devient de plus en plus
aléatoire. La politique de l'autruche ne mène qu'a l'atrophie. Si nous
regardons autour de nous, nous découvrirons que nous sommes au crépuscule d'une
ère et à l'aurore d'une nouvelle. L'apologie humaine n'est jamais atone, même
dans les espaces de transitions. L'homme, ses valeurs et ses institutions
évoluent au-delà des obstacles. Ce ne sera pas la première fois que le Maroc
achève une ère pour chevaucher une nouvelle. Il lui est arrivé souvent de
passer de l'une à l'autre sans s'en apercevoir et sans pleurer la précédente.
Le roi Mohamed VI nous offre cette perspective tant attendue. L'UMA peut nous
en offrir une autre. Nous avons donc à ouvrer pour préserver notre ère des valeurs
et du bien-être spirituel tout en poursuivant d'autres factures temporelles qui
mènent aux progrès que nous offrent la science et la technologie. Nous vivons
une époque qui s'urbanise et se modernise rapidement. Prenons le TGV pour nous
situer au diapason avec l'histoire universelle, l'histoire de l'Homme. Pour y
parvenir, cultivons le sens de l'efficacité et de la responsabilité dans un
environnement de rationalité socio économique et face à une compétition
impitoyable que prépare la mondialisation.
L'intégrité du territoire a un prix.
Des milliers de milliards de dirhams ont été investis pour le développement des
provinces sahariennes dans tous les domaines. Des milliers de Marocains sont
tombés au champ d'honneur pour que le Sahara marocain reste marocain. Des
centaines de soldats marocains ont moisi dans les geôles algériennes pendant
plusieurs années. D'autres milliards seront dépensés pour davantage de progrès
et d'autres Marocains sont prêts à mourir pour préserver le moindre grain de
sable de leur Sahara. Les gens d'Alger doivent savoir que le peuple marocain
est prêt à tous les sacrifices pour parer aux lendemains incertains que leur
prépare Bouteflika. Ils ne sont pas dupes. C'est à cet effet que Rabat doit
refaire une nouvelle lecture de sa politique saharienne d'abord, nationale
ensuite et maghrébine enfin.
Depuis la dynastie almoravide, le vent
du changement a toujours soufflé du Sahara. Les dynasties qui avaient hissé le
pays au plus haut degré sont toutes montées du Sud. Aujourd'hui encore, c'est
le Sahara qui sera le phare qui rayonnera sur le reste du Maroc. Ce vent
apportera dans ses ailes non seulement la majesté du palmier et la fierté du
nomade, mais aussi et surtout le renouveau, la démocratie et le développement
humain qui baigneront tout le Maroc. Et l'histoire n'aura pas échappé à cette
tradition saharienne de si longtemps assumée par le peuple marocain, de la
Méditerranée aux tréfonds du Sahara. Nous vivons les temps de la vitesse. Toute
pesanteur ou déliquescence dans les prises de décision est préjudiciable. Le
rythme du changement et de l'application des mesures prises doit tenir compte
de la dimension temps qui a acquis aujourd'hui une rapide vitesse de
croisière, différente des lenteurs de
jadis. Ce qui était âpre à atteindre hier est aujourd'hui à portée de la
main.
Ces recommandations pour une solution
unilatérale apporteront leur fruit quand les tenants du pouvoir auront été
circonspects, prévenants et quand ils auront appris que «nul ne peut
résoudre un problème s'il n'en connaît pas toutes les données et nul ne peut
défendre une cause tant qu'il n'en connaisse pas les tenants et les
aboutissants». C'est à cette condition que le Sahara peut être expliqué à
tous, aux Marocains eux-mêmes, aux instances internationales et régionales et
aux étrangers. Le peuple algérien, en premier lieu, doit être informé des
motifs patents qui ont poussé ses dirigeants à monter cette pièce théâtrale.
Lui, dont la révolution a été prise en otage par une poignée d'hommes autrement
intéressés, doit prendre l'initiative et s'engager, aux côtés du peuple
marocain, dans la validation de la solution proposée par le Maros, dans
l'intérêt d'une UMA qui assurera bien être et avenir à tous les maghrébins. Que
Dieu nous entende.
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